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Fin de l’intégrale Chostakovitch de Valery Gergiev à Pleyel

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 16, 17, 18-II-2014. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violon et orchestre n°2 en do dièse mineur op.129 ; Symphonie n°7 en ut majeur op.60 « Leningrad ». Symphonie n°12 en ré mineur op.112 « L’Année 1917 » ; Symphonie n°8 en ut mineur op.65. Concerto pour violon et orchestre n°1 op.77 ; Symphonie n°11 « L’année 1905 » en sol mineur op.103. Alena Baeva, violon ; Vadim Repin, violon. Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, direction : Valery Gergiev.

Gergiev 2014-02-16 Telmondis - Orchestre du Théâtre MariinskyAvec ces trois concerts s’achevait l’intégrale que et son Mariinsky ont entamée en janvier 2013 et poursuivie ensuite avec une incontestable densité à coup de programmes fort copieux s’enchainant par série de trois concerts. L’overdose pouvait guetter l’auditeur, qui lui n’était pas obligé d’assister à tous les concerts, mais aussi les musiciens du Mariinsky qui avaient l’obligation d’assurer. Habitués à un emploi du temps surchargé, ces remarquables musiciens se montrèrent, lors des trois dernières levées de cette intégrale, assez convaincants et même parfois époustouflants, d’un niveau plus constant dans l’excellence que lors des premiers concerts.

La partie concertante était consacrée aux deux concertos pour violon, et permettait d’entendre une star de l’archet et une jeune artiste encore peu connue en France. C’est la cadette qui eut l’honneur d’ouvrir les hostilités avec le Concerto pour violon n°2, occasion pour nous d’entendre pour la première fois . Elle nous offrit une interprétation remarquable de maitrise, ne se laissant jamais déborder par la partition et ses nombreuses difficultés, conduisant son discours avec une justesse et une intelligence permanente. Si elle mettait dans son concerto sans doute moins d’intensité et de panache que son illustre créateur David Oïstrakh, elle n’en était pas moins constamment expressive grâce à des phrasés qui respiraient avec naturel et une capacité à jouer sur la couleur sonore, capturant constamment l’attention de l’auditeur. Et sans doute aussi celles des musiciens de l’orchestre qui firent preuve d’une attention permanente au jeu de la soliste, instaurant avec elle d’exemplaires dialogues. Ainsi donc la jeune emporta haut la main le morceau, ce qu’on ne peut pas totalement dire de la prestation de son illustre compatriote russe qui, deux jours plus tard, s’attaquait au Concerto pour violon n°1.

Car, dès le Nocturne introductif, le célèbre violoniste rencontra des difficultés d’intonation qui furent un peu trop nombreuses pour ne pas laisser intact ce mouvement tout en émotion contenue et subtilité. Paradoxalement se sortit mieux des trois mouvements suivants, pourtant plus virtuoses, sans pour autant donner la sensation qu’il dominait la partition, qu’il jouait d’ailleurs de mémoire, mais plutôt qu’il la subissait. Mais si l’artiste devait sans doute se battre avec des doigts qui ne suivaient pas toujours, il n’avait pas pour autant perdu son instinct ou son intelligence musicale, et il réussit à donner à chacun des mouvements son caractère propre, et dans cette œuvre c’est primordial. Comme pour le premier concerto, on ne peut que saluer l’accompagnement attentif, bien veillant et chaleureux du chef. Le public fut tout aussi chaleureux dans ses applaudissements, et se vit offrir un vrai « bis » puisque fut repris le Burlesque conclusif du concerto.

La partie symphonique fut globalement plutôt consistante, mais présenta ici où là des moments moins réussis ou peut être pas aussi poussés dans leur retranchement que possible. Ainsi la fameuse Symphonie « Leningrad » contint peut-être le moins bon et le meilleur. Et bizarrement c’est le mouvement qui donna sa célébrité à toute la symphonie qui, à nos oreilles, pêcha par un déficit de ton et de climat alors que les trois autres mouvements furent remarquablement réussis car justement toujours impeccablement expressifs et magnifiquement exécutés. Dommage que le chef n’ai pas réussit à sortir le Moderato initial de l’anecdotique, trop rapide et survolé dans sa première partie, puis, après un pianissimo génialement réussi, la progression du thème obstiné fut trop mécanique et le retour du premier thème, grand moment de ce mouvement, fut quasi insignifiant.

Le second concert commença par la Symphonie n°12 « L’Année 1917 » et s’acheva par la grandiose Symphonie n°8. Le niveau d’inspiration entre les deux symphonies n’est évidemment pas le même et si, malgré ses efforts, ne put nous passionner avec cette douzième, il réussit à nous intéresser d’un bout à l’autre, semblant tirer de chacun des quatre mouvements le maximum sans jamais les surexposer pour autant. C’est d’ailleurs le même sentiment de modération dans la puissance expressive que nous ressentîmes à l’écoute de cette huitième, un des incontestables chefs-d’œuvre de tout le corpus symphonique. Nous étions loin, par exemple, d’un Solti qui, naguère en ce même lieu, déchaina la surpuissance de son Chicago Symphony à en faire littéralement trembler le sol sous nos pieds. Point de cela cette fois, et si on ne reprochera pas au chef d’éviter ainsi le spectaculaire pour le spectaculaire, il nous sembla, surtout dans le génial premier mouvement, qu’on aurait gagné à un peu plus de contraste et d’intensité. Pour ne prendre qu’un seul exemple au cœur du mouvement, le déchainement qui précède le sublime solo de cor anglais, le solo lui-même, puis le changement de tonalité qui suit, ne nous parurent pas aussi porteur d’émotion que sous d’autres baguettes. Un peu comme pour la « Leningrad » les mouvements suivants, peut-être un poil retenu en tempo, furent assez remarquables et montrèrent un orchestre à son meilleur, attentif et précis, capable de fulgurances comme d’impalpables pianissimos comme celui qui conclut magistralement la symphonie suivi par un long silence seulement prématurément perturbé par des applaudissements rapidement étouffés.

Gergiev 2014-02-16b Telmondis - Orchestre du Théâtre MariinskyLe dernier mot de ce cycle revenait à la Symphonie n°11 « L’année 1905 » que le même chef avait dirigé ici-même mais avec le LSO en 2009. A relire notre commentaire d’alors il nous a semblé que Valery Gergiev nous en a donné ce soir une version plus nerveuse, plus acharnée dans le second épisode Le 9 janvier, se concluant par un implacable Toscin dont le carillon ferraillait quand même un peu trop crûment à la toute fin.

Cette intégrale a montré que le chef ne négligeait aucune œuvre, réussissant parfois mieux des symphonies mineures que certains chefs-d’œuvre, comme cette dixième qui semble le fuir. Si le tout début du cycle fut touché par un manque de mise au point, la suite en fut exempte et l’orchestre s’y montra impressionnant, surtout quand on connait sa charge de travail. Néanmoins on ne peut d’empêcher de penser que cette densité de travail était sans doute en partie la cause de ce déficit expressif ressenti ici ou là, et qu’avec plus de temps de préparation ces remarquables musiciens pourraient nous donner des interprétations plus abouties.

Crédit photographique : , Valery Gergiev – Concert du 16/02/2014 © Telmondis / Orchestre du Théâtre Mariinsky

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