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Varsovie fête les 80 ans de Krzysztof Penderecki

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penderecki warsaw 1La Pologne fêtait les 80 ans de son compositeur le plus célèbre : . Rarement compositeur contemporain aura été célébré avec autant de fastes : émission d’un billet spécial par la Banque nationale de Pologne, création d’un timbre à l’effigie du compositeur par la poste polonaise, édition d’un coffret regroupant l’intégralité de ses Symphonies, sous sa direction, chez le label Dux, deux expositions dans les travées de l’Opéra National et une semaine de festival intégralement dédié à ses œuvres. Cette semaine était couronnée par un gala radio-télévisé dans l’enceinte de l’Opéra de Varsovie et en présence de nombreuses personnalités : le président de la République polonaise et son homologue croate, compositeur reconnu dans une vie antérieure ; sans oublier une flopée de représentants des mondes diplomatiques et culturels. Le tout s’achevant par d’inévitables remises de médailles et par un « Happy Birthday » en version polonaise et en version anglaise, cette dernière dirigée par en personne.

C’est justement ce festival exceptionnel qui motivait la venue  à Varsovie de membres du Jury des (ICMA), dont ResMusica est membre : ayant été récompensé, en 2012, par un prix spécial pour l’ensemble de sa carrière.

penderecki warsaw 2_optCe festival, proposait 51 de ses œuvres, de tous les genres à l’exception de l’opéra. Les partitions étaient interprétées par la crème des orchestres polonais accompagnés par d’incontournables créateurs de ses partitions et par une myriade de jeunes artistes : le flambeau est donc passé à la jeune génération pour continuer d’inscrire les œuvres de Penderecki au répertoire. Du côté des grands, on retrouvait , , Lorin Maazel, Marek Janowski, Leonard Slatkin, Julian Rachlin, tant de personnalités liées à l’œuvre du compositeur et profondément admiratives de son art, à l’image du chef suisse qui considère Penderecki comme « le plus grand compositeur vivant ».

Penderecki, c’est aussi un parcours artistique hors-normes avec une œuvre née dans le creuset des modernités de l’après seconde guerre mondiale. Fuyant le « réalisme socialiste », il se réfugia à ses débuts dans les expérimentations les plus radicales à l’image de  son  Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima. Mais, Penderecki c’est aussi un retour à l’ordre tonal à partir de la fin des années 1970 et de l’imposante Symphonie n°2. Si cette transition fut progressive, elle n’en fut pas moins considérée comme une « trahison à la cause » par les gardiens du temple avant-gardiste. Et c’était justement la force de ce festival de mixer, sur toute sa durée et lors des concerts, les œuvres de toutes ses périodes créatrices, avec leurs forces et leurs faiblesses, formidablement révélatrices d’un musicien exceptionnellement prolifique (et par cela radicalement anti-boulezien).

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Les œuvres des années 1950-1960 comme le Thrène ou la belle pièce pour orchestre  De natura sonoris I , qui voit une utilisation à contre-emploi des instruments de l’orchestre, passent plutôt bien la rampe du temps. On y trouve une force orchestrale intacte et, comme toujours, une puissante maîtrise des possibilités techniques des instruments. La musique vocale est un genre qui sied à merveille au compositeur, la présence d’un texte, lui inspire une ligne mélodique et un sens des couleurs qui font sa désormais marque de fabrique. La courte prière Kaddish composée, en 2009,   pour le 65e Anniversaire de la liquidation du ghetto juif de Lodz se révèle d’un impact dramatique saisissant, portée par des textes impactant dont celui d’Abraham Cytryn, jeune écrivain du ghetto, assassiné en 1944. Il en va de même pour l’imposant Credo  pour solistes (soprano, mezzo-soprano, alto, ténor, basse), chœur d’enfants, chœur mixte grand et  gros orchestre qui allie un néoromantisme assumé et des effets des masses vocales et instrumentales plus complexes. La force intrinsèque de cette œuvre, parfois démesurée, reste sidérante à l’image de tutti granitiques, renforcés par l’utilisation d’un orchestre spatialisé.

Les pièces concertantes, au nombre de quinze, sont un corpus central dans l’œuvre du musicien. Créé en 2008, le Concerto pour cor « Winterreise » est le dernier en date de Penderecki. Composé suite à des voyages en Chine et en Amérique  du sud, c’est un parcours parfumé à travers différents climats instrumentaux qui exploitent toutes les possibilités techniques du cor. On reste plus réservés par l’imposant Concerto pour violon n°1 (1967-1977), aux teintes sombres et à l’opulence post-bergienne, caractéristique d’une période de transition dans l’évolution stylistique du créateur.  Dans un autre registre, le Concerto pour 3 violoncelles de 2001, pêche par un manque de formes clairement identifiables et tend à se perdre dans des développements.

penderecki wardaw 4La musique de chambre est un autre domaine où excelle Penderecki, on savoure le court Duo Concertant pour violon et contrebasse à la légèreté  aussi subtile que savoureuse portée par ses dédicataires : au violon et Roman Patkoló à la contrebasse.  Quant à la version pour octuor à cordes de l’Agnus Dei, lente et décantée, elle explore les frontières de la mélodie.

Du côté interprétatif, on atteignait des cimes vertigineuses avec des forces chorales et orchestrales polonaises marchant vers l’Histoire comme le et l’Orchestre national de la radio de Katowice, dirigés par des chefs comme Leonard Slatkin, Gabriel Chmura, , Valery Gergiev ou le jeune prodige  Krzysztof Urbański. Tous font apparaître différents aspects des partitions du musicien : la finesse d’écriture avec Slatkin, la force brute avec Gergiev, la maîtrise de la structure avec Chmura, l’élégance raffinée avec Dutoit et la littéralité dramatique avec Urbański. On retrouvait la même excellence du côté des solistes ; le virtuose du cor Radovan Vlatković, le solide violoniste polonais Konstanty Andrzej Kulka, sans oublier le trio de violoncelles de prestige : Arto Noras, et Daniel Müller-Schott.

Crédits photographiques : Martin Hoffmeister/Pierre-Jean Tribot

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