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Simon Steen-Andersen nouveau compositeur en résidence de 2e2m

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Auditorium Marcel Landowski du CRR de Paris. 16-I-2014. Christian Winther Christensen (né en 1977): In my presence pour ensemble et dispositif électronique; Mauro Lanza (né en 1975): Der Kampf zwischen Karneval und Fasten pour octuor à cordes; Jean-Luc Hervé (né en 1960): 4 pour 2 pianos et 2 percussions. Simon Steen-Andersen (né en 1976): Chambered Music pour ensemble et sampler; History of My instrument pour harpe préparée et vidéo. Marion Lénart, harpe; Ensemble 2e2m; réalisation informatique, La Muse en Circuit; direction Pierre Roullier.

FLYERFOTOlilleL’auditorium du CRR de Paris était comble pour ce premier rendez-vous avec le nouveau compositeur en résidence de l’, .

Huit pièces du compositeur seront données durant les cinq concerts qui vont rythmer cette résidence 2014. Et comme pour ses prédécesseurs, un livre édité par 2e2m dans la collection « A la ligne » lui est entièrement consacré (Simon Steen-Anderson Musique transitive).

Compositeur danois fixé aujourd’hui à Berlin, Steen-Andersen (38 ans) est encore peu connu en France même s’il mène depuis plusieurs années une brillante carrière sur la scène anglo-saxonne. Compositeur, performer et concepteur d’installation sonore, ce trublion de l’art sonore développe un concept de musique visuelle – intégrant l’amplification et la vidéo – transcendé par une imagination hors norme. Les deux pièces qui terminaient le concert en témoignaient brillamment.

Maitre d’œuvre exemplaire d’une soirée de très haute tenue, dirigeait pour commencer une pièce d’un autre compositeur danois, et ami de Steen-Andersen, . Après des études de composition à Copenhague, il est entré au CNSM de Paris dans la classe de Frédéric Durieux. In my présence (2009) qui était jouée ce soir en création française débute dans une atmosphère bruiteuse et un rien chaotique qui acquiert au fil des trois mouvements une certaine transparence et finit par laisser filtrer des effluves de mélodies empruntées à la musique de Dufay. La présence discrète de l’électronique souligne la dimension plastique d’une matière sonore souvent très raréfiée, peuplée de souffle et de bruissements très lachenmanniens.

s’inspire de la toile de Pieter Brueghel Der Kampf zwischen Karneval und Fasten dans sa pièce éponyme (2012) pour octuor à cordes. Ponctuée par des sonneries presque rituelles, l’image sonore tissée par les cordes, dont le spectre se distord à mesure, exaspère le bruit et la saturation. La séquence rythmique avec appeaux et « coussins péteurs » qui complète le tableau participe de l’humour et de l’inventivité de son auteur.

4 de était également donné en création française. La pièce pour deux pianos préparés et deux percussionnistes sollicitaient les énergies de Véronique Briel et Caroline Esposito d’une part, d’Alain Huteau et de Vincent Limouzin d’autre part. La pièce débute en mode gamelan sur la percussion/résonance d’un ensemble de pots de fleurs minutieusement accordés. Le charme opère très rapidement, les pianos mêlant leurs sonorités hybridés aux percussions dans des spirales sonores de plus en plus complexes et luxuriantes. L’irradiance finale très impressionnante n’est pas sans évoquer les salves de cloches à la fin des Noces d’Igor Stravinsky.

Ecrite en 2008, Chambered Music de Steen-Anderson est une oeuvre phare de son catalogue. Chambered est un mot inventé par le compositeur pour désigner la qualité de ce qui est enfermé, confiné dans un lieu clos. L’oeuvre pour ensemble et sampler donne à entendre des sons liés à cet espace: une voix saturée sortant d’un haut-parleur; une trompette totalement bouchée qui émet une fréquence aiguë évoquant un lointain imaginaire; des gestes instrumentaux plus visuels que sonores, des boites qui libèrent subrepticement des sons lorsque le percussionniste ouvre leur couvercle… Une dramaturgie s’instaure avec le trombone situé en dehors du dispositif; loin dans les coulisses, il joue quant à lui sans entrave et tente d’articuler un « message » en doublant systématiquement la voix totalement empêchée de s’exprimer. Réclamant une dimension scénique, voire chorégraphique, de la part des interprètes magnifiquement investis, l’oeuvre laisse affleurer un monde opératique aussi étrange qu’envoutant.

C’est en habit de scène, jouant ce soir sur une harpe préparée – les trois quarts des cordes sont étouffées – qui terminait le concert avec History of my instrument, la seconde pièce de Steen-Andersen écrite en référence au grand harpiste Carlos Salzedo (1885-1961). Ni installation ni théâtre musical (ou peut-être un peu des deux), cette pièce, drôle autant que minutieusement réglée, met à l’oeuvre de manière virtuose la vidéo, l’amplification, le play back et le flash back en jouant avec beaucoup de subtilité entre le réel et le virtuel.

Crédit photographique : Simon Steen-Anderson DR

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