Le Saphir de Félicien David en version de concert

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Théâtre des Bouffes du Nord. 19-VI-2014. Le Saphir, opéra-comique en trois actes de Félicien David (1810-1876), livret d’Adolphe de Leuven, Michel Carré et Terence Hadot. Avec : Gabrielle Philiponet (Hermine), Katia Velletaz (Fiammetta), Marie Lenormand (Olivier), Marie Kalinine (La Reine/Lucrezia), Cyrille Dubois (Gaston), Julien Véronèse (Parole). Les Solistes du Cercle de l’Harmonie, Julien Chauvin, violon et direction.

Saphir Venise, longtemps connu essentiellement pour ses musiques « orientales » et pour son implication saint-simonienne, commence à montrer ses différentes facettes grâce au Palazetto Bru Zane qui le met à l’honneur cette saison 2013-14. Après Herculanum, Moïse et Le Désert ainsi que ses mélodies, c’est un opéra comique, Le Saphir, créé à la Salle Favart en 1865 que l’on découvre lors du concert de clôture du Festival Palazetto Bru Zane à Paris.

L’intrigue, tirée de Tout est bien qui finit bien de Shakespeare, mais largement modifiée, raconte l’amour d’Hermine pour son ami de jeunesse Gaston, maintenant réputé volage ; celui-ci déclare qu’il n’offrira pas sa bague de saphir qu’à celle qui deviendra son épouse. Un soir, il donne un rendez-vous galant à la paysanne Fiammetta (qui est attendue aussi par Olivier et le capitaine Parole), auquel se mêle Hermine. Gaston glisse sa bague au doigt de celle-ci, persuadé qu’il s’agit de Fiammetta. A la fin, Hermine dévoile la combine et le mariage des deux jeunes gens est proclamé.

La partition orchestrale de l’œuvre est perdue, mais il existe plusieurs versions pour chant et piano, Alexandre et Benoît Dratwicki les ont adaptées pour 9 instrumentistes et 6 chanteurs ; la transcription est réussie, faisant ressortir différentes couleurs, notamment des vents. L’équilibre entre les voix (qui occupent la moitié de la scène côté cour) et les instruments (côté jardin) est naturel, permettant à l’auditeur d’entendre distinctement chaque pupitre, ce qui contribue à la clarté du discours musical. mène à bien cet ensemble presque sans chef, en donnant des indications précises lorsqu’il ne tient pas l’archet.

Philiponet-DuboisSur le plateau sont réunis de jeunes chanteurs talentueux, chacun avec son point fort : le côté comique du baryton et l’excellence du parlé et une grande aisance scénique pour . donne l’air assez froid et hautaine dans le rôle de la Reine, mais malicieuse dans celui de Lucrezia en changeant nettement la couleur de sa voix. Katia Velletaz fait sien du caractère de la jeune paysanne, perplexe au 2e acte et catégorique au 3e acte. en Hermine a toute sa qualité pour le parlé et le chanté : sa voix à texture chaude a une belle ampleur, jamais désagréable même si ces caractéristiques ont tendance à s’estomper dans les aigus. Le ténor , en Gaston, ne cesse de parfaire son art, la clarté de sa diction se conjugue avec la projection naturelle de sa voix, procurant une sensation rare de fraicheur. Les six chanteurs font ainsi transparaître une complicité musicale qui n’existerait que dans une véritable troupe, unie pour le goût et pour une performance égale.

Crédits photographiques : Saphir au Palazetto Bru-Zane (Venise) ; et © Michele Crosera

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