Concours international de piano d’Orléans, 11e édition

Concours, La Scène

Orléans, Théâtre. 15-III-2014. Finale du 11e concours de piano d’Orléans. Kathrin Isabelle Klein, Aline Piboule, Imri Talgam, piano. Ensemble Cairn. Programme imposé : Lichen (création mondiale, commande du concours) de Jérôme Combier (né en 1973) ; Incises (version de 2001) de Pierre Boulez (né en 1925). Programme au choix : Regard des prophètes, des bergers et des Mages et Regard de l’Esprit de joie d’Olivier Messiaen (1908-1992) par K I Klein, Sonate n°6 de Sergueï Prokofiev (1891-1953) par A Piboule et Regard de la Vierge et Regard e l’Esprit de joie de Messiaen par I Talgam.

orleans1Du 7 au 15 mars s’est déroulé le 11e Concours international de piano d’Orléans, un concours qui se démarque des autres par ses originalités. Point de grand répertoire ressassé, fini la série des Concerto n°1 de Liszt en finale : le répertoire joué ne peut être antérieur à 1900. Fini les singes-pianistes savants à peine adolescents : pas de limite d’âge. Fini la course au Premier prix : le principe est une série de récompenses ciblées qui peuvent aussi concerner les candidats qui n’accèdent pas à la finale. Enfin fini le récital traditionnel : l’épreuve finale comprend, outre des pièces libres ou imposées, une oeuvre pour piano « non isolé ». Les éditions précédentes ont ainsi vu piano et orgue, piano et électronique, et pour cette année piano et ensemble instrumental autour d’une création (commande du concours).

31 candidats de tous horizons se sont présentés cette année aux éliminatoires. 22 ont été sélectionnés pour le quart de finale, 6 pour la demi-finale et trois pour la finale : (21 ans, Allemagne), (33 ans, France) et (26 ans, Israël). Le programme imposé comprenait Incises de (version de 2001) et Lichen de (commande du concours) avec l’. Les oeuvres au choix étaient ce soir trois des Vingt Regards sur l’enfant Jésus de Messiaen et la Sonate n°6 de Prokofiev.

orleans3 commençait les festivités. Lichen de Combier, pour sa première audition, se révèle être une oeuvre toute en demie-teintes, quasiment pointilliste, basée sur le souffle, qui procède par petites touches. L’écriture pianistique est symbolique de l’impasse de tout compositeur devant « l’instrument roi » : qu’écrire après 250 ans d’une littérature surabondante ? Cluster, jeux sur le cordier, maniement de la troisième pédale, … que faire de plus ? Certains tournures, surtout dans la cadence centrale, ne sont pas sans évoquer Maurice Ravel. Les éléments placés dans la harpe de l’instrument, combinés à des formules répétitives, font irrémédiablement penser à John Cage. Les interventions du groupe instrumental rééquilibrent la donne dans le langage bien plus personnel du compositeur. Kathrin Isabelle Klein exécute sagement cette oeuvre, sans accroc, mais sans habiter non plus la partition. Il en est de même sur la suite du programme : Incises, placé entre deux Messiaen, est techniquement en place, mais la pianiste ne va pas au delà des notes – déjà fort nombreuses ! Le premier Regard (Regard des prophètes, des bergers et des Mages) est satisfaisant, mais le second (Regard sur l’Esprit de joie) donne des signes de fatigue – après quatre épreuves et un programme de finale assez lourd, on pourra facilement lui pardonner.

orleans2 se situe un cran au dessus dans Lichen, dont elle met plus facilement en évidence la structure, avec une technique là aussi aboutie. Incises est légèrement plus constrasté, mais là aussi la difficulté de la pièce accapare toute tentative d’interprétation. Enfin dans la Sonate n°6 de Prokofiev les signes de fatigue se font entendre. L’oeuvre dans l’ensemble manque de clinquant et d’agressivité, toutefois signalons un mouvement lent réussi, tout en demie-teintes.

dépasse ses deux concurrentes. L’instrument – plutôt les instruments, un Yamaha pour le Combier et un Fazioli pour les oeuvres en solo – sonnait de façon confidentielle. Avec le troisième candidat on est face à un grand piano sonore et brillant. Lichen gagne ainsi bien plus de relief. Incises souffre de quelques erreurs mais le jeu des nuances, ainsi accentué, relève le discours intrinsèque de l’oeuvre. Enfin les deux Regards laissent voir un pianiste qui, au delà d’une technique sûre, sait jouer avec les sonorités. Le Regard de la Vierge est d’un diaphane quasi absolu, jouant sur les résonances – on comprend immédiatement la dette de Messiaen envers Debussy et le Regard de l’Esprit de joie sonne de façon dionysiaque. Vainqueur à l’applaudimètre, Imri Talgam gagne évidemment le prix le plus prestigieux (Prix Blanche Selva), Aline Piboule arrivant en seconde position (Prix de la SACEM) et Kathrin Isabelle Klein une très justifiée troisième place (Prix Chevillon-Bonaud).

Palmarès du 11e Concours international de piano d’Orléans

Crédit photographique : Remise du prix « Blanche Selva » par Alice Terzian (présidente du jury) à Imri Talgam ; à droite, (présidente-fondatrice du concours), au fond, (membre du jury, lauréat du concours 2006). Kathrin Isabelle Klein lors d’un reportage de France 3 Centre. Aline Piboule à l’issue de la finale du concours © Stéphane Quidet

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