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Richard Goode, le maître de la lumière

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Paris, Théâtre des Champs Elysées. 16-II-2014. Franz Schubert (1797-1828) : Impromptus n°1 et n°3 op.90 D.899 ; Drei Klavierstücke op.posth. D.946. Claude Debussy (1862-1918) : Préludes Livre I. Richard Goode, piano

richard goodeChaque concert de est reçu comme une grâce et reste gravé dans la mémoire. L’artiste ne se contente jamais de jouer, il fait plus,  il transfigure ce qu’il aborde, tout simplement. Ce pianiste rare sait être d’abord « à l’écoute de l’oreille intérieure », comme le dit si bien Ivry Gitlis. Et puis, ce beau piano, ce vieil Erard sur lequel il travaillait pendant sa jeunesse aura sans doute livré à quelques secrets quant à la beauté des sons, à leur rayonnement.  En tous cas, cet interprète au toucher sublime est sans conteste le maître de la lumière. Elle naît sous ses doigts miraculeusement et illumine les œuvres, sculpte les phrases tout en leur conférant une immatérielle clarté.

, dans ce type de répertoire, peut alors redonner toute son importance à la mélodie, la mettre en valeur en la détachant du reste du texte. Il chante ainsi merveilleusement, véritable poète du clavier. Lente maturation, on le devine à l’écoute, qui s’accomplit dans la fréquentation des livres, du lyrisme verbal, chez un pianiste qui est de surcroît polyglotte et fin connaisseur des  œuvres littéraires.  Il sait, et cela s’entend aux accents, aux silences, retrouver dans une phrase musicale la musique des vocables, de leur sens, tout en allant plus loin que les mots.

Le programme de ce concert, éloigné du répertoire habituel de Richarde Goode, lui convient  à merveille, ces pages où passent des lambeaux de tant de Lieder chez Schubert, de correspondances baudelairiennes chez Debussy. Dès le premier impromptu de Schubert, le pianiste renouvelle la lecture de ces œuvres si connues : la brève mélodie se détache de l’ensemble, revenant sans cesse, tel un refrain, prisonnière de développements sans issue  et l’auditeur est bouleversé. Le même intimisme se retrouve dans l’impromptu suivant baigné d’une lumière intérieure diffuse. Ce sont encore des Lieder sans paroles qui habitent les Klavierstücke, les dernières pièces laissées par le compositeur l’année de sa mort. Richard Goode a su  percevoir dans la fraîcheur des mélodies, celle du deuxième et celle qui clôt le troisième notamment, la nostalgie qui étreint le cœur du musicien, un adieu à la jeunesse, au printemps,  qui arrache les larmes. La fluidité, la douceur  du jeu de l’interprète atteignent  l’ineffable, arrivent à dire à la fois la pureté et la vulnérabilité de l’ultime chant du compositeur.

Ce bonheur pianistique se retrouve dans les Préludes de Debussy qui déversent des chatoiements  de couleurs, ainsi du Prélude III, Le vent dans la plaine faisant irrésistiblement penser à la peinture de Bonnard. Mais le  rapprochement avec l’impressionnisme s’arrête là : Richard Goode met bien plutôt en évidence l’héritage de Debussy, ainsi de sa lecture romantique du Prélude I, Les Danseuses de Delphes. Le passage aux notes répétées du Prélude V, Les collines d’Anacapri, rappellent le Prélude n° 15 de Chopin et, ici et là, Wagner n’est pas loin, fugitivement. Dans l’ensemble, le pianiste est moins soucieux d’effets visuels accrocheurs que de recherches d’idées musicales neuves comme dans l’admirable Prélude VI, Des pas sur la neige.

Touché par la qualité d’écoute du public et par ses ovations, Richard Goode donna en bis l’Arabesque de R . Schumann, Ondine de Debussy et la Sarabande de la Partita n° 1 de J.S. Bach, sarabande souvent présente dans ses concerts, un peu comme Bach était présent chez Dinu Lipatti. Il s’agit d’un immense pianiste, invité trop rarement en France, ce qu’il faut déplorer.

Crédit photographique : © Steve Riskind

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Paris, Théâtre des Champs Elysées. 16-II-2014. Franz Schubert (1797-1828) : Impromptus n°1 et n°3 op.90 D.899 ; Drei Klavierstücke op.posth. D.946. Claude Debussy (1862-1918) : Préludes Livre I. Richard Goode, piano

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