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Un salon musical très décalé à l’Opéra de Paris

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Paris, Palais Garnier. 11-V-2014. Œuvres de Claude Debussy, Manu Delago, Dimitri Chostakovitch, Béla Bartók, Tan Dun et Maurice Ravel. Quatuor Monticelli ; Manu Delago, hang ; Matt Robertson, effets. Chorégraphies de Bruno Bouché, Jérémie Bélingard et Béatrice Martel. Danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris.

Dimanche 11 Mai 2014Les quatre musiciens du sont issus des rangs de l’orchestre de l’Opéra National de Paris, pratiquant en « hors champ » des répertoires peu fréquentés (Martin Kutnowski, Alexandre Chabod) et hybridations associant instruments et musiques d’horizons divers tels le jazz, tango ou musique classique.

L’étonnant programme proposé dans la série des « salons musicaux » de Garnier, associe musique et danse en croisant au passage les sonorités des cordes à celles, plus rare, du hang – instrument à percussion inventé par deux musiciens suisses en 2000. Un jeu de lumières permet de mettre en scène les différents protagonistes à différents endroits du plateau. On pénètre cet univers avec le troisième mouvement (andantino, « doucement expressif ») du quatuor de Debussy, suivi par Mono desire, interprété au hang par . L’instrument appartient à la famille des idiophones, instruments à percussion dont le son varie en fonction du matériau de l’instrument. À première vue, ce volume lenticulaire en métal creux se joue à mains nues et permet des modes de jeu très variés, qui vont du choc au contact rugueux des doigts sur la surface. Le corps à corps de l’instrumentiste donne une impression de musique improvisée à son interprétation. Le timbre subtil et résonant hypnotise l’écoute, pour un peu, on se passerait volontiers de l’amplification – difficile à régler à en croire les effets larsen dans les premières minutes…

Les danseurs entrent en scène dans Yourodivy, sur des extraits du Quatuor n°3 de , du Quatuor n°4 de Bartók et de Eight colors de . Inspirée par une formule de Solomon Volkov dans ses très controversées Mémoires de Chostakovitch, la chorégraphie de joue sur l’ambiguïté d’un terme mystique signifiant « celui qui possède le don de voir et d’entendre ce qui est caché aux autres« . La position intenable du compositeur en tant qu’artiste d’Etat et esprit libre est traitée sous forme d’une allégorie naïve au cours de laquelle un personnage est soulevé par les autres et pour ainsi dire écartelé et disloqué telle une marionnette. Entre résistance et abandon, le néoclassicisme des attitudes trouve dans le rythme ternaire et terrien de Bartók-Chostakovitch un écran sonore à la mesure du message à faire passer.

Rising between the trains de reprend l’énigmatique titre de la pièce pour hang et quatuor de comme couleur d’ensemble à une variation pour cinq danseurs et une soliste. Sur l’étirement des lignes du troisième mouvement du quatuor de Ravel un groupe étrange de personnages entre Monsieur Hulot et aquarelles de Folon disputent un billet de train à une héroïne en partance vers une destination inconnue. Dans un geste conclusif très poétique, elle préfère déchirer le billet et le mettre dans sa bouche, comme ces messages secrets que l’on ne veut partager avec personne. L’utilisation récurrente de personnages au contour volontairement schématique joue sur leur expression égarée dans de vastes espaces oppressants et énigmatiques.

Dans le troisième tableau (« This a pear »), et exécutent un vaporeux et sensuel pas de deux entourés par d’immenses miroirs mobiles que manipulent des assistants. La notion d’espace et de reflets démultipliés se combine au jeu des segments corporels que l’on croise et que l’on replie. Emprisonnés dans un tulle unique, les deux danseurs évoluent au ralenti dans un flux sonore du très new age et émollient Secret corridor de Manu Delago. Débarrassés de cet encombrant costume, les deux solistes se séparent et  se lancent dans un crescendo, bruyamment pulsé par les interventions électro de Matt Robertson qui se mêlent aux très décalées ondulations romantiques des archets. Un sucré-salé assez séduisant…

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Paris, Palais Garnier. 11-V-2014. Œuvres de Claude Debussy, Manu Delago, Dimitri Chostakovitch, Béla Bartók, Tan Dun et Maurice Ravel. Quatuor Monticelli ; Manu Delago, hang ; Matt Robertson, effets. Chorégraphies de Bruno Bouché, Jérémie Bélingard et Béatrice Martel. Danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris.

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