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L.A. dance project : compagnie au talent hors catégorie

Danse , Festivals, La Scène

Lyon. Biennale de la danse. Maison de la danse. 29-IX-2014. Benjamin Millepied : L.A. Dance project.
Hiroaki Umeda : Peripheral stream. Chorégraphie, son, image, création lumières et costumes : Hiroaki Umeda. Conception visuelle : Shoya Dozono
Roy Assaf : II acts for the blind. Chorégraphie : Roy Assaf. En collaboration avec les danseurs : Stéphanie Amurao, Anthony Bryant, Aaron Carr, Julia Eichten, Charlie Hodges, Morgan Lugo, Nathan Makolandra, Rachelle Rafailedes. Musique : Rökkurro, Svanur (c) 2010. Montage musical : Reut Yehudai, Jeremie Bernheim. Lumière : Omar Sheizaf. Costumes : Janie Taylor.
Benjamin Millepied : New work (2014). Chorégraphie : Benjamin Millepied. Musique : Philip Glass (né en 1937), Quatuor à cordes N°3 (Mishima). Danseurs : Stéphanie Amurao, Anthony Bryant, Aaron Carr, Randy Castillo, Capucine Goust, Morgan Lugo, Nathan Makolandra, Rachelle Rafailedes. Costumes : Janie Taylor. Lumière : Roderick Murray.

Peripheral Stream joue définitivement dans la cour des Grands. En invitant et Roy Assaf à partager l’affiche avec lui pour la Biennale de la danse, comme il l’avait fait précédemment avec et , il met la barre très haut grâce à ses brillants danseurs atypiques du , avant sa prise de fonction en tant que directeur du Ballet de l’Opéra de Paris.

La soirée s’ouvre sur l’univers numérique en noir et blanc, strié et hypnotique du chorégraphe, vidéaste, compositeur japonais, , homme-orchestre fascinant, dont le minimalisme athlétique sied parfaitement aux quatre danseurs virtuoses que nous retrouverons dans les trois pièces. Tout de noir vêtus jusqu’aux chaussettes, ils se déplient et s’élancent, ayant chacun un solo magnifique, au point de se fondre au décor quadrillé, dont les lignes bougent au rythme des compositions sonores du chorégraphe, sur ses respirations, ses brouillages, ses bits, devenus matière sonore dansée. Peripheral stream, création 2014, engendre une danse électrique qui se déploie au centre plus qu’à la périphérie et dont l’inventivité consiste à suivre le courant, sur une esthétique plastique proche de celle de Soto, alliant sobriété et trompe-l’œil.

II Acts for the BlindPuis, dans un genre relevant du chorédrame, se déroule II acts for the blind, en première mondiale, du facétieux chorégraphe israélien Roy Assaf. Sur une musique de Rökkuro, extraite de l’album I Annan Heim. Deux actes de danse théâtrale, l’une pour le plaisir d’imaginer des situations plus ou moins comiques, en « aveugle », l’autre comportant les mêmes mouvements mais agrémenté d’une voix off, celle du danseur Charlie Hodges, qui explique, en anglais sous-titré, les situations en question, appelant chaque danseur de son prénom et prenant des airs inspirés de commentateur sportif au bord du ring. Le double regard proposé met le spectateur face au problème de sa cécité nécessaire. D’une part, il ne peut jamais vraiment savoir ce que l’auteur veut faire passer à travers la danse, simplement ressentir et creuser cette matière sensitive (acte I) et d’autre part, il ne peut se satisfaire d’un commentaire loufoque parce qu’une gestuelle va toujours au-delà d’une histoire à version unique (acte II). Cependant, le charme opère et les aveugles voient : un brillant opuscule, qui ne demande qu’à être porté encore plus loin, comme le symboliseraient les ailes de la fantastique Stéphanie Armurao.

Hearts and HeroesEnfin, la soirée (marathonienne pour les danseurs très bauschiens, Rachelle Rafailedes, Aaron Carr, et Morgan Lugo, qui parcourent les trois univers chorégraphiques) s’achève sur la belle création de , pertinemment intitulée New Work 2014. Ce dernier a choisi de se caler sur le phrasé romantique de , comme pour Closer, qui relatait les différents paysages émotionnels d’un couple.  Huit danseurs dans cette nouvelle pièce en première mondiale, interprètent six tableaux de la vie de Mishima sur un Quatuor à cordes, extrait de la bande originale du film éponyme de Paul Schrader. Le rendu est une réussite grandiose qui réclamerait d’être vue et non commentée, en fermant les yeux si possible sur les déplorables costumes des danseurs en jupettes et shorties à carreaux noirs et blancs, dont le graphisme n’a plus rien de japonais et discrédite la pureté de l’ensemble.

Photos : L. A. Dance Project – Hiroaki UmedaRoy Assaf ;  Benjamin Millepied © Michel Cavalca

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