La 9e d’Allan Pettersson par Lindberg : éclairant

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Allan Pettersson (1911-1980): Symphony No.9 + Människans röst (Vox Humana – The voice of man), documentaire 1973-1978 de Peter Berggren, Tommy Höglind & Gunnar Källström, en suédois avec sous-titres en anglais. Orchestre symphonique de Norrköping, direction : Christian Lindberg. 1 SACD BIS-2038 avec 1 DVD . Durée CD : 70’11. DVD au format NTSC – 16:9 et 4:3, Dolby digital stereo – Zone 0 (monde). Durée DVD : 81’40.

 

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BIS-2038 Lindberg Pettersson 9Accusé de composer pour s’apitoyer sur lui-même, le compositeur suédois (1911-1980) a répondu avec colère en disant que sa musique ne transmettait aucun apitoiement et était seulement « pure information ». Les circonstances de la vie de Pettersson ont permis, peut-être trop facilement , d’interpréter sa musique par le prisme de son enfance difficile et et la bataille constante du compositeur contre la maladie à l’âge adulte. a pris une approche différente de Pettersson, de transmettre cette « pure information ». Ce nouvel enregistrement de l’ poursuit le cycle symphonique Pettersson sur BIS entamé avec les Symphonies n°1 & 2 (Clef d’Or ResMusica 2011) et Symphonie n°6 (Clef ResMusica) avec la massive Symphonie n°9 en un seul mouvement.

La plupart des symphonies de Pettersson sont des oeuvres d’un seul mouvement d’une durée d’environ 45 minutes , d’une exigence extrême tant pour les artistes que le public. Dans la Symphonie n°9 , Pettersson va encore plus loin, en indiquant un temps d’exécution de 65-70 minutes. Cette musique a été considérée si difficile que le premier enregistrement par Sergio Comissiona et l’Orchestre symphonique de Göteborg (une excellente association) dure près de 90 minutes, et il a fallu attendre Alun Francis (CPO) au début des années 1990 pour qu’un chef et un orchestre osent enregistrer cette musique au tempo indiqué.

Malgré cette présentation un peu intimidante, la musique de Pettersson est profondément gratifiante pour ceux qui sont prêts à en faire l’effort. Une écoute active et engagée révèle à l’auditeur les couches musicales enfouies qui apparaissent alors logiques et complexes, ainsi que l’expression brute, douloureusement honnête, de la condition humaine. La Symphonie n°9 en est un exemple typique.

Alors que l’ interprétation d’Alun Francis était une réalisation monumentale, cette nouvelle publication peut être décrite comme une révélation. Lindberg, comme Francis devant lui , suit les indications de tempo de Pettersson et réalise une interprétation qui dure environ 70 minutes . Dans la lignée des précédentes interprétations de Lindberg dans cette série, il faut entendre les détails que le chef tire de cette partition complexe pour y croire. Par exemple dans les premières pages où chaque ligne contrapuntique et l’échange entre les groupes instrumentaux est nettement rendus. Écoutez comment chaque emplacement est clairement défini dans le geste d’ascension (plage 2 , 05:05 ) , préfigurant la Symphonie n °10, ou l’ensemble serré des cuivres et percussions, avec des violons et les flûtes qui hurlent et planent au-dessus (plage 8 , 2:37 ) .

C’est précisément en raison de cette extrême attention aux détails que cette œuvre massive devient une suite et une évolution logique des idées, et non un long enchaînement de notes. Sous la direction de Lindberg, la musique a toujours une direction, malgré les paysages et les styles musicaux très variés au travers desquels Pettersson nous entraîne.

Certains pourront préférer le plus grand sentiment de conflit et le désespoir restitué par Francis, ainsi que le son des cordes plus riche et une ambiance sonore plus englobante (le présent enregistrement semble avoir placé les micros de manière rapprochée), la principale réussite de Lindberg est de laisser la musique parler par elle-même. La tension , les troubles et les conflits pour lesquels Pettersson est bien connu surgit organiquement de la musique si l’on suit la partition telle qu’elle est écrite et que l’on fait ressortir les nombreux détails. C’est ce que nous avons ici .

Est également inclus un DVD bonus avec Vox Humana, un documentaire sur le compositeur produit au milieu des années 1970. Le documentaire semble s’adresser à ceux qui ont déjà une certaine familiarité avec le compositeur, il n’en est pas moins un portrait révélateur de Pettersson l’homme et le compositeur .

La Symphonie n°9 n’est probablement pas le meilleur point de départ pour entrer dans la musique de Pettersson (Symphonie n°7, le Mouvement symphonique ou le Concerto pour orchestre à cordes n ° 1 sont de meilleures introductions, lire notre Dossier Pettersson) . Malgré le caractère difficile de cette musique, le présent enregistrement fournit un autre argument convaincant que Pettersson n’était pas un homme malade et handicapé qui par ailleurs composait de la musique, mais bien un maître compositeur qui mérite la même reconnaissance que Sibelius et Nielsen. L’ réalise une prestation dont il peut être fier dans cette musique formidablement virtuose. Eclairant et recommandé sans hésitation.

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