Pauline Courtin, soprano jeune espoir

Elle a fait une entrée très remarquée dans la cour des jeunes espoirs avec une adorable Barberine au Théâtre des Champs-Élysées, et pour peu que vous ayez retenu son nom, vous avez remarqué qu’il figure sur les programmes d’opéra un peu partout en France, il est d’ailleurs fort probable qu’on le voie de plus en plus fréquemment. Actuellement Zerline au Festival de Saint-Céré, a répondu aux questions de ResMusica.

« J’ai l’impression de participer à l’histoire de la musique et de défendre les compositeurs d’aujourd’hui. »

ResMusica : Votre Barberine dans la production des Noces de Figaro au Théâtre des Champs-Élysées a été très remarquée. Vous êtes pourtant encore bien jeune, puisque vous êtes née en 1977 ?

 : C’est très agréable d’entendre ça ! Il y avait de grandes stars dans cette production, et ça fait vraiment plaisir de recevoir autant d’applaudissements, car même s’ils sont adressés principalement aux vedettes, on en prend toujours un petit peu pour soi-même !

RM : Vous savez que Lucia Popp a débuté dans Barberine ?

PC : C’est exactement ce que m’a dit Dominique Meyer, le directeur du TCE ! Il a ajouté que ses Barberine avaient toujours fait de belles carrières par la suite, car à petits rôles, grands effets… Je reprends d’ailleurs ce rôle au Palais Garnier, en mars 2008.

RM : Comment, si jeune, avez-vous décroché un rôle dans un théâtre important comme le TCE ?

PC : La production a tourné dans plusieurs villes, dont Marseille. Dominique Meyer m’a entendue, et m’a engagée pour la reprise parisienne.

RM : Vous étiez donc déjà engagée à l’opéra de Marseille ?

PC : Je suis aixoise. A 18 ans, je ne connaissais rien à l’opéra. J’ai dû subir une intervention chirurgicale bénigne, et tout à fait par hasard, Sumi Jo se trouvait dans le même hôpital. Nous avons sympathisé, et elle m’a invité pour une représentation du Comte Ory au Festival d’Aix en Provence, en 1995. J’ai eu le coup de foudre : les costumes, les décors, tout me plaisait, et j’ai découvert qu’on pouvait jouer la comédie en chantant. Je me suis immédiatement inscrite au conservatoire de Marseille, dans la classe de Tibère Raffalli. Entre-temps, Sumi Jo m’avait donné mes premiers cours de chant.

RM : Et ensuite ?

PC : Claire Gibault a organisé des auditions un peu partout en Europe, et j’ai été choisie pour le rôle de Blondchen dans L’Enlèvement au sérail au théâtre Argentina de Rome, je me suis perfectionnée à l’Academia Santa Cecilia… et j’ai retrouvé Sumi Jo, qui habitait Rome ! J’avais 23 ans. Je suis restée deux saisons à Rome, j’ai chanté Despina, Pollicino de Henze, le marchand de sable et le bonhomme Rosée dans Hänsel et Gretel… A Bologne, j’ai participé à la création des Oiseaux de passage de Fabbio Vacchi, et du même compositeur, Il Letto della storia au Mai Musical Florentin. Et puis je suis rentrée en France et je me suis inscrite au CNIPAL à Marseille.

RM : Que vous a apporté ce passage au CNIPAL ?

PC : Eh bien au CNIPAL, on auditionne en même temps qu’on travaille sa voix. On ne perd pas son temps, parce qu’on décroche des contrats tout en étudiant, et en même temps, nos professeurs nous aident à travailler nos rôles. J’ai de plus eu la chance d’y suivre les master-class de Mady Mesplé, avec qui je travaille toujours. J’ai une grande confiance en elle, c’est comme ma deuxième maman, elle me conseille sur les rôles à accepter ou refuser, et dès que j’ai un souci, je lui téléphone !

RM : Et vous voici embauchée à l’Opéra de Marseille !

PC : Exactement ! J’y ai chanté dans L’Héritière de Damase, et puis j’avais auparavant chanté un petit rôle dans Don Quichotte à Nice. Le rôle-titre était tenu par Ferruccio Furlanetto, et c’était vraiment magique. On apprend beaucoup en écoutant les autres chanteurs !

RM : Si je comprends bien, vous avez trouvé des engagements à peine sortie du conservatoire, et d’autres encore alors que vous étiez étudiante au CNIPAL. Vous devez avoir beaucoup de chance… ou beaucoup de talent !

PC : (rires) Le talent, je ne sais pas. Je n’ignore pas que la carrière de beaucoup de jeunes chanteurs qui en ont autant que moi ne démarre pas aussi vite ni aussi facilement, et je pense que j’ai beaucoup de chance. La chance aussi d’être bien entourée.

RM : Vous devez également avoir un agent très efficace ! C’est pourtant difficile d’en trouver un quand on est encore inconnu ?

PC : J’ai effectivement un agent, Monique Baudouin, qui s’occupe très bien de moi. En fait, le CNIPAL organise aussi des auditions pour des agents, c’est ainsi que nous nous sommes rencontrées.

RM : Donc, vous êtes arrivée à Paris pour cette Barberine…

PC : A Paris, j’ai aussi chanté au Châtelet, pour la création du Luthier de Venise de Gualtiero Dazzi.

RM : Encore une création contemporaine ?

PC : Oui, j’aime beaucoup la musique contemporaine, j’ai l’impression de participer à l’histoire de la musique et de défendre les compositeurs d’aujourd’hui, et je trouve ça important. On a même commencé à me cataloguer comme chanteuse d’œuvres contemporaines mais je fais attention, car je ne veux pas m’y cantonner.

RM : Dans ce cas, quels rôles aimeriez-vous interpréter ?

PC : Je rêve un jour de Manon, Juliette, mais dans un avenir plus proche, j’aimerais bien aborder Susanna…cela dit, je ne ferai pas comme Lucia Popp, je n’enchaînerai pas la Comtesse à Susanna et Barberine !

RM : vous avez beaucoup tourné en province également, cette saison ?

PC : Oui, à Nice, pour Ariane et Barbe-Bleue, à Dijon pour Orphée aux enfers, et puis la tournée de L’enfant et les sortilèges à Angers-Nantes Opéra, je faisais le rossignol, une pastourelle, le feu…

RM : Le feu ? C’est un rôle de colorature ?

PC : C’est à la limite de la colorature, mais je n’en suis pas une, et je ne tiens pas à la devenir. Je suis un lyrique léger avec des aigus faciles, et je pense que ma voix va évoluer vers des rôles plus lyriques. D’ailleurs je débute en février prochain au Grand Théâtre de Bordeaux dans Gilda. Ce sera une prise de rôle dans des conditions idéales puisque j’aurai la chance d’être dirigée par deux artistes de grand talent et d’avenir : Eric Genovese, sociétaire de la Comédie-Française, qui vient de triompher dans Tartuffe, et qui signera sa première mise en scène d’opéra, ainsi qu’Alain Altinoglu, l’un des plus brillants jeunes chefs français.

RM : Et vous voici maintenant au Festival de Saint-Céré. Comment avez-vous été embauchée ?

PC : Olivier Desbordes cherchait une Eurydice pour son Orphée aux enfers à Dijon. Maurice Xiberras, assistant de Renée Auphan, la directrice de l’opéra de Marseille, lui a parlé de moi. Il m’a auditionnée et m’a engagée. Il m’a ensuite proposé la Reine de la nuit à Saint-Céré. Malheureusement, la production a été annulée, alors il m’a demandé de chanter Zerline, et la partie de soprano dans le Requiem de Mozart.

RM : C’est beaucoup d’activité pour une même année ! Est-ce que ce n’est pas dangereux pour votre voix ?

PC : J’ai beaucoup enchaîné, et c’est très dur quand on débute, car on ne connaît aucun rôle, il faut les apprendre tous ! Je ressens la fatigue physique, et je vais bientôt prendre un mois de vacances dont j’ai bien besoin, mais ma voix n’est pas fatiguée.

RM : Avez-vous suffisamment d’engagements pour pouvoir refuser un rôle ? Ou un jeune chanteur est-il plus ou moins obligé de tout accepter ?

PC : C’est surtout difficile de refuser une prise de rôle alléchante, ou un théâtre pour lequel on souhaiterait travailler, ou encore certaines personnes avec qui on a envie de collaborer…j’essaie d’être vigilante et de refuser les rôles qui ne conviennent pas à ma voix. En cas de doute, je téléphone immédiatement à Mady Mesplé ! Je ne veux pas me mettre en danger.

RM : Mais justement, chanter si souvent, n’est-ce pas mettre sa voix en danger ? Par exemple, à Saint-Céré, c’est la coutume de participer à plusieurs productions différentes.

PC : C’est justement quelque chose que je ne veux pas faire. Par exemple, prévue dans le Requiem de Mozart, j’ai été atteinte d’une laryngite un peu auparavant, et j’ai préféré annuler. Le public n’a pas perdu au change, puisque j’ai été remplacée par Cécile Perrin. Et cela m’a permis de me concentrer sur Zerline. Je connais mes limites, et je ne veux surtout pas les outrepasser.

Crédits photographiques : © flag

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