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Kavakos et Schubert, l’alliage parfait

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Paris. Salle Pleyel. 31-I-2014. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour violon et orchestre n°3. Sergeï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n°1 « Classique », op.25. Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n°9 « la Grande ». Leonidas Kavakos, violon ; Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Leonidas Kavakos.

Leonidas KavakosKavakos violoniste, Kavakos chef d’orchestre : la programmation de la salle Pleyel met simultanément à l’honneur les deux pans de la personnalité du musicien grec.

Pour le premier, le public n’a plus guère besoin de démonstration. Dès les premières notes du concerto de Mozart, on retrouve avec joie cette sonorité caressante, ce phrasé limpide, ces lignes si construites, et qui emplissent l’espace. Le jeu du violoniste, spontanément extraverti, réussit la prouesse d’être d’une ingénuité d’enfant sans être gauche, d’être élégant sans être maniéré, d’être inventif sans cuistrerie. Lorsque Mozart présente une ligne mélodique pour la seconde fois, Kavakos, par des variations toujours subtiles, parvient à la rendre nouvelle : il façonne différemment son caractère, il la rend plus décidée, plus emportée, ou au contraire plus tendre, plus rêveuse. L’orchestre, face à tant de présence, n’a aucune peine à opposer un discours très homogène, qui tantôt soutient le soliste, tantôt dialogue avec lui. Kavakos peut donc se contenter de quelques gestes de direction quand il est « à défaut » : cela fonctionne très bien.

Mais lorsqu’il troque son instrument contre une baguette, et dirige du haut d’un podium, le violoniste se montrerait-il dépassé ? Soliste, il marchait à la tête de son armée ; serait-il désemparé de lui faire face à présent ? Toujours est-il qu’il procède par mimes plus qu’il ne bat la mesure, si bien que les incertitudes de tempo sont constantes, et nuisent beaucoup à une œuvre enlevée comme l’est la Symphonie classique de Prokofiev. Les musiciens de l’orchestre, rétifs, devancent en permanence leur chef dans le premier mouvement et le finale, donnant une impression de décalages permanents et de lenteur tout à la fois. La parenthèse de la Gavotte (le troisième mouvement), et de son tic-tac régulier sur lequel cordes et vents peuvent s’accorder, reste heureusement jubilatoire.

À l’évidence, c’est la musique de Schubert qui convient le mieux à Kavakos : moins frénétique, et pourtant très rythmique, avec son perpétuel bruissement d’ostinatos, elle présente un discours large et généreux, une diversité de teintes très évocatrice (avec le jeu mode majeur – mode mineur, notamment), et une orchestration efficace dans sa simplicité. Le premier mouvement de la symphonie est une réussite magistrale, de celles qui laisse l’auditeur pantois. Cette fois, l’orchestre, qui peut-être au fond possède mieux cette partition, rutile : dès l’introduction, les cuivres émerveillent par leur onctuosité sonore, les cordes par leur plénitude quasi-vocale, les bois enfin, par leur parfum pastoral.

Hélas ! La magie s’estompe peu à peu, épuisée par les proportions de l’œuvre ; le chef ne parvient pas à garder l’intérêt captif. Quel dommage que face à ce constat, il n’ait pas jugé bon d’épargner aux spectateurs les reprises innombrables, que Schubert lui-même voyait certainement comme des marqueurs formels, plus que comme des indications d’exécution, et qui alourdissent au-delà du raisonnable, par de pures redites, la trame de ce monument du patrimoine symphonique occidental.

Crédit photographique : © Yannis Bournias

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Paris. Salle Pleyel. 31-I-2014. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour violon et orchestre n°3. Sergeï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n°1 « Classique », op.25. Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n°9 « la Grande ». Leonidas Kavakos, violon ; Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Leonidas Kavakos.

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