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Gerd-Albrecht BIl ne comptait certainement pas au rang des stars de la baguette et il n’était pas connu du grand public, pourtant l’art de l’interprétation, les compositeurs oubliés et contemporains ainsi que le patrimoine discographique doivent énormément au chef d’orchestre allemand décédé cette semaine à l’âge de 78 ans.

voit le jour, en 1935, dans la très industrielle ville d’Essen. Son père, Hans Albrecht, est un musicologue réputé. Ses débuts sont fracassants, à l’âge de 22 ans, il remporte le premier prix du concours de direction d’orchestre de Besançon. Il effectue alors une entrée dans la carrière à l’ancienne, franchissant pas à pas les différentes fonctions d’un chef d’orchestre d’opéra : répétiteur à Stuttgart, premier chef d’orchestre à Mayence avant d’être nommé, à 27 ans, Generalmusikdirektor à Lubeck ; il est alors le plus jeune à occuper un tel poste en Allemagne. On le retrouve ensuite à la tête de l’opéra de Kassel (1966-72), à la Deutsche Oper Berlin (1972-76), à Hambourg, où il est chef d’orchestre et directeur d’opéra de 1988 à 1997. Du côté symphonique, il est directeur musical de l’orchestre de la Tonhalle de Zürich (1975-80), de l’orchestre Yomiuri de Tokyo (1998-2007) et de l’orchestre national du Danemark (2000-2004). Sa probité et sa curiosité musicale en font l’un des piliers du festival de Salzbourg, il y dirige de nombreuses premières mondiales et la résurrection de chefs d’œuvres oubliés comme Karl V d’Ernst Krenek (1980), Les Stigmatisés de Franz Schreker (1984) ou la version revue de Gogo no Eiko, opéra de Hans Werner Henze (2006).

Le nom du chef est naturellement associé à l’orchestre philharmonique tchèque de Prague dont il devint, en 1994, le premier directeur musical non-national. Les relations entre le chef et son orchestre s’enveniment rapidement, Albrecht met en avant sa nationalité allemande, comme principale raison des tensions avec ses musiciens. Il va au clash refusant la participation de l’orchestre à un concert officiel au Vatican, à l’occasion de l’établissement des relations diplomatiques entre le Vatican et Israël. Le président tchèque Vaclav Havel en prit ombrage, quant à Albrecht, il déclara à la presse allemande être un « bouc-émissaire de trois siècles de domination des Habsbourg en Bohême, de l’occupation nazie et de la participation de la RDA à la répression du printemps de Prague en 1968 ». Le chef et le président s’affrontèrent par déclarations interposées, et Vaclav Havel ne participa pas au concert du Centenaire de l’orchestre. En 1996, Albrecht jette l’éponge et quitta Prague. Pourtant son bref passage aura été très prolifique comme en témoignent les enregistrements publiés par les labels Orfeo et Exton composés de raretés tchèques et de symphonies de Bruckner et de Schubert. Passées les tensions, le chef revient au pupitre de son ancien orchestre pour un mémorable Requiem de  Dvořák au festival de Salzbourg 2004 et pour une tournée latino-américaine en 2006.

gerd albrecht AGerd Albrecht était un homme de convictions : en 2003, il prit la parole lors d’un concert à Copenhague pour dénoncer le soutien du Danemark à la guerre en Irak. Il déclara alors : « les musiciens doivent-ils rester silencieux ? La réponse est non ». Le contrat d’Albrecht auprès de son orchestre danois ne fut ensuite pas renouvelé. Le musicien était très actif au pupitre des orchestres de jeunes à l’occasion de grands concerts symboliques. Il dirigea, en 1997, le Requiem de Verdi au pupitre de l’orchestre des jeunes d’Allemagne pour un concert au camp de concentration de Theresienstadt.

Gerd Albrecht était un fervent promoteur dans le domaine de la diffusion de la musique vers les enfants et adolescents ; il était même l’auteur de livres musicaux pour enfants. En 1989, il créa sa fondation à Hambourg : la Hamburger Jugendmusikstiftung destinée à soutenir les jeunes talents et la diffusion de la musique. Cette fondation participa à la naissance du Klingendes Museum (musée sonore) à Hambourg qui accueille des ateliers musicaux pour les jeunes et des concerts pédagogiques. Devant le succès, une succursale s’est ouverte à Berlin. La fondation initie aussi les camionnettes sonores (Klingende Mobile), mobiles pédagogiques, qui parcourent les rues de Berlin, Hambourg et Francfort.

La discographie de Gerd Albrecht est considérable tant numériquement que qualitativement. On lui doit la redécouverte de nombreuses partitions oubliées et en particuliers celles de compositeurs réprimés par le nazisme : Paul Hindemith, Gideon Klein, Ernst Krenek, Franz Schreker, Erwin Schulhoff, Viktor Ullmann, Egon Wellesz. Grand défenseur de la musique de son temps, Gerd Albrecht a donné de nombreuses premières mondiales de compositeurs comme Aribert Reinmann, Hanz-Werner Henze, ou Wolfgang Rihm. Cette discographie est essentiellement disponible chez les labels allemands Orfeo et Capriccio.

Dans les pays francophones, Gerd Albrecht était un invité régulier. En Belgique, on l’avait rencontré à la tête des orchestres de La Monnaie et de Bruxelles (il avait enregistré des œuvres de Viktor Ullmann avec le Brussels Philharmonic pour Glossa). En France, le chef avait dirigé de nombreux orchestres, il avait été artiste associé au festival de Besançon en 2012 et 2013. En Suisse, il avait principalement dirigé l’orchestre de la Tonhalle et au festival de Lucerne.

Crédits photographiques : Matthias Heyde et Anna Meuer

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