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Julia Fischer et Yulianna Avdeeva en duo à Aix en Provence

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Aix en Provence. Grand Théâtre de Provence. 16-X-2014. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonate en mi majeur, BWV 1016 ; Sergeï Prokofiev (1891-1953): Sonate n°1 en fa mineur op.80; Johannes Brahms (1833-1897) : Scherzo en do mineur pour violon et piano ; Sonate n°3 en ré mineur, op.108. Julia Fischer, violon; Yulianna Avdeeva, piano.

fischer&coActuellement en tournée à travers la France, la violoniste et la pianiste ont fait escale Jeudi soir au Grand Théâtre de Provence. Pour cette première apparition en terre Aixoise, elles ont choisi un programme éclectique, articulé autour de Bach, Prokofiev et Brahms.

Le récital débute avec la sonate en mi majeur de Bach, inspirée de la musique italienne notamment de la sonate d’église corellienne. Plébiscitée aux quatre coins du monde, invitée par les plus grands orchestres, éblouit par sa présence sur scène. Quelques secondes suffisent pour apprécier la beauté plastique de son jeu dont la justesse d’intonation ne connaît pas la moindre faille. Postée en embuscade, est à l’écoute de sa partenaire. Elle apporte sa griffe personnelle avec densité et vélocité. La rondeur expressive du 3e mouvement nous plonge dans le recueillement avant d’être entraînés dans un final empreint d’une intensité vibrante.

Changement radical de tableau avec la 1ere sonate de Prokofiev. Dans une atmosphère quasi suffocante, le spectre de la mort rôde non loin. Cette noirceur fait écho aux circonstances d’écriture de cette pièce pendant la guerre de 39-45. La gravité du piano est par moment inquiétante tandis que le violon, tantôt sarcastique tantôt souverain, déroule un tapis de difficultés techniques notamment dans le dernier mouvement captivant. Les passages étouffés du violon en fin des 1er et 4e mouvements, voulus comme « le souffle du vent qui passait sur les tombes », sont transmis à travers un filtre onirique et s’inscrivent dans un espace vide de tous repères où la notion du temps est restée figée. Porté par un même souffle, l’Andante est interprété avec un panel de couleurs poétiques et redonne une relative lueur d’espoir à l’ensemble.

Après l’entracte, la violoniste semble ne faire qu’un avec l’univers Brahmsien. Avec une insolente facilité, sa souplesse naturelle lui permet de doser les montées en puissance sans tomber dans l’emphase. Le Scherzo résonne avec mordant et passion malgré des accords un peu durs et un jeu un brin monochrome côté piano. Dans la sonate, on trouve davantage de variété de la part de la Russe. Les deux musiciennes respirent ensemble et sont en parfaite symbiose dans un Presto de haut vol. L’éclairage proposé de l’Allegro, notamment avec ses subtiles demi- teintes, met en lumière un équilibre d’ensemble avec un violon instable et lyrique en opposition au caractère introspectif et impérieux du clavier. L’Adagio nous réserve, quant à lui, une profondeur touchante jamais pesante. Deux bis sont offerts au public absolument conquis pour clore ce superbe récital dont une pièce de Schumann et Souvenir d’un lieu cher de Tchaïkovski.

Crédit photographique : Zvg/Raphaël Faux

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Aix en Provence. Grand Théâtre de Provence. 16-X-2014. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonate en mi majeur, BWV 1016 ; Sergeï Prokofiev (1891-1953): Sonate n°1 en fa mineur op.80; Johannes Brahms (1833-1897) : Scherzo en do mineur pour violon et piano ; Sonate n°3 en ré mineur, op.108. Julia Fischer, violon; Yulianna Avdeeva, piano.

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