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Patricia Petibon, la belle excentrique

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Rennes. Opéra. 23-X 2014. Œuvres de Reynaldo Hahn, Gabriel Fauré, Manuel Rosenthal, Francis Poulenc, Henri Collet, Fernando Obradors, Manuel de Falla, Joaquin Turina, Joseph Canteloube, Eric Satie, Harold Arlen, Leonard Bernstein, George Gershwin & Augustin Lara . Patricia Petibon (soprano). Erika Guiomar (piano). François Verly (percussions).

Patricia Petibon« La belle excentrique »…Comme l’intitulé de ce concert, qui est également celui de son dernier album, convient à la plus rousse et plus flamboyante de nos chanteuses lyriques !

Belle, elle l’est autant qu’à ses débuts dans le giron des Arts Florissants ; excentrique, souhaitons qu’elle le reste le plus longtemps possible car lorsque la fantaisie se marie à une telle intégrité et à une telle plénitude vocale, le plaisir du spectateur est intense.

nous offre deux heures d’un récital éclectique et inégal, non en ce qui concerne la prestation d’une artiste pleinement maîtresse de ses moyens mais plutôt sur l’intérêt musical des pièces proposées. Des deux premières mélodies de Reynaldo Hahn proposées en ouverture, on retient ainsi surtout la séduction du timbre, la discipline quasi baroque de l’approche vocale et la netteté de la diction. Du même compositeur, on regrette en revanche la brièveté du sautillant Quand je fus pris au pavillon. C’est toutefois la Rêverie d’un Manuel Rosenthal plus ravelien que jamais qui lance la soirée avec son univers harmonique envoutant. Egalement emprunté aux Trois Poèmes de Marie Roustan, Pêcheur de Lune est une aussi agréable découverte. Par contraste avec les aristocratiques Berceaux de Fauré, abordés avec une superbe intériorité, les quatre extraits de Chanson du Monsieur Bleu de Rosenthal permettent à de laisser libre cours à sa fantaisie et de susciter l’hilarité avec son évocation du chien Fido avant de délivrer un formidable Bengali. La cantatrice sait mettre le public dans sa poche sur un registre complice sans sacrifier l’exigence artistique. La première partie du récital est conclue par cinq pièces de Poulenc qui conjuguent séduction mélodique et subtilité harmonique. Patricia Petibon les aborde avec autant de charme que de chic, terminant par d’enivrants Chemins de l’amour, et nous rappelle qu’elle fut il y a peu une mémorable Blanche de la Force.

C’est l’Espagne qui s’invite en seconde partie avec notamment El vito d’Obradors, petit concentré de zarzuela, et l’aérien Asturiana de Manuel de Falla. On y retrouve un subtil mélange de concentration et de naturel de la part de l’interprète qui enchaîne sur deux extraits des Chants d’Auvergne de Canteloube dans lesquels sa fraîcheur fait merveille. Le trio s’adonne ensuite au comique d’accessoires pour un épisode Satie gentiment déjanté avant que, dans un changement d’atmosphère total, Patricia Petibon délivre un bouleversant Somewhere over the rainbow. La Bonne Cuisine, composée par Leonard Bernstein en français comme il se doit, se prête parfaitement à un nouveau défoulement scénique, avant que le concert s’achève avec un ardent Granada qui démontre que le registre aigu de la cantatrice est toujours aussi éclatant. La pianiste lui apporte un soutien attentif mais parfois avare de contraste dynamique, tandis que les percussions de François Verly contribuent à installer des atmosphères comme avec l’hilarant barrissement de l’éléphant du Jardin des Plantes exécuté à la timbale.

Un seul bis – Colchiques dans les prés que nous ne pourrons désormais  plus jamais considérer comme une comptine – conclut ce récital foisonnant, aussi singulier que son interprète, exécuté avec un brio exceptionnel.  Un petit regret toutefois : l’absence de l’enivrant Je te veux de Satie, pourtant au programme de l’album, qui nous a sans aucun doute privés de quelques frissons supplémentaires.

Crédit photographique : Patricia Petibon © Felix Broede DG

 

 

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