Festivals, La Scène, Musique symphonique

Vive la coupe du monde des jeunes orchestres !

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Berlin. Philharmonie. 22-VI-2014. Young Euro Classic Festival. Jean Sibelius (1865-1957) : Symphony No. 1 in E-Minor Op. 39; Maurice Ravel (1875-1937) : Piano Concerto in D-Major for the Left Hand; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : « Leonore Overture No. 3 » in C-Major Op. 72. Romain Descharmes, piano; Orchestre Français des Jeunes, direction : Dennis Russell Davies.

YEC_Frankreich_ViolinistinLa jeunesse s’est invitée à la Philharmonie pour débuter cette édition 2014 du Young Euro Classic qui sera marquée cette année par une interruption. Pour cause de rénovation au Konzerthaus, le festival de jeunes orchestres du monde s’étale en effet sur deux dates : du 22 au 29 juin à la Philharmonie et du 8 au 17 août à l’Admiralspalast, qui a subi pour l’événement quelques « retouches » sonores, la salle de concert datant des années 20 n’étant pas destinée à contenir des orchestres de cette taille !

La vive et créative capitale allemande est indéniablement l’endroit adéquat pour accueillir ce festival de jeunes musiciens venus des quatre coins du globe, de Chine à l’Afrique du Sud en passant par la France, l’Allemagne, la Roumanie, la Russie, la Mongolie, la Suède et l’Espagne. La musique devient leur moyen de communication, évident, efficace. La jeunesse, le mot-clé d’une interprétation inédite. Et cette année, la danse et l’opéra s’y invitent tout naturellement ! Le 22 juin, sous la baguette de , l’ (Ofj) a ouvert le bal à la française ! Les œuvres programmées ont témoigné du rôle important que joue, plus que jamais de nos jours, la musique dans le rapprochement culturel.

Un orchestre développe un sentiment pacifiste et fédérateur à travers la musique : un signe fort alors que nous commémorons les 100 ans de la Première Guerre mondiale et que la France et l’Allemagne, les meilleurs ennemis d’hier, sont devenus au cours des années de très bons amis ! Et c’est à travers cette vision amicale, cette compréhension mutuelle, que les organisateurs du festival ont intelligemment pensé à introduire le concert d’un débat intitulé « Hoch die Herzen… Vom Erzfeind zum Freund 1914-2014 » (« Haut les cœurs… D’ennemi juré à ami 1914-2014 »), animé, entre autres, par Alfred Grosser l’illustre sociologue franco-allemand !

La Symphonie N°1 du compositeur finlandais Jean Sibelius (1865-1957) s’apparente à un poème symphonique tant son orchestration riche s’orne de mélodies feutrées, d’éléments sonores folkloriques, de grandioses thèmes lyriques, presque mystiques par leur intensité. Sibelius n’a que 34 ans à sa composition. Une œuvre qui laisse transparaître une fougue impressionnante collant à merveille à l’Ofj ! Une partition pleine de vitalité, d’énergie, de rebondissements, interprétée délicatement par ces jeunes musiciens : l’ensemble restitue avec justesse ces ambiances sonores qui invitent follement au voyage. L’ a tout d’un grand orchestre professionnel, cette première partie de concert en atteste !

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A contrario, l’Ouverture Léonore III (1806) de Beethoven, composée pour l’opéra Fidelio, leur sied peut-être moins bien, malgré une impeccable exécution. Il manque à ce jeune orchestre probablement un peu de maturité : les subtilités d’écriture de Beethoven ressortent moins clairement, elles sont moins mises en valeur. En revanche, le chef d’orchestre , lui, semble plus à l’aise avec cette œuvre, à noter son bel élan au pupitre ! Et puis, comme le souligne le pianiste interrogé sur les œuvres programmées : « Beethoven est juste un génie. Ce qu’il exprime va au-delà de la musique. C’est une philosophie, quelque chose qu’on ne pas comprendre quand on a juste 20 ans. C’est une musique qui se développe avec l’âge. »

Place justement à la dernière pièce de la soirée, interprétée par Descharmes : le Concerto pour la main gauche (1931) de Maurice Ravel. Le compositeur français l’a composé pour le pianiste autrichien Paul Wittgenstein qui avait perdu le bras droit durant la Grande Guerre sur le front russe. Un concerto d’un seul mouvement mais plutôt efficace malgré quelques traits pianistiques un brin noyés par l’orchestre : le pianiste a en effet du mal à se faire entendre au sein de ce combat 1 main vs 80 musiciens : « C’est un défi pour le pianiste. Au départ, on peut se sentir un peu frustré et déstabilisé, mais la partition est tellement bien écrite que l’on se rend vite compte que rien ne manque. » Cela ne fut pourtant pas l’opinion de Wittgenstein qui se permit quelques libertés et remaniements, justifiant son acte en ces mots : « Je suis un vieux pianiste et cela ne sonne pas. » Ravel lui rétorqua alors, en toute ingénuité : « Je suis un vieil orchestrateur et cela sonne ! »

reste fidèle à la partition d’origine… et cela sonne ! Là encore la « jeunesse » de l’orchestre semble être un atout majeur. Sa vitalité emporte l’œuvre et découple ses thèmes déjà fort foisonnants. « La musique de Ravel est pleine de couleurs et de densités, à la fois d’une extrême sensualité et pleine de retenue. », conclue le pianiste français.

Hervé Catin

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En partenariat avec Berlin Poche

Crédits photographiques : © Kai Bienert/Young Euro Classic

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Berlin. Philharmonie. 22-VI-2014. Young Euro Classic Festival. Jean Sibelius (1865-1957) : Symphony No. 1 in E-Minor Op. 39; Maurice Ravel (1875-1937) : Piano Concerto in D-Major for the Left Hand; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : « Leonore Overture No. 3 » in C-Major Op. 72. Romain Descharmes, piano; Orchestre Français des Jeunes, direction : Dennis Russell Davies.

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