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Cycle Bruckner : Mariss Jansons met la barre très haute

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Paris. Salle Pleyel. 30-III-2014. Joseph Haydn (1732-1809) : Concerto pour violoncelle en ut majeur Hob.VIIb.1. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°4 en mi bémol majeur « Romantique ». Truls Mørk, violoncelle. Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, direction : Mariss Jansons.
Paris. Salle Pleyel. 01-IV-2014. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano n°1 en ré mineur op.15. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°9 en ré mineur. Krystian Zimerman, piano. Konklijk Concertgebouworkest Amsterdam, direction : Mariss Jansons.
Paris. Salle Pleyel. 02-IV-2014. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour violon n°3 en sol majeur K.216. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°7 en mi majeur. Frank Peter Zimmermann, violon. Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, direction : Mariss Jansons.

SO2_3171(c) Stéphane OlivierCe n’était pas moins de trois majestueux concerts qui attendaient les mélomanes parisiens avec ce programme centré sur trois symphonies de Bruckner servi par le Concertgebouw d’Amsterdam et son chef titulaire . Si ce chef avait coutume de marier une grande symphonie du maître autrichien avec une plus courte symphonie classique de Haydn ou Mozart en général, il choisit cette fois-ci de faire débuter ces programmes par un concerto et trois instruments : Haydn avec le violoncelle de , puis Brahms avec le piano de pour finir avec Mozart et le violon de .

C’est donc Haydn qui ouvrit le feu de cette série de concerts avec un impeccablement classique concerto pour violoncelle où l’orchestre, radieux, chanta avec une élégance de phrasé frisant la perfection. Ne précipitant jamais le tempo (le premier mouvement est Moderato), le chef permit à cette musique de se développer constamment, bien soutenu par un fruité des cordes et des bois qui transmettait instantanément un réel plaisir sonore. Enchainant à la superbe introduction orchestrale, ne rompit pas avec le magnifique climat ainsi instauré et nous offrit une très belle prestation jusqu’à un Allegro molto final réjouissant. En somme une superbe interprétation où il nous parut manquer d’un ingrédient : du son. Car cette œuvre à effectif finalement chambriste nous sembla, comme souvent, manquer de présence sonore dans l’acoustique typique de Pleyel et nous nous sommes pris à imaginer ce que ça aurait pu donner dans une salle plus adaptée comme celle de l’Académie Frantz Liszt où nous avons entendu il y a peu un semblable effectif faire merveille.

Pour les mêmes raisons, le concerto de Mozart offert au troisième concert fut tout autant pénalisé acoustiquement, alors que s’y montra exemplaire au plus noble sens du terme, avec là encore un accord soliste orchestre irréprochable. Par contre avec le « grand » Concerto n°1 de Brahms, nous retrouvions plus de volume et d’ampleur et nous ressentions de nouveau physiquement cette musique. Quand à l’interprétation, elle nous permit de retrouver tout ce qui nous avait manqué avec le tandem Hélène Grimaud Andris Nelsons le 15 mars dernier : une vision unifiée qui ne tire pas dans tous les sens, un climat maintenu d’un bout à l’autre de chaque mouvement, un lancé d’un seul geste qui embrase l’œuvre de la première à la dernière mesure avec une cohérence constante, un touché de piano capable de nuance et surtout d’un cantabile et d’un legato aux abonnés absents quelques jours plus tôt. Ainsi et Mariss Nelsons nous donnèrent une version de haute volée de ce puissant concerto, où rien ne semblait manquer, le tout fait sans faute de goût.

Évidemment les vedettes de ces trois concerts étaient, par ordre d’entrée en scène, les symphonies n°4, 9 et 7 de Bruckner. Si elles furent toutes trois de haut niveau elles ne nous parurent pas d’égale réussite. La Symphonie n°4 « Romantique » donnée le premier soir nous parut la moins passionnante, alors que la Neuvième fut un vrai grand moment musical à marquer d’une pierre blanche et que la Septième conclut ce mini cycle sur une belle réussite. Étonnamment avec un orchestre en général aussi brillant et fiable que le Concertgebouw, l’exécution de la Romantique fut entachée d’un léger raté du cor solo dès sa première intervention, qui se reproduisit également ensuite, montrant qu’une fois de plus les musiciens ne sont que des hommes et point des robots. Dommage car le pianissimo des trémolos de cordes qui débute la symphonie était superbe. Si le reste de cette exécution fut de haut niveau, il nous sembla que le chef imprima à cette symphonie un caractère pastoral, ce qui n’est pas forcément un contresens, sans lui insuffler un feu intérieur qui l’aurait rendue plus intense et prenante, en particulier en rendant plus discrète la pulsation donnée par les pizzicati ou les cordes graves.

Par contre le lendemain nous grimpions au ciel, sans doute comme l’aurait aimé Bruckner lui-même avec cette Symphonie n°9 dédiée à rien moins qu’à Dieu, jouée dans sa forme classique en trois mouvements, tellement tout semblait présent. D’abord une qualité de son fabuleuse, cette fois sans hiatus instrumental, qui nous faisait prendre conscience que nous écoutions un des plus beaux orchestres du monde. Ensuite une conduite du discours animée, sachant ajuster le tempo de chaque section avec justesse, trouvant à chaque fois l’expression qu’il fallait. Un ton, évidemment plus dramatique, d’une intensité à couper le souffle. Des contrastes de climats réalisés sans ruptures et avec un naturel irrésistible. Et enfin une émotion palpable, en particulier dans l’Adagio final. Une vraie et grande réussite.

La Septième approcha cet exceptionnel niveau d’accomplissement avec un premier mouvement superbement animé et un Adagio avec coup de cymbales, peut-être un peu moins progressif qu’il aurait pu. Mais il faut croire que les deux derniers mouvements, qui semblent moins directement inspirer bien des chefs, ne souffrent pas de ce défaut avec qui avec Amsterdam ce soir comme avec son orchestre bavarois il y a quelques années au Théâtre des Champs-Élysées, nous a donné, après un superbe Scherzo,  une version d’anthologie de ce final pas si simple à réussir.

Si à l’évidence, le deuxième concert, qui restera sans doute un des plus beaux de toute la saison, avec le concerto de Brahms et la Symphonie n°9 de Bruckner, sort immédiatement du lot tant il a poussé loin le niveau de réussite, le reste du cycle a quand même mis la barre haute et il y a fort à parier qu’il faudra redescendre sur terre pour les prochains concerts dans cette même salle.

Crédit photographique : Concert du 2 avril 2014 © Stéphane Olivier

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Paris. Salle Pleyel. 30-III-2014. Joseph Haydn (1732-1809) : Concerto pour violoncelle en ut majeur Hob.VIIb.1. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°4 en mi bémol majeur « Romantique ». Truls Mørk, violoncelle. Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, direction : Mariss Jansons.
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