Mariss Jansons ose le classicisme viennois

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Munich. Herkulessaal. Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n° 3 D 200 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Symphonie N° 35 KV 385 « Haffner » ; Joseph Haydn (1732-1808) : Symphonie Hob. I:103 « Roulement de timbales ». Orchestre symphonique de la Radio Bavaroise ; direction : Mariss Jansons.

enthousiasme dans un programme concentré sur le classicisme viennois… répertoire aussi central que devenu trop rare.

Funeste évolution : les grands orchestres symphoniques n’ont que trop tendance à vouloir montrer leurs muscles en programmant les grandes œuvres postromantiques et modernes qui les présentent en grande formation, rutilant de tous les cuivres et perçant les tympans des auditeurs.Qui n’a pas eu son intégrale Mahler, ses grands Strauss, son Sacre, ses Bruckner ? Tant pis pour le répertoire le plus ancien, et notamment pour le classicisme viennois volontiers relégué au rang de hors-d’œuvre.

Les programmes de à la tête de ses deux orchestres, en tournée mais aussi à la maison, ont parfois un peu trop reflété cette tendance pour qu’il nous soit possible de passer à côté d’un concert programmant justement ce répertoire. Il avait montré il y a peu à la Salle Pleyel que cette musique lui convenait parfaitement : ce concert d’abonnement dans l’acoustique flatteuse de la Herkulessaal le confirme parfaitement.

Le premier mouvement de la symphonie de Schubert qui ouvre le programme est certes un peu heurté, manquant de naturel, peut-être d’ailleurs à cause d’un lâcher de baguette intempestif. Mais tout ce qui suit, dans un programme plus lumineux et allant que métaphysique, est une admirable démonstration de ce que Jansons sait faire : sans venir se nourrir aux recherches des spécialistes d’instruments anciens, son classicisme est plein d’énergie et de couleurs, bien loin des éthers orgueilleusement distants qu’y met aujourd’hui un Riccardo Muti. La couleur orchestrale est certes très dense, mais la richesse de la palette permet que cette densité ne s’accompagne jamais de lourdeur. Chez Mozart et Haydn surtout, il sait tirer profit de la haute qualité de ses solistes à qui il laisse visiblement une grande latitude dans le choix de leurs phrasés, ce qui s’avère extrêmement précieux pour mettre en avant un aspect essentiel de cette musique : Mariss Jansons est toujours extrêmement scrupuleux dans la préparation de ses interprétations, mais la dimension du jeu est néanmoins vitale ici. L’enthousiasme du public après chaque œuvre ne fait que confirmer l’urgence qu’il y a à faire entendre plus souvent ce répertoire si central pourtant devenu trop rare.

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