Extraordinaire Clemens Krauss à Vienne

À emporter, CD, Musique symphonique

Richard Strauss (1864-1949) – CLEMENS KRAUSS – THE COMPLETE VIENNA DECCA RECORDINGS. Aus Italien, op. 16 ; Don Juan, op. 20 ; Till Eulenspiegels lustige Streiche, op. 28 ; Also sprach Zarathustra, op. 30 ; Don Quichotte, op. 35 ; Ein Heldenleben, op. 40 ; Sinfonia Domestica, op. 53 ; Le Bourgeois Gentilhomme, suite d’orchestre op. 60 ; Salomé, opéra op. 54. Willi Boskovsky, violon ; Ernst Moraweg, violon alto ; Pierre Fournier, violoncelle. Christel Goltz (Salomé), Hans Braun (Jokanaan), Julius Patzak (Hérode), Margareta Kenney (Hérodias), Anton Dermota (Narraboth), Walter Berry (Erste Soldat), Herbert Alsen (Zweiter Soldat), Ljubomir Pantscheff (Ein Cappadocier), Else Schürhoff (Page), Rudolf Christ, Hugo Meyer-Welfing, Kurt Preger, Murray Dickie, Franz Bierbach (Juden). Orchestre philharmonique de Vienne, direction : Clemens Krauss. 1 coffret 5 CD Decca 4786493. Code barre : 028947864936. Enregistré entre juin 1950 et mars 1954 en la Grosser Saal du Musikverein, Vienne. ADD [mono]. Notices bilingues (anglais, allemand) bonnes. Durée : 58’33, 74’42, 78’56, 82’06, 75’04.

 

decca_richard_strauss_clemens_kraussIl est universellement admis que l’anthologie la plus complète et la plus satisfaisante des œuvres orchestrales de est celle de la Staatskapelle de Dresde dirigée par Rudolf Kempe (rééditée chez Warner Classics 5099943178025), ce qui bien évidemment ne renie en rien celles, moins exhaustives mais pratiquement aussi somptueuses de Karl Böhm ou Herbert von Karajan : les trois grands chefs ayant été proches du compositeur, cela peut paraître logique et normal.

Mais un autre grand chef straussien ne doit absolument pas être oublié : (1893-1954). Si ses témoignages discographiques sont peu abondants, c’est que sa disparition prématurée ne lui a pas permis d’utiliser le microsillon naissant à sa juste mesure pour servir l’œuvre de son ami . Le label anglais Testament avait déjà réédité en CD certaines de ses dernières gravures Decca réalisées au début des années 50 avec les Wiener Philharmoniker, mais voici que Decca même publie enfin en un beau petit coffret la totalité de ces enregistrements viennois. Et c’est une véritable révélation !

Précisons par ailleurs que contrairement à ce que le visuel pourrait faire croire, cet album ne comprend pas absolument toutes les gravures Decca straussiennes de  : il y manque celle de juillet 1947 de Till Eulenspiegel op. 28 avec l’Orchestre de La Scala de Milan, et plus regrettablement son seul enregistrement de Tod und Verklärung (Mort et Transfiguration) op. 24 en décembre 1947 avec le London Philharmonic Orchestra. C’est la raison pour laquelle nous avons bien précisé au départ « Clemens Krauss – The Complete VIENNA Decca Recordings ».

Mais peut-être cette omission était-elle voulue par Decca pour question d’homogénéité sonore, car les enregistrements de juin 1950 à mars 1954 à Vienne sont tout simplement fabuleux : à l’audition, on comprend vraiment ce qui fit la renommée de Decca qui était au point de vue technique sonore bien au-dessus de ses concurrents à cette époque. L’ingénieur du son Cyril Windebank a accompli de véritables miracles : même si ses captations sont en monophonie, absolument tout est audible, d’une clarté et d’une transparence inouïes, dont il n’existe aucun équivalent. Bien sûr, le grand mérite en revient également à la direction magistrale, précise, subtile, élégante, raffinée, en un mot viennoise, de Clemens Krauss (il fut le créateur en janvier 1941 des Concerts du Nouvel-An à Vienne) : c’est par Une Vie de Héros que l’auteur de ces lignes a pris contact il y a bien longtemps avec le chef d’orchestre viennois, mais également avec l’éblouissant premier violon Willi Boskovsky. Écoutez par exemple comment il détaille son solo représentant La Femme du Héros : par son jeu de velours si expressif et si sensuel, personne ne l’a jamais égalé…

Toutes les gravures straussiennes viennoises de Clemens Krauss – d’office des références – sont des premières au microsillon, si l’on excepte sa Salomé de mars 1954 qui fut anticipée uniquement par celle de Rudolf Moralt en 1952 chez Philips, nettement inférieure tant au niveau artistique que technique. Par ailleurs il est très révélateur que deux immenses violoncellistes français – clarté oblige ! – aient été requis comme solistes dans plusieurs gravures en studio de Don Quichotte op. 35 : Paul Tortelier avec Sir Thomas Beecham (78 tours, octobre 1947), Rudolf Kempe (Berlin, juin 1958), Rudolf Kempe encore (Dresde, juin 1973) ; Pierre Fournier avec Clemens Krauss (juin 1953), George Szell (octobre 1960), Herbert von Karajan (décembre 1965). Là aussi, la version Clemens Krauss est une première au microsillon, avec un Pierre Fournier de 47 ans.

La mise en CD de Decca ne pouvait être mieux accomplie : ces enregistrements sonnent comme s’ils étaient actuels et feraient pâlir d’envie certaines réalisations numériques récentes… Un vrai bain de sensualité sonore ! …

 

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