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La Flûte enchantée à Londres, théâtre, musique et magie

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Londres, London Coliseum, English National Opera. 07-XI-2013. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte, opéra en deux actes sur un livret d’Emmanuel Schikaneder, traduit en anglais par Stephen Jeffreys. Mise en scène : Simon McBurney. Costumes : Nicky Gillibrand. Lumières : Jean Kalman. Scénographie : Michael Levine. Avec : Ben Johnson, Tamino ; Roland Wood, Papageno ; Cornelia Götz, la Reine de la Nuit ; Devon Guthrie , Pamina ; James Creswell, Sarastro ; Brian Galliford, Monostatos ; Mary Bevan, Papagena ; Eleanor Dennis, Clare Presland, Rosie Aldrdge, les Trois Dames ; Alessio D’Andrea, Finley A’Court, Alex Karlsson, les Trois Esprits. Chœur de l’English National Opera (chef de chœur : Matrin Fitzpatrick) ; direction musicale : Gergely Madaras

flutelondres1Dans le texte du programme de la première londonienne de La Flûte enchantée, le metteur en scène raconte une répétition du spectacle et révèle, par la même occasion, les idées qui ont guidé son travail de mise en scène : « et soudain je sais (…) que si je suis perdu dans l’imprévisible turbulence de cet opéra qui n’est pas vraiment un opéra, mais une pièce de théâtre, qu’alors je ferai de la musique ma boussole. Ecouter la pièce, écouter la musique. Essayer d’entendre…Mozart. »

C’est ce projet, à la fois modeste en ce qu’il exige du metteur en scène une fidélité au texte musical et ambitieux pour l’exacte même raison, auquel s’est admirablement tenu dans une nouvelle production proposée par l’English National Opera. Le théâtre est partout présent dans des formes aussi diverses qu’inattendues, dévoilant sans scrupules tous ses artifices : des ombres chinoises, un tableau noir rétro-projeté à l’arrière de la scène sur lequel un comédien inscrit à la craie le nom de l’opéra, sa main suivant la baguette du chef d’orchestre, puis dessine le décor de l’acte 1. Le jeu des acteurs-chanteurs, intense et engagé, est mis en valeur dans les parties parlées par des effets sonores réalisés par une comédienne sur le bord de la scène.  Dans ce monde de théâtre, les êtres ne sont pas ce qu’ils paraissent : les trois esprits, malgré leur voix juvénile, ont l’apparence trois vieillards ; la Reine de la Nuit, faible et souffreteuse, se déplace en chaise roulante ; les oiseaux sont de simples feuilles de papier agités par des comédiens. Papagena, suivant les indications du livret, se montre à Papageno sous les traits d’une vieille femme. Dans cet univers trompeur et inconstant, figuré par un espace scénique à deux dimensions, dont une partie mobile et suspendue, où sont projetées des images et des vidéos, Tamino, Panina et, bien malgré lui, Papageno, partent à la recherche de leur destin. La scène, modulable à l’infinie, devient lieu de magie et poésie. Un seul regret néanmoins : on aurait apprécié, à l’image de la très belle affiche de l’opéra, une scénographie plus colorée et moins nue.

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Le personnage principal de cette pièce de théâtre ? Simon Mcburney, écoutant Mozart, a choisit la musique. La scène et la fosse participe d’un même espace : les personnages descendent régulièrement parmi les musiciens et la flûte de Tamino, par un bel effet métonymique, n’est autre que la flûtiste de l’orchestre, qui monte sur le plateau aux côtés du chanteur lorsque celui-ci a besoin des sortilèges de l’instrument magique.  Cette pièce de théâtre, le chef hongrois de vingt-neuf ans, , l’a voulue in medias res : après une arrivée au pas de course et un salut rapide, les lumières de la salle encore allumées, les premières notes de l’Ouverture viennent couper court aux dernières conversations. Le chef a conduit l’orchestre avec fougue et souplesse de la première à la dernière note, pour un résultat sonore admirable, tout en légèreté et en lumière. A ses côtés, (Tamino), (Papageno), (la Reine de la Nuit) et (Pamina) et (Sarastro) ont su nous émouvoir et nous faire rire. Un beau moment de théâtre et de musique.

Crédit photographique : (Tamino) et (Pamina) ; Alessio D’Andrea, Finley A’Court, Alex Karlsson (les Esprits) © Robbie Jack / ENO

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Londres, London Coliseum, English National Opera. 07-XI-2013. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte, opéra en deux actes sur un livret d’Emmanuel Schikaneder, traduit en anglais par Stephen Jeffreys. Mise en scène : Simon McBurney. Costumes : Nicky Gillibrand. Lumières : Jean Kalman. Scénographie : Michael Levine. Avec : Ben Johnson, Tamino ; Roland Wood, Papageno ; Cornelia Götz, la Reine de la Nuit ; Devon Guthrie , Pamina ; James Creswell, Sarastro ; Brian Galliford, Monostatos ; Mary Bevan, Papagena ; Eleanor Dennis, Clare Presland, Rosie Aldrdge, les Trois Dames ; Alessio D’Andrea, Finley A’Court, Alex Karlsson, les Trois Esprits. Chœur de l’English National Opera (chef de chœur : Matrin Fitzpatrick) ; direction musicale : Gergely Madaras

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