Visions subjectives par le Quatuor Manfred et Raphaël Oleg

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Dijon, Auditorium, 22-I-2014. Jean Sibelius (1865-1957) : Quatuor en ré mineur Voces Intimae, op. 56. Anton Bruckner (1824-1896) : Quintette à deux altos en fa majeur. Quatuor Manfred : Marie Béreau et Luigi Vecchioni, violons ; Emmanuel Haratyk, alto ; Christian Wolff, violoncelle. Raphaël Oleg, alto

raphael olegCes deux œuvres méconnues sont aussi des pièces uniques dans la production de leurs auteurs, qui ont préféré composer dans le domaine symphonique. Pourtant elles sont des « essais transformés », chacune à leur manière : l’esprit de la musique de chambre y est bien présent. C’est, d’une façon paradoxale, à la fois celui de la cohésion et de l’indépendance. Les interprètes ont su trouver le moyen de faire passer le message si personnel de et celui, si plein d’émotions romantiques, d’.

Sibelius ne procède pas par développements beethovéniens des thèmes, mais il les répète plutôt en les modifiant, en les apparentant subtilement, même à travers les mouvements, tout en parsemant son discours de cassures assez marquées. Le sait bien nous entrainer dans ce monde à l’atmosphère très particulière : le premier mouvement fait réellement penser à une conversation à bâtons rompus entre amis, où chacun émet son opinion, son solo, puis dans laquelle tous tombent d’accord pour rebondir ensuite dans d’autres propos ; les interprètes passent donc d’une écriture aérée fluide à celle d’accords d’un sonorité pleine et épanouie, et ces voltefaces stimulent l’auditeur, qui sait apprécier ces temps d’action et de repos. Le caractère diatonique et souvent modal de l’écriture est mis en valeur par l’équilibre sonore, notamment dans le mouvement lent qui fait apprécier de très beaux pianissimi. On est « bluffés » par la virtuosité des musiciens dans l’allegro final : tous sont réunis en staccato dans une sorte de mouvement perpétuel étourdissant, et cela se termine dans un accélérando frénétique.

Le quintette de Bruckner créé vingt ans auparavant reste dans la mouvance stylistique du XIXe siècle, et cette œuvre nous fait apprécier d’autres palettes sonores : la texture est plus dense et l’alto de ajoute une note très germanique, très romantique. Ceci se manifeste dès les premières mesures du mouvement initial, puisque l’alto fait entendre un solo nostalgique, mais aussi dans le scherzo lorsque les violons s’opposent aux pizzicati quasi « viennois » des trois instruments graves. On pourrait facilement tomber dans des excès d’interprétation et donner une vision boursouflée de ce quintette : cette formation sait au contraire en donner une idée pleine de charme et de sensibilité. On ressent ainsi toute la beauté émotionnelle du mouvement lent, qui sonne parfois comme un regard sur le passé. La nostalgie ne serait-elle plus ce qu’elle était ?

Soleil du nord, brumes germaniques…Toutes les sensations sont présentes dans ces deux œuvres injustement méconnues !

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