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Daniel Hope, explorateur de la mémoire

daniel hope2Le violoniste peut s’enorgueillir d’un parcours impressionnant : membre du légendaire , il a partagé la scène avec .

« J’ai découvert les musiques composées à Terezín par chance ! »

Ce musicien, virtuose de l’archet et des réseaux sociaux ne se contente pas des chevaux de bataille. Il recherche et il explore à l’image de l’indispensable DVD consacré aux musiques composées au camp de concentration de Terezín auquel un (ICMA) 2014 a été décerné.

ResMusica : Vous êtes à l’aise dans tous les répertoires du baroque au contemporain. Cette flexibilité stylistique est-elle l’ADN des musiciens du XXIe siècle ?

 : Chaque musicien est différent. J’aime envelopper tous les styles car j’aime la belle musique et les compositeurs composent de la belle musique depuis plus de 500 ans ! J’apprécie de jouer les musiques avec les meilleurs spécialistes de chaque époque. Cet aspect est très important pour moi car j’apprends d’eux. Je ne peux pas faire de généralisation, mais pour moi jouer des musiques baroques, classiques, romantiques, modernes ou contemporaines est important car je les aime !

RM : Vous avez remporté  un ICMA pour ce superbe documentaire consacré aux musiques composées à Terezín. Pouvez-vous nous expliquer l’origine de ce documentaire ?

DH : Je mène des recherches sur les musiques composées à Terezín depuis 15 ans. Je les ai déjà jouées à maintes reprises et même parfois déjà enregistrées. Lors de ces recherches, j’ai rencontré des survivants du camp de concentration. L’idée du film s’est développée tout naturellement comme une suite logique de ce travail de découverte et de recherche. Avec l’aide d’une fondation allemande, nous avons trouvé des fonds pour financer le documentaire. J’ai décidé de centrer la narration du film autour de deux musiciens qui ont survécu à Terezín : Alice Herz-Sommer et Coco Schuman. Cependant, mon souhait était de raconter l’histoire du camp à travers les yeux et la vie de ces musiciens. Il y avait déjà de nombreux et excellents documentaires sur le sujet, mais toujours centrées sur l’aspect purement historique. Je ne voulais pas refaire un documentaire historique, mais faire un documentaire musical. Je suis très heureux d’avoir pu mener à bien ce documentaire.

RM : Quel est votre lien personnel avec ces musiques ?

DH : J’ai découvert les musiques composées à Terezín par chance ! Je conduisais après un concert tout en écoutant la radio. J’entendis alors une musique absolument incroyable. J’ai naturellement attendu la désannonce : c’était un trio de . Une pièce magistrale ! Ce fut le début d’un cheminement de 15 ans à travers ces musiques. J’ai aussi un lien personnel avec cette époque, ma famille maternelle, de confession juive, a du s’enfuir de l’Allemagne nazie pour se réfugier en Amérique ou en Afrique du Sud. Cependant, je ne connaissais pas l’histoire de cette musique avant de la découvrir par chance.

RM : Vous avez également conçu un concert mémoriel à Berlin autour de la Nuit de Cristal (8 novembre 2008). Ce travail de mémoire est-il un devoir pour un musicien ?   

DH : Oui, mais je pense surtout que la mémoire est un devoir pour chacun d’entre nous en tant que citoyen. Pour un musicien, le devoir de mémoire est facilement réalisable car il nous suffit de jouer la musique de ces compositeurs pour la garder vivante. Il n’y a pas besoin non plus d’un concert commémoratif spécialement dédié, il nous suffit de programmer l’une ou l’autre pièce lors de nos concerts. Ce que je fais autant que possible car j’aime de tout cœur ces musiques. Cependant, le concert berlinois auquel vous faîtes allusion était une volonté politique de ma part car j’ai été profondément choqué que le gouvernement allemand ne propose aucune action pour commémorer la Nuit de Cristal.

RM : Vous avez enregistré une version recomposée des Quatre saisons de Vivaldi. Pourquoi ?

DH : me disait qu’il était décontenancé par l’utilisation systématique de cette musique absolument n‘importe où ! Des messageries téléphoniques aux centres commerciaux en passant par les parkings et les ascenseurs ! Au fur et à mesure, il lui était impossible d’entendre la musique de Vivaldi, d’où cette idée de recomposer l’œuvre. Quand j’ai reçu son manuscrit j’ai été séduit par son respect et son amour pour Vivaldi. Il a su garder l’essence de l’esprit du compositeur pour la réintroduire dans sa recomposition. Vous savez, j’aime particulièrement jouer les deux versions lors d’un même concert.

RM : Vous êtes aussi un auteur de livre et l’un d’eux est même dédié aux catastrophes musicales [Toi, toi, toi!, Hambourg, 2011-non traduit à l’heure actuelle en français]. Quelle est la concept de ce projet ?

DH : J’ai écrit 3 livres et je travaille actuellement sur un quatrième. Cependant, pour ce livre, l’idée m’est venue suite à des conversations avec mes amis musiciens toujours prompts à raconter l’aventure ou l’évènement extraordinaire, inattendu et catastrophique qui venait de leur arriver sur scène. Le livre raconte, à travers l’histoire et les styles, de la renaissance au contemporain, tout ce qui est arrivé en termes de catastrophe(s) dans le monde de la musique et toutes ces histoires sont totalement véridiques !

RM : Quelles sont les personnalités qui ont marqué votre carrière artistique ?

DH : Tout d’abord  ! J’ai joué à de nombreuses reprises avec lui. Ce fut une chance extraordinaire de le rencontrer et de partager avec lui des moments musicaux. Ensuite, il y a eu Menahem Pressler, à mon sens le plus grand musicien vivant. J’ai joué avec lui au sein du de 2002 à 2008, ce fut une expérience magique. Enfin, je dois mentionner , mon professeur, un maître absolu du violon.

RM : Suite au succès du documentaire sur Terezín primé aux ICMA, avez-vous d’autres projets films ?

DH : Oui tout à fait, je publie cette rentrée un nouveau disque intitulé « Escape to Paradise » chez DGG. Il est centré sur des compositeurs européens exilés aux USA suite aux tensions en Europe dans les années 1930  et aux musiques cinématographiques qu’ils ont ensuite composées. Pour réaliser ce programme de cet enregistrement, je me suis rendu dans archives des studios de cinéma à Hollywood. J’ai rencontré Ronald Schoenberg, le fils d’Arnold Schoenberg et Walter Arlen, un compositeur d’origine autrichienne, qui a fuit l’Europe en 1939. J’ai déjà de la matière pour un nouveau documentaire, et je recherche actuellement des financements.

Crédits photographiques : © Daniel Hope/Harald Hoffman

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