Voyage dans le monde par Silk Road Ensemble

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 8-IX-2014. Kinan Azmeh (1976-) : Ibn Arabi Postlude ; Wu Man (1963-) : Night Thoughts ; Sandeep Das (1971-) : Srishti ; David Bruce (1970-) : Cut the Rug ; Vijay Iyer (1971-) : Playlist for an Extreme Occasion ; Colin Jacobsen (1978-) : Atashgah ; Sapo Perapaskero : Turceasca (Arrangement de Golijov / Liova). Silk Road Ensemble : Yo-yo Ma, direction artistique et violoncelle ; Kinan Azmeh, clarinette ; Jeffrey Beecher, contrebasse ; Mike Block, violoncelle ; Nicholas Cords, alto ; Sandeep Das, tabla ; Johnny Gandelsman, Colin Jacobson, violons ; Joseph Gramley, Shane Shanahan, Mark Suter, percussions ; Kayhan Kalhor, Kamancheh ; Cristina Pato, gaïta ; Wu Man, pipa ; Wu Tong, sheng.

SilkRoad_1copieLa saison 2014-2015 du Théâtre des Champs-Elysées s’ouvre avec un concert atypique, tant par le genre que par la musique elle-même. et son fêtent les 15 ans des concerts thématiques « Sur la route de la soie » à l’Avenue Montaigne, avec des compositions de leurs musiciens, exemples du « potentiel créatif qui existe là où les cultures se croisent », selon les mots du violoncelliste.

En effet, leur musique n’appartient pas à une seule culture ou à la seule région de la Route de la Soie, il s’agit d’un crossover avec des touches « exotiques » qui évoquent différents pays de diverses zones géographiques (Moyen-Orient, Asie de l’Est, Asie centrale, Méditerranée, Europe de l’Est, pays celtes…).

De l’ensemble de la soirée, on remarque que les instruments traditionnels sont souvent traités comme différentes sources de sonorités plus ou moins rares. C’est pourquoi on se libère allègrement de l’accord des cordes et du diapason spécifique liés à la musique locale, sans les ignorer totalement. Il en va de même pour les techniques propres à chaque instrument. Ainsi, le pipa (luth chinois) est utilisé parfois comme une guitare dans une musique légèrement hispanisante où ses sons stridents s’y prêtent formidablement ; le sheng (orgue à bouche chinoise) joue seul le rôle d’une section entière d’harmonies, d’autant que la technique permet de faire entendre une mélodie sur un fond d’accords continus ; le kamancheh (instrument à cordes frottant joué à archet, d’origine iranienne et répandu jusqu’en Asie centrale) ajoute une sonorité brute aux violons, avec de très légers décalages de hauteur par rapport à des notes jouées sur celui-ci.

Tout cela crée un univers sonore inouï, d’autant plus que ces instruments sont accordés aux gammes ou aux modes à l’occidentale. Ceux qui connaissent ces instruments dans leur contexte d’origine éprouveront un petit choc, mais cette liberté est à la fois l’origine et la conséquence d’une nouvelle approche musicale, engendrant un mélange inédit et fort attrayant. C’est une manière d’exprimer l’universalité de la musique, et c’est pourquoi elle séduit autant de personnes, comme l’ont prouvé la salve d’applaudissements et l’ovation debout à la fin du concert.

Silkroad 20140908Une harmonie entre les nations et les traditions

Concrètement, la soirée s’ouvre par une musique d’ensemble, « un voyage philosophique » selon , suivie d’un morceau solo de pipa. La joueuse de pipa, , interprète sa propre composition comme le veut la tradition ; la pièce, méditative, tout en restant essentiellement pentatonique, a des moments qui s’évadent de cinq sons, suscitant une sensation inhabituelle, donc exotique. De nouveau une musique pour un grand ensemble dont l’effectif est élargi. Elle évoque, autour du tabla (une paire de tambours indiens), la création du monde selon le compositeur et membre du groupe. Le dernier morceau de la première partie est une commande de Silk Road Project (association à but non lucratif fondée par Yo-yo Ma en 1998), Cut the Rug du compositeur anglais . Il comprend quatre parties, Drag the Goat, Bury the Hatchet, Move the Earth, et Wake the Dead, et décrit une idée de ce qui se passe en Asie centrale. Les différentes pages qui constituent l’œuvre sont souvent ternaires et joyeuses, parsemées de caractères indiens, moyen-orientaux, mais aussi celtes et irlandais (notamment la présence de la gaïta, ou cornemuse), le tout sur la base de modes majeur et mineur à sept sons.

Dans la deuxième partie, Playlist for an Extreme Occasion de , avec quelques touches de jazz, est également commissionné par le Silk Road Project. Les deux autres pièces sont toujours teintées de certains exotismes, mais il est difficile de définir exactement de quels pays, tant la fusion, la cohabitation et le parallèle entre styles, modes ou gammes, techniques ainsi que sonorités sont fortes et profondes. Et c’est certainement ce mélange indéfinissable qui constitue la qualité et la spécificité du et de musiques qu’il présente dans le monde, en réalisant en quelque sorte une harmonie entre les nations et les traditions.

Crédit photographique : © Khalid Al Busaidi, Royal Opera House Muscat, Oman

 

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