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Thielemann et Dresde hors des sentiers battus

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Ferruccio Busoni (1866-1924) : Nocturne symphonique op.43. Hans Pfitzner (1869-1949) : Concerto pour piano op.31. Max Reger (1873-1916) : Une Suite Romantique op.125. Tzimon Barto, piano. Orchestre de la Staatskapelle de Dresde, direction : Christian Thielemann. 2 SACD Profil Hänssler PH12016. Enregistré le 3 septembre 2011 (Busoni, Pfitzner), le 11 juin 2011 (Reger) au Semperoper de Dresde. Notice bilingue (anglais-allemand). Durée : 80’51’’

 

CD_Hanssler_Busoni Pfitzner Reger ThielemannDésormais chef en titre de la , y est attendu dans le grand répertoire allemand, mais aussi dans la redécouverte d’œuvres plus rares telles celles proposées dans ce double album, piochées dans l’histoire de cet illustre orchestre.

C’est ainsi que nous est permis d’entendre ici la Suite romantique de Reger, le Concerto pour piano de Pfitzner et le Nocturne symphonique de Busoni qui résonnèrent pour la première fois dans la salle du Semperoper de Dresde respectivement en 1912, 1923 et 1925.

Bien sûr cet album s’adresse à l’auditeur un peu plus curieux qu’une plongée dans la musique allemande, avec ce que cela sous-entend de romantisme plus sombre que fleur bleue, et que cela ne rebute pas, car c’est en partie ce qu’il trouvera ici, mais pas seulement. Car les trois pièces ici réunies ont chacune une personnalité marquée et reconstituent en quelque sorte un concert au format classique « ouverture, concerto, symphonie », même s’il s’agit ici d’extraits de deux concerts enregistrés en 2011. C’est donc avec le Nocturne symphonique que Busoni composa entre octobre 1912 et juillet 1913 alors qu’il était en tournée européenne que débute ce concert virtuel. Portant parfaitement bien son nom cette œuvre d’un peu moins de neuf minutes où la fusion des timbres et des lignes crée une atmosphère mystérieuse et envoûtante trouve en et le raffiné orchestre de Dresde d’excellents serviteurs. A écouter « les yeux fermés ». En terme de composition c’est sans doute la pièce la plus originale et personnelle de cet album.

Elle précède le Concerto pour piano op.31 de Pfitzner de ton radicalement différent. Plus directement classique et extraverti, volontiers spectaculaire, n’hésitant pas à mélanger les styles, recherchant un certain héroïsme plein de panache au prix de frôler la trivialité, ce concerto joue à fond sur l’étendue dynamique du piano moderne et du grand orchestre, héritant finalement plus de Liszt et Tchaïkovski que de Beethoven ou Brahms. s’y plonge sans réserve, jouant le jeu (« les jeux » devrait-on dire) avec un évident panache, tandis que la direction vivante et animée de Thielemann alliée aux qualités de timbres, de couleurs et de dynamique de son orchestre achèvent de rendre ces plus de quarante minutes plaisantes sinon intéressantes dans une œuvre au style légèrement décousu qui manque quand même un peu d’originalité pour être captivante, mais pas de savoir-faire.

Enregistrée quelques semaines plus tôt, la Suite Romantique op.125 de est reportée sur un second CD, du coup un peu court puisque faisant 28’57. Avec, successivement, un Notturno au clair de lune, un Scherzo avec sa danse des Elfes, et enfin un Finale amenant au lever du soleil, cette suite, poème symphonique en trois mouvements, inspirée de poèmes de Joseph von Eichendorff, a finalement perdu sa base programmatique, le compositeur ayant décidé de la publier avec de simples indications de nuances (Molto sostenuto – Vivace – Molto sostenuto) faisant disparaitre toute trace de Lune et autre Elfes. Plus tardives que les grands poèmes symphoniques de Strauss, venant après Debussy ou le Schoenberg de La Nuit transfigurée, cette Suite Romantique ne fait certes pas progresser la forme, mais ne démérite nullement sur le fond. Bénéficiant d’une écriture raffinée qui sait être puissante sans être lourde (le glorieux lever de soleil final évite toute pompe), cette œuvre que d’ailleurs Schoenberg arrangea pour ensemble de chambre en 1920, s’écoute avec plaisir, même si quelque chose nous dit que l’interprétation qui nous en est donnée ici n’est pas autant Molto sostenuto qu’elle pourrait.

Ce nouvel album de l’Edition Staatskapelle Dresden de Profil Hänssler, au livret toujours aussi bien documenté, mais toujours sans texte français, est donc à découvrir avec des œuvres rares qui bénéficient ici d’interprètes de haut niveau défendant avec panache cette musique, dont le Busoni ou le Reger auraient leur place dans les programmes de concerts voulant éviter la routine, le Pfitzner, de construction plus disparate, pouvant se contenter de cette dynamique interprétation.

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Ferruccio Busoni (1866-1924) : Nocturne symphonique op.43. Hans Pfitzner (1869-1949) : Concerto pour piano op.31. Max Reger (1873-1916) : Une Suite Romantique op.125. Tzimon Barto, piano. Orchestre de la Staatskapelle de Dresde, direction : Christian Thielemann. 2 SACD Profil Hänssler PH12016. Enregistré le 3 septembre 2011 (Busoni, Pfitzner), le 11 juin 2011 (Reger) au Semperoper de Dresde. Notice bilingue (anglais-allemand). Durée : 80’51’’

 
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