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Cziffra es-tu là ?

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Senlis, Chapelle St Frambourg, 24-V-2014, 3ème Rencontre concert des lauréats de la Fondation Cziffra, Klara Csordas, mezzo soprano, Dominique Guillevin-Lebrun et Sonia Morgavi, soprano, Isabelle Oemichen, Christine Girard, Gérard-Marie Fallour, Éric Astoul, Maxime Zecchini, Célia Oneto-Bensaid, piano, Basha Slavinska, accordéon.

cziffra1Émouvante soirée, le 24 mai dernier à la Chapelle St Frambourg, à Senlis, où, pour la troisième fois, la pianiste Isabelle Oemichen, réunissait une dizaine de lauréats de la Fondation Cziffra, pour un concert en hommage au maître, une occasion aussi pour les lauréats de mieux se connaître et se reconnaître.

« Virtuose magicien », « Pianiste aux cinquante doigts », « Pianiste du siècle, réincarnation de Liszt, pianiste des pianistes, virtuose au bracelet de cuir»… Cziffra était peut-être surtout un mystique tranquille. En 1973, il sauve la chapelle St Frambourg à Senlis qu’il restaure et y installe sa Fondation. C’est André Malraux qui l’avait aiguillé vers ce lieu habité par les ombres du Saint, d’Hughes Capet, de son épouse Adélaïde… et d’un fort courant tellurique. La chapelle, transformée en garage, était en piteux état. Cziffra lui a redonné sa raison d’être, une ouverture vers l’infini. Aujourd’hui, ce lieu magique, rempli d’harmonies et de mystères, vibre encore de l’énergie de l’artiste qui lui redonna vie. Ceux qui l’ont approché ont reçu cette énergie, et ils la font rayonner. Elle nous reste perceptible à travers eux.

Son regard suffisait, plus éloquent que ses paroles, et comme il parlait peu… « C’est par son charisme qu’il dévoilait le sens de la musique », tente d’expliquer Éric Astoul qui rencontra Cziffra à l’âge de 7 ans et fut longtemps son élève. « En se mettant au piano, en jouant, il nous faisait entrer dans une expression, comme si la musique était un jeu, et qu’il fallait la libérer, et se libérer soi-même, pour lui donner son intensité, sa vérité. »

Évoquant les stages à Senlis, Nicolas Celoro dit comment Cziffra les faisait « entrer dans son monde. » Il évoque, lui aussi, une façon de transmettre par pure empathie, et comment Cziffra permettait à ses élèves de trouver « l’intensité qui nous porte vers un monde supérieur, par dessus les nuages, par une sorte d’élévation intérieure. » Et Celoro ajoute : « Je n’imaginais pas qu’une simple phrase musicale puisse nous faire aller aussi loin ! »

C’est peut-être parce que justement Cziffra revenait de si loin, qu’il habitait aussi fort la musique. Et on se souvient de son interprétation électrique du 2ème Concerto de Bartók en 1956, lors d’un concert au théâtre Erkél dans un Budapest déjà en effervescence, qui cristallisa peut-être l’Insurrection hongroise !

Christine Girard parle du magnétisme, de l’instinct de Georges Cziffra, du fait qu’il ne jouait jamais deux fois exactement de la même façon et de son charisme libérateur… à l’inverse de l’enseignement habituel. Elle résume, impuissante à en dire plus, « C’était un immense artiste qui dominait tout par sa technique et sa sensibilité. » Une technique que Cziffra lui-même disait vouloir dépasser.  Ce qui explique que sa Fondation choisisse des lauréats qui, en plus d’une technique éprouvée, ont une personnalité hors norme, et une interprétation engagée des œuvres. Les deux plus jeunes lauréates présentes, la pianiste Célia Oneto-Bensaid et l’accordéoniste Basha Slavinska, illustrent parfaitement cette démarche.

Christian Lorendin, pianiste et écrivain, le seul ce soir-là à ne pas être lauréat, parle de l’origine tsigane de Cziffra qui, pour lui, expliquerait « sa nostalgie irrépressible, une émotion intense qui transcende tout… » Il évoque l’enfance pauvre, les années de guerre et sa révolte face au régime communiste hongrois, qui le pousse à quitter clandestinement la Hongrie. Arrêté, condamné aux travaux forcés, Cziffra passe trois ans dans un camp de prisonniers à porter des pierres, labeur dont il a toute sa vie gardé les séquelles, des douleurs articulaires qui l’obligent à porter une ceinture dorsale et un bracelet de cuir au poignet lorsqu’il joue. On comprend pourquoi Nicolas Celoro, parle d’un Cziffra « victorieux ».

Isabelle Oemichen, qui anime cette journée, rappelle le petit geste de la tête que Cziffra faisait toujours, après avoir écouté un élève et la soprano Dominique Guillevin-Lebrun, évoque son grand geste du bras à la fin des morceaux, lorsqu’il jouait, en concert ou pour eux.

Certains mots reviennent souvent dans les discours, humilité, simplicité, géant du piano, bravoure… « Il possédait un fluide. » disent plusieurs d’entre eux, à la fois transportés par leurs souvenirs et étrangement impuissants à analyser leur enthousiasme.

Après les souvenirs, le concert sonnait comme une ode, un appel, presqu’une prière. Chacun des lauréats jouant sur la lancée de ses impressions ou de ses souvenirs, et ceux qui n’avaient pas connu Cziffra les suivaient, emportés par son esprit.

Ce soir-là, l’énergie était bien là !

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