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Escale wagnérienne de l’Orchestre national de Lille à Paris

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Salle Pleyel, 15-II-2014. Richard Wagner (1813-1883) : La Walkyrie, extraits ; Tristan et Isolde, extraits. Anja Kampe (soprano), Robert Dean Smith (ténor), Orchestre national de Lille, Jean-Claude Casadesus (direction).

ONL wagnerD’habitude, lorsqu’il s’agit d’un récital avec des coupures d’opéras (le temps de la soirée l’oblige), les wagnériens sont outrés par le sacrilège commis. Curieusement, ce soir-là, nous avons entendu très peu de cris d’indignations de leur part. Si le choix de l’ et son chef , pour leur tournée avec un programme intitulé « Viva Wagner », n’est pas exempte de clichés avec des « high-lights » de La Walkyrie (Prélude à l’Acte I, quelques airs et duos enchainés de Siegmund et de Sieglinde du même acte) et de Tristan (prélude à l’Acte I, duo de Tristan et Isolde, Prélude à l’Acte III, la mort d’Isolde), la qualité de deux chanteurs, la soprano italienne d’origine allemande et le ténor américain , conquit la salle. Au début, et ce certainement en raison de l’acoustique floue de la salle, les voix semblaient planer dans l’espace, donnant l’impression que les chanteurs faisaient des efforts inhabituels. Mais une fois les oreilles habituées, on savoure pleinement la splendeur de leur voix qui surpassent l’orchestre, dans le volume mais aussi dans les timbres et la densité.

En effet, si l’orchestre a gagné en profondeur de son et en homogénéité depuis quelque temps, il peine encore à exprimer l’épaisseur de la musique de Wagner, bien que l’ensemble soit admirablement compact et ample à la fois. Evidemment, la Salle Pleyel n’est pas Bayreuth, et les musiciens sont tous placés sur la scène. Pour autant, une certaine réserve, que l’on peut appeler l’« élégance à la française » est largement perceptible, contrairement à l’effusion de sentiments parfois sauvages mise en avant par les chanteurs. Ainsi, quand Siegmund crie : « Wälse ! Wälse ! », au-delà du déluge sonore orchestral (mais compact donc), l’auditoire vit soudain le violent ressenti du héros. Quant à , qui joue les caractères assez différents de Sieglinde et d’Isolde, elle trouve chez ces deux héroïnes une même passion amoureuse, extrêmement puissante. Sa voix épaisse exprime idéalement la sensibilité charnelle des personnages, incarnant à elle seule le drame wagnérien.

Ce magnifique exploit vocal des deux chanteurs, dans le cadre des concerts « Les Grandes Voix », qui nous a permis de nous plonger littéralement dans l’univers wagnérien, a transformé cette soirée en un moment inoubliable.

Crédit photographique : , et Anja Kampe © Ugo Ponte-ONL

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