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Tournée européenne des Berliner Philharmoniker

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Cologne. Philharmonie. 06-03-2014. Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°3 en fa majeur, Op.90 ; Georg Friedrich Haas (né en 1953) : Dark Dreams ; Claude Debussy (1862-1918) : La Mer. Orchestre philharmonique de Berlin, direction : Sir Simon Rattle

simon_rattle 2014Après Hambourg, Bruxelles et Luxembourg, la tournée européenne des Berliner Philharmoniker avait retenu pour étape Cologne et son agréable salle philharmonique. Dans ses bagages, Sir et sa célèbre phalange avaient emporté un programme pour le moins hétéroclite. Si les Berliner Philharmoniker sont rompus à l’interprétation des symphonies de Brahms (de Joshum à Karajan sans oublier Abbado), Rattle n’avait pourtant pas totalement convaincu en 2009 lorsqu’il enregistra l’ensemble des symphonies pour EMI. De la Symphonie n°3 exécutée ce soir, nous avons retenu un discours allant et assez bien charpenté mais également une certaine irrégularité dans la maîtrise des brides de l’orchestre par son chef. Et ce, tout spécialement en terme d’équilibre entre pupitres. Dans le premier mouvement, on s’étonne d’un certain retrait des vents dans des interventions pourtant de premier ordre. Piège acoustique dans lequel auraient chuté des musiciens ou volonté réelle du chef d’orchestre, il est difficile pour nous de trancher de manière totalement objective sur cette question. Tout au plus pouvons-nous constater qu’en deuxième partie de cette symphonie, les bois avaient retrouvé une place plus homogène au sein de l’orchestre… Le meilleur de cette symphonie était en fait à trouver dans l’équilibre entre les contre-chants des bois, subtils dans le Poco Allegretto duquel Stefan Dohr interprète magistralement le célébrissime solo de cor, amorcé par une attaque d’un pianissimo remarquable.

On savait que les Berliner Philharmoniker avaient trouvé en Rattle une personnalité ouverte au répertoire contemporain. Cet intérêt était rappelé ce soir par la création d’une pièce de . Le compositeur autrichien avait déjà été joué par Rattle et son orchestre la saison dernière avec In vain. Cette pièce écrite pour vingt-quatre instrumentistes avait marqué les esprits, de par sa particularité à devoir être interprétée dans l’obscurité complète. Avec Dark Dreams , Haas confirme son attrait pour les thématiques de la nuit et de l’obscurité. Mais cette fois, il s’affranchi des effectifs chambristes pour solliciter une impressionnante masse orchestrale rassemblant le grand orchestre auquel s’ajoute un large ensemble de percussions. Le compositeur est resté flou sur sa démarche artistique, laissant à l’auditeur pour seule clé de lecture que son œuvre ne se veut pas la description d’un rêve précis. Le titre est plutôt un simple guide devant orienter l’auditeur vers une manière d’aborder l’œuvre… Cette dernière investigue le domaine de la microtonalité dans un grand rassemblement de séquences explorant des atmosphères sonores parfois convenues. Il est difficile de percer ce qui structure concrètement la pièce. On pence percevoir dans une section de l’œuvre une évocation de la jungle urbaine, traversée de klaxons et de phares éblouissants. Le jeu de gongs, le woodblock ou encore l’usage du bâton de pluie ajoutent ailleurs des couleurs exotiques à la pièce permettant encore de laisser voyager l’imaginaire. Dark Dreams révèle donc quelques « effets intéressants » mais se limite à ce constat.

Place à la musique française en fin de concert, avec la Mer de . Nous avons pu nous y régaler du talent des différents solistes de l’orchestre, qui n’ont pas failli à leur réputation. L’impression d’un chœur invisible juste avant le terrible solo de hautbois du troisième tableau était parfaitement réussie. Mais force est de constater que Rattle, à vouloir valoriser des traits spécifiques de l’orchestration de Debussy a plus souvent désincarné le propos musical qu’il ne l’a magnifié. Notons enfin que pour clore ce Dialogue du vent et de la mer, le chef d’orchestre n’avait pas retenu les habituelles fanfares de cuivres (chiffre 59, mesure 4). Un choix discutable, tant l’absence de ces interventions laisse un trou béant dans le tissu orchestral, brisant cruellement la tension savamment accumulée par l’orchestre en vue du maelstrom final.

Le Berliner Philharmoniker demeure un orchestre légendaire et ses musiciens se sont brillamment illustrés en tant qu’individualités lors de cette soirée de concert. Il a cependant manqué à l’ensemble d’un réel souffle collectif, matière indispensable pour donner corps à un épisode musical d’exception.

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Cologne. Philharmonie. 06-03-2014. Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°3 en fa majeur, Op.90 ; Georg Friedrich Haas (né en 1953) : Dark Dreams ; Claude Debussy (1862-1918) : La Mer. Orchestre philharmonique de Berlin, direction : Sir Simon Rattle

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