Étape parisienne de l’Orchestre Philharmonique de Tokyo

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Salle Pleyel, 16-III-2014. Toshiro Mayuzumi (1929-1997) : Bugaku, ballet en deux parties ; Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 35 ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Le Sacre du printemps. Kyoko Takezawa, violon ; Orchestre Philharmonique de Tokyo ; Eiji Oue, direction.

Kyoko Takezawa c Tetsuro TakaiCe concert unique en France, à Paris, est organisé dans le cadre de la tournée mondiale pour le centenaire de la fondation de l’orchestre, en 1911, à Nagoya (il s’installe définitivement à Tokyo en 1938). En effet, le projet de la tournée mondiale, ayant été annulé il y a trois ans suite au tremblement de terre de Tohoku et la catastrophe nucléaire à Fukushima, s’est enfin réalisé cette année, avec d’autres étapes à New York, Madrid, Londres, Singapour et Bangkok.

On remarque souvent chez un orchestre japonais une certaine sécheresse de la sonorité d’ensemble et une maîtrise pas tout à fait suffisante à la section d’harmonie, mais là, quelle surprise ! Les cordes ont un son rond et fondu – dans le sens culinaire du terme, et comment l’exprimer autrement ? – et la clarté des harmonies ravissent les oreilles, le tout reposant sur un équilibre orchestral bien établi. Dans Bugaku, écrit pour le New York City Ballet sur une commande de George Balanchine, Mayuzumi introduit des éléments de gagaku, musique de la cour impériale nippone, notamment des imitations de l’orgue à bouche par les harmonies, que les musiciens jouent à la perfection. Vient ensuite le Concerto pour violon de Tchaïkovsky. Dès les premières notes, la douceur des cordes nous surprend, et elles gardent une belle unité jusqu’à la fin. La soliste, , qui mène une belle carrière avec des grands orchestres américains (Cleveland, Chicago, New York, Philadelphie…) mais aussi à Dresde et à Leipzig, n’est peut-être pas aussi familière du public français. Cependant, son jeu dynamique et contrasté fait d’elle une interprète de grande qualité qui mérite d’être plus connue. Ce jour-là, le contraste est un peu trop souligné entre les moments rapides et animés, et ceux plus calmes, ce qui déséquilibre quelque peu la construction même de l’œuvre, notamment le deuxième mouvement franchement trop lent.

Eiji Oue 3 c Takashi IijimaCette interprétation est certainement due à celle du chef (prononcer Ô-oué) qui dirige le Sacre un peu de la même manière ; elle est certes vivifiante et énergique, mais très originale avec des prolongements et des resserrements du temps parfois exagérés selon les sections. Heureusement, la pièce supporte suffisamment une certaine forme d’extravagance et la direction d’Oue passe sans encombre. Ce qui se remarque plus, c’est son apparence, avec ses gestes et ses grimaces grandiloquents, sans parler de son « look », un trois-pièces avec une redingote longue style 19e siècle. Assistant de Bernstein dans les années 1980, puis directeur musical de l’Orchestre de Minnesota de 1995 à 2002 avant d’occuper des postes similaires à NDR à Hanovre et à l’Orchestre symphonique de Barcelone, ce chef a une personnalité bien affirmée – il invite la salle à se mettre debout pour une ovation lors d’un bis – dont la musique peut soulever des polémiques.

Photo : © Takashi Iijima ; © Tetsuro Takai

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