Lauvaur, 5e édition du Festival A Tempo

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Lavaur, Eglise Saint François. 11-IV-2014. Tomaso Albinoni (1671-1751) : Concerto pour flûte et cordes. Antonio Vivaldi (1678-1741) : L’Estro Armonico ; Concerto pour flûte « La Notte » ; Les Quatre Saisons. Gionata Sgambaro, flûte ; Ensemble baroque de Toulouse, direction : Michel Brun
Lavaur, Halle d’Occitanie. 12-IV-2011. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour violon et piano n°7 en la majeur « Le Printemps ». Edvard Grieg (1843-1907) : Sonate en fa majeur pour violon et piano. César Franck (1822-1890) : Sonate pour violon et piano. Pierre Charvet (né en 1968) : And it was done (création de la 2e version) pour flûte et électronique. Solenne Païdassi, violon ; Vanessa Wagner, piano ; Gionata Sgambaro, flûte
Lavaur, Halle d’Occitanie. 13-IV-2014. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Suite pour violoncelle n°3 ; Reynaldo Hahn / Claude Debussy / Gabriel Fauré : Trois mélodies ; Franz Liszt (1811-1883) : Après une lecture de Dante ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Sonate pour violoncelle et piano (extrait) ; Astor Piazzolla (1921-1992) : Grand Tango pour violoncelle et piano. Christian-Pierre La Marca, violoncelle ; Frédéric Vaysse-Knitter, piano

Frederic-Vaysse-Knitter1Le Festival A Tempo n’en est qu’à sa cinquième édition mais présente un beau rythme de croisière. 6 concerts s’étalent sur une semaine dans un répertoire allant du contemporain à nos jours, avec la présence d’artistes confirmés tel Alexandre Tharaud ou et de jeunes talents comme ou . Avec pour cette année en « guest star » . Le tout sur la commune de Lavaur, bourgade du Tarn à quelques encablures de Toulouse, capitale du Pays de Cocagne – commune qui, ce qui mérite d’être souligné, contribue largement au succès de ce festival.

Ces trois derniers jours ont permis de découvrir un ensemble baroque réellement consacré à la musique. L’ a beau ne pas jouer dans la fosse du TCE ou du Châtelet, ne pas être en tête d’affiche aux Vieilles Charrues et ne pas figurer régulièrement aux Victoires de la musique, il témoigne d’une qualité que bien des orchestres plus médiatisés peuvent lui envier. Qualité du son, précision de la mise en place et de la justesse, souplesse de l’interprétation, tout est présent pour obtenir un Vivaldi réellement joué – et « chanté ». Nul besoin d’exprimer ses remords de ne jamais avoir été guitariste de rock pour donner vie aux Quatre saisons de Vivaldi : la filiation de et son ensemble est à rechercher du côté du Giardino Armonico, dont ils ont retenu le meilleur, allié à un sens lyrique très fort, n’oubliant jamais que le Prêtre Roux avait été avant tout compositeur d’opéra. A leurs côtés on pouvait admirer le jeu de au traverso, surtout dans le très curieux concerto d’Albinoni, dont on ne sait si les enchaînements harmoniques inhabituels sont dus à une recherche sonore du compositeur ou à son statut de dilettante affranchi des règles.

paidassiLe lendemain la vaste Halle d’Occitanie accueillait Solenn Païdassi et pour trois sonates romantiques pour violon et piano. Après un « Printemps » aux tempos engagés et à l’interprétation musclée – mais non sans lyrisme – était proposée la plus rare sonate de Grieg, oeuvre aux charmes quasi brahmsiens mais présentant quelques défauts de structure. fait constamment chanter son instrument, dans une interprétation toujours très sûre, aux sonorités pleines, avec ce qu’il faut de vibrato. Vanessa Wagner offre un accompagnement dans la même veine, sonore sans être brutal, trouvant le bon équilibre avec le violon. La sonate de Franck est sans conteste la réussite de la soirée, avec un début quasi crépusculaire et une lecture très extravertie des mouvements II et IV. Le concert se terminait curieusement par And it was done de pour flûte et électronique, avec l’excellent – qui avait troqué son traverso de la veille pour un instrument moderne. Synthèse de l’hédonisme américain et de l’esthétique IRCAM, And it was done prend pour prétexte, à l’instar de Regardez-le, une phrase parlée qui est à la fois matériau sonore et support créatif. Le son de la flûte, tantôt perturbé tantôt démultiplié via l’acousmonium, invitait le public à une autre dimension musicale  à laquelle il était certainement peu habitué.

Fin de festival avec un concert du directeur artistique, , et du violoncelliste . Dans la Suite n°3 de Bach, on découvre un instrumentiste qui, comme nombre de ses confrères actuels, reprend certains canons de l’interprétation baroque pour les transposer sur un instrument moderne – quoi qu’il joue sur un Goffriller. Le son est allégé, l’articulation nette, le vibrato maîtrisé, un Bach littéralement artisanal dans le meilleur sens du terme. Après quelques « gateries », trois mélodies françaises « fin de siècle », prenait place seul face au clavier pour une interprétation quasi orgiaque de Après une lecture de Dante. Le duo se reforme le temps du mouvement lent de la Sonate de Rachmaninov (curieux de ne pas avoir plutôt pris une pièce isolée, ce n’est pas ce qui manque), dans une interprétation romantique à souhait, sans pathos excessif et toujours très engagée. Final en apothéose avec le Grand Tango de Piazzolla. L’oeuvre fait toujours son effet auprès du public, et défendue ainsi on en redemande.

Rendez-vous en 2015 pour une sixième édition.

Crédit photographique : Frédéric Vaysse-Knitter © Jean-Baptiste Millot / Solenne Païdassi © Patrick Chastel

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