Musiques au Pays de Pierre Loti

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Le Festival au Pays de Pierre Loti, né sur l’île d’Oléron mais se déroulant également sur le continent (Rochefort, Echillais et Marennes), fête cette année ses 10 ans. Solidement ancré dans le paysage culturel local, la manifestation (2 au 7 juin) a pour vocation l’association de la littérature et de la musique, ainsi que la découverte de la musique française de son temps, en mettant en lumière les compositeurs peu joués. Le fondateur et directeur artistique Julien Masmondet, chef assistant à l’Orchestre de Paris durant les trois dernières années, a réuni pour cet anniversaire ses compagnons de la première heure qui ont marqué le Festival.

concert d'ouvvertureLe dimanche 1er juin, on assiste au concert gratuit en plein air, au Port du Château d’Oléron, intitulé « Embarquement pour le Festival ». Entre Schumann, Chopin, Koechlin, Granados et Debussy interprétés par le pianiste Gabriel Gorog, la comédienne lit des textes de Pierre Loti avec délicatesse. Les extraits sont judicieusement choisis, en parfaite adéquation avec la musique : en répondant à l’évocation de pièces de Chopin jouées sur un piano dans le « salon rouge » d’une maison (Loti était un excellent musicien amateur), on entend Fantaisie-Impromptu ; après un extrait de Ramuntcho, drame de Loti, où il est question de fandango, c’est la Danse espagnole n° 5 de Granados que nous goûtons. Un beau début qui donne le ton pour le festival, dans une ambiance de voyage.

Lundi 2 juin, après une conférence sur le thème de « Loti et la Grande Guerre » par Alain Quella-Villéger, l’un des plus grands spécialistes de l’écrivain, nous assistons en soirée au concert de l’ouverture à l’Eglise de Saint-Georges d’Oléron. Le violoncelliste rejoint les deux artistes de la veille pour une évocation exotique encore plus poussée, une véritable invitation au voyage. L’acoustique du lieu, très généreuse, donne la sensation de résonance à la fois proche et lointaine, comme les bruits de vagues perpétuelles que l’on entend de partout dans un bateau. La lecture du texte n’est plus seulement alternée avec la musique, mais se fait aussi en même temps qu’elle : c’est le cas des Heures persanes de Charles Koechlin, pièces pour piano d’après Vers Ispahan de Loti. Les mots rêveurs comme « bleu » « mosaïque » « émail d’argent ciselé » se marient avec la douceur mélodique et harmonique d’une musique qui semble ne pas avoir de forme précise.

Le 3 juin dans l’après-midi, au très beau Théâtre de la Coupe d’Or de Rochefort, inauguré en novembre 2012 après quelques années de restauration, les musiciens du Quintette à vent de l’Orchestre de Paris et le pianiste expliquent aux enfants les spécificités de chaque instrument (piano, clarinette, cor, hautbois, flûte et basson) avec des démonstrations d’interprétation. Très décontractés, habillés en chemise, pull et jean, ils exécutent entre autres des extraits de L’heure du berger de et Danse de la sorcière d’Alexandre Tansmann, mettant en valeur les sonorités propres de leur instrument. Ce premier concert Jeune Public sera suivi de quatre autres, non ouverts au publics, avec L’histoire de Babar de et la répétition générale de Ramuntcho de Gabriel Pierné ; c’est l’un des grands axes du Festival dans sa démarche pédagogique et d’accessibilité (également un concert dans la Maison d’arrêt de Rochefort par ).

quintette LotiA 20 heures au même théâtre, les mêmes musiciens donnent un concert plus ample adressé à tout public, en intégrant quelques morceaux joués dans l’après-midi. Le Sextuor op. 40 de , d’une facture classique à belle forme, à tendance romantique allemande, constitue notamment une découverte de la soirée, d’autant que l’interprétation est excellente avec des nuances subtiles. Outre cette œuvre d’une trentaine de minutes, des pièces rarement entendues figurent sur le programme : Caprice sur des Airs danois op. 79 de Saint-Saëns, Sarabande et Menuet op. 24 de d’Indy, Quatre petites pièces de Koechlin, Divertissement op. 6 de Roussel, qui ont recueilli des applaudissements bien nourris.

Le développement du Festival en dix ans a valu le patronage du Ministère de la Culture et de la Communication ainsi que la reconnaissance du gouvernement turc, le pays que Loti considérait comme sa deuxième patrie. La direction souhaite faire autant avec le Japon, où l’écrivain-marin avait séjourné et écrit plus tard un roman d’après ses expériences, Madame Chrysanthème, dont a tiré une comédie lyrique. Julien Masmondet a d’ailleurs un projet de représentation en concert dans les années qui viennent, ainsi que de L’Ile de rêve, opéra d’André Alexandre et Georges Hartmann.

Crédit photographique : Concert d’ouverture avec , Gabriel Gorog et Alain Meunier ; Quintette à vent de l’Orchestre de Paris et © Odile Motelet

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