Castor et Pollux par un Niquet imparable au TCE

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre des Champs Elysées. 17-X-2014. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Castor et Pollux, tragédie lyrique en cinq actes (version de 1754). Mise en scène: Christian Schiaretti; dramaturgie: Florent Siaud; chorégraphie: Andonis Foniadakis; décors: Ruby Sabounghi; costumes: Thibaut Welchlin. Avec : John Tessier, Castor; Edwin Crossley-Mercer, Pollux; Omo Bello, Télaïre; Michèle Losier, Phoebe; Jean Teitgen, Jupiter. Le Concert Spirituel et le Choeur du Concert Spirituel, direction: Hervé Niquet.

Castor et PolluxLe Théâtre des Champs Elysées, en cette année commémorant le génial Rameau a décidé de mettre en scène une nouvelle production de Castor et Pollux. y est un metteur en musique imparable et incarne une Phoebe captivante.

Naviguant sur le chef-d’œuvre qui prend comme toile de fond les histoires d’amour et d’amitié des deux héros mythologiques, l’un immortel et l’autre pas encore tout à fait, c’est un opéra solide qui emporte les suffrages par sa musique flamboyante et l’inventivité mélodique du compositeur français. Valeur sûre du répertoire baroque, il ne pouvait y avoir que de bonnes surprises, et notamment grâce au concours d’ qui est un metteur en musique absolument imparable. Jouant sur un équilibre très subtil entre le plateau et la fosse, il parvient à créer une osmose très attentionnée aux voix, une balance fine et néanmoins indispensable entre les morceaux de ballet et les insertions vocales.

Au niveau du plateau, il y a à nuancer l’apport de chacun; , parfois assez tendu incarne un Castor puissant et manquant parfois un peu trop de tendresse apporté par Pollux; ce dernier, chanté par séduit par sa virilité puissante et ses intentions apportées avec vaillance emportent le suffrage, avec une voix émouvante bien que parfois pâtissant d’un français trop assombri.

Le cas d’ est un peu différent. Le style est quelque part trop généreux et il aurait été possible d’apporter un peu plus de retenue dans les sons, un peu moins de vibrato, un peu plus de souffle pour que cela puisse compenser une tessiture éclaircie, voire délavée alors qu’on entend l’opulence du timbre poindre dans nombre d’endroits de la partition. Cela est regrettable, mais certainement qu’un recentrement sur un répertoire plus tardif ou un travail plus en profondeur sur le style baroque français permettra d’épurer les scories qui émaillent une prestation où la comédienne est très convaincante, dans une solennité implacable. , en Phoebe, est d’une beauté hiératique, sauvage, presqu’insolente, femme outragée dans son amour et son impuissance à déchaîner les destins contre les sorts heureux de Castor et Pollux. L’atypicité du personnage rend ses parties captivantes.

castor et pollux tce
La mise en scène est conventionnelle; en miroir de l’atrium du Théâtre des Champs-Elysées, avec ses fresques d’un autre temps, les décors entourent les chanteurs dans un dialogue discret et efficace. Permettant que ces derniers ne soient pas trop gênés dans leurs évolutions, le style néoclassique apporte une belle tenue, sans enrichir une réflexion de fond qui soit nécessaire. Il est vrai que la musique de Rameau peut se passer de ces artifices, des costumes correspondant à une imagerie antique grecque, et également des danses; chorégraphies par , on retiendra surtout le peu de sérénité des parties d’ensemble qui sollicitent sans cesse les artistes dans des agitations permanentes, sans un discours chorégraphique repérable ou qui amènerait autre chose qu’une décharge intense d’énergie, sympathique mais parfois fort peu à propos dans l’action.

Nouvelle production, envoûtante dans sa direction d’orchestre, satisfaisante sur le plan vocal et convenable sur le plan dramaturgique: une façon très correcte pour le Théâtre des Champs-Elysées de célébrer Rameau qui constitue un des fers de lance de l’institution.

Crédit photographique : Michèle Losier © Vincent Pontet

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