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Rétrospective Heiner Goebbels à la Biennale Musiques en scène

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Biennale Musiques en scène. 8-III-2014. Heiner Goebbels (né en 1952): I Went to the House But Did Not Enter, concert scénique en trois tableaux conçu et mis en scène par le compositeur pour les quatre chanteurs du Hilliard Ensemble. Scénographie et lumière, Klaus Gründberg. David James, contre-ténor, Rogers Covey-Crump, ténor, Steven Harrold, ténor, Gordon Jones, baryton.

I Went to the house (c) Mario Del Curto 2Du 5 au 29 mars à Lyon, sur le toit de l’office du tourisme, abritant le bureau de la Biennale Musiques en scène, est posé un beau nuage blanc, l’image autour de laquelle Damien Pousset a choisi d’élaborer sa programmation: le Cloud est l’image emblématique de cette nouvelle forme de communication inter-mondialiste que sont les réseaux internet mettant à disposition un réservoir illimité d’informations dont s’emparent aujourd’hui les artistes. Ainsi, au cinquième étage du Musée Gadagne, dans le très beau jardin médiéval suspendu sur le toit du bâtiment, le vidéaste Jean-Baptiste Barrière a conçu Le jardin des songes, une installation interactive, musicale et visuelle, autour des rêves, racontés en toutes les langues, de personnes du monde entier qui ont déposé leur récit dans des « stations de rêve » prévues à cet effet…

C’est de ce brassage de courants et de cette pluralité des formes et des expressions dont veut rendre compte la Biennale Musiques en scène, en mêlant le théâtre et la musique mais aussi les installations, performances et autres expériences – un concert participatif de smartphones! – qui essaiment dans une large sphère, de Lyon et de ses environs.

Après Michael Jarrell qui venait fêter en 2012 les 20 ans de Musiques en scène, c’est l’artiste allemand , maître de la pluridisciplinarité, homme de théâtre autant que compositeur, mettant en scène ses propres spectacles, qui est cette année l’invité d’honneur. La Biennale offre la plus grande rétrospective jamais organisée de ses oeuvres avec des concerts symphoniques, une installation sonore et visuelle au Musée d’Art Contemporain, des rencontres avec le public, un film et quatre spectacles de théâtre.

Le coup d’envoi de cette résidence était donné au TNP de Villeurbanne avec I Went to the House But Did Not Enter (« J’allais à cette maison mais sans y entrer ») écrit en 2008, un spectacle présenté par l’Opéra national de Lyon en collaboration avec le TNP. Si le compositeur l’intitule concert scénique en trois tableaux, on pourrait aussi l’envisager comme du théâtre avec chant, tant l’impact visuel y est prégnant, favorisé par de longues plages de silence, tel ce début de spectacle très beckettien – mesuré par le seul tic-tac de l’horloge – où les quatre personnages défont puis refont le même décor d’une salle à manger.

I Went to the house (c) Mario Del Curto 6

écrit cette pièce pour les quatre chanteurs du (un contre-ténor, deux ténors et un baryton) et leur physionomie « de croquemorts » comme ils aiment à le dire. Le spectacle s’articule autour de textes de quatre écrivains et dramaturges du XXème siècle, T.S. Eliot, Maurice Blanchot (à qui est emprunté le titre de l’oeuvre), Franz Kafka et Samuel Beckett. Ces textes sont chantés de manière très épurée rappelant l’ancienne psalmodie grégorienne, tel ce chant « responsorial » de la fin du premier tableau où alternent le soliste et « le choeur ».

Le second tableau figure un pavillon de banlieue (avec chien et autres nuisances sonores). On pense aux toiles d’Edward Hopper jouant, dans leur cadre hyper-réaliste, sur l’ambivalence de la vacuité et du mystère. Moitié parlé moitié chanté, la scène laisse affleurer ce même humour qui met les choses à distance. Le troisième tableau – un intérieur bourgeois dans la gamme des marrons – est le plus radical dans la transmission du texte, Goebbels se contentant de jouer de manière très subtile sur différents espaces acoustiques créés par l’amplification. Le texte de Beckett est chanté dans sa quasi entièreté par les quatre voix simultanées, souvent sur une seule « corde de récitation », avec « cette façon de contenir l’émotion du chant et de laisser aux auditeurs la liberté de leurs émotions, qui correspond à mon idéal scénique » précise le compositeur.

Tous chantés en anglais, les textes aussi foisonnants qu’énigmatiques – mais là est le véritable questionnement – interroge le langage, la communication, le récit, abondant la phrase célèbre de Maurice Blanchot qui referme « La folie du jour »: « Un récit ? Non, pas de récit, plus jamais ».

Magnifiquement monté, avec une direction d’acteur réglée au millimètre et un ensemble vocal au sommet de son art, ce premier ouvrage d’Heiner Goebbels, de très haute tenue, laisse augurer d’autres chefs d’oeuvre à venir dans cette Biennale qui ne fait que commencer.

Crédit photographique : I Went to the house © Mario Del Curto

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Biennale Musiques en scène. 8-III-2014. Heiner Goebbels (né en 1952): I Went to the House But Did Not Enter, concert scénique en trois tableaux conçu et mis en scène par le compositeur pour les quatre chanteurs du Hilliard Ensemble. Scénographie et lumière, Klaus Gründberg. David James, contre-ténor, Rogers Covey-Crump, ténor, Steven Harrold, ténor, Gordon Jones, baryton.

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