Visions d’Orient par Radhouane El Meddeb

Danse , Festivals, La Scène

Dijon. Plateau de l’Auditorium, 31-I-2014. Dans le cadre du festival Art Danse. Sous leurs pieds, le paradis, solo dansé (2012). Conception et dramaturgie : Radhouane El Meddeb. Chorégraphie : Thomas Lebrun et Radhouane El Meddeb. Interprétation : Radhouane El Meddeb. Sonographie : Stéphane Gombert. Scénographie : Annie Tolleter. Lumières : Xavier Lazarini. Musique : solo dansé sur Al Atlal (les ruines), poème chanté en concert par Oum Kalthoum en 1966.

Sous leurs pieds le paradis DRDéroutant, mais envoûtant, original, enrichissant, plein de sensibilité, tel apparait ce spectacle bourré de paradoxes. et son complice vont s’appuyer sur un poème chanté par Oum Kalthoum pour chanter les mères, les sœurs, les passionarias du monde arabe ; ils vont élaborer ce solo dansé par Radhouane, le franco-tunisien, en mettant en commun son expérience des choses vécues pour le premier, et ses interrogations et ses intuitions d’Européen pour le second.

Déroutant est de prime abord le corps du soliste : vêtu d’un T-shirt et d’un short sombre, sa masculinité laisse bientôt place à  un hymne à la féminité. Pour , les mains des femmes sont leur bien le plus précieux : que ce soit pour laver, cuisiner, coudre, caresser, demander, manifester, ce sont elles qui vont s’agiter durant tout le spectacle en évoquant ces activités incessantes par des postures répétées.

La chanson poignante d’Oum Kalthoum sert de support émotionnel mais aussi de support formel à la pièce : elle se déroule entre des interludes orchestraux et procède par répétitions à la demande du public, qui manifeste son enthousiasme dans l’enregistrement. Cela explique évidemment la répétition de certains gestes et cela donne à cette prestation un aspect envoûtant, musique et gestes se répondant dans une sorte de cérémonie, lente mais sans repos. La position sociale de la femme musulmane est évoquée dès le début : les rideaux noirs qui pendent sur la scène, noire elle aussi, servent parfois à recouvrir la tête du danseur. Un drap blanc oublié dans le fond du praticable va devenir le voile blanc de la mariée mais aussi le linceul dans lequel le danseur s’enveloppe à la fin comme une chrysalide dans son cocon.

La gestique originale repose donc essentiellement sur le jeu des mains ; celles-ci se font oiseaux ou s’enroulent avec grâce autour du torse, mais elles se font souvent cruelles en se plaquant violemment sur le visage. Elles sont aussi les supplications des mères en détresse et rappellent avec force les bras levés des manifestantes lors des printemps arabes.

« Le paradis est sous les pieds des mères » aurait dit le Prophète… Dans ce ballet incessant et saccadé des mains, qui retrace plus les douleurs des femmes que leurs joies sur terre, on retrouve des gestes immémoriaux, ceux que l’on voit encore sur les parois des tombes antiques en Egypte.

Crédit photographique : © A.Poupeney

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