Récital pesant d’Alexei Volodin à Pleyel

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Salle Pleyel. 12-XI-2014. Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonates K 454, K 487, K 17. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : « Marche », « Prélude » et « Scherzo », extraits des 10 pièces op. 12. Nikolaï Medtner (1879-1951) : Sonata-Reminiscenza. Frédéric Chopin (1810-1849) : Polonaise-Fantaisie, op. 61. Robert Schumann (1810-1856) : Carnaval, op. 9. Alexei Volodin, piano.

Alexei Volodin photo: Marco BorggreveDevant le public de la salle Pleyel, a donné un récital aussi dense que virtuose ; trop, peut-être.

S’il possède ce côté brillant qui vaut toujours au pianiste en nage, bras levés, des applaudissements enthousiastes, si assurément il n’a pas ménagé sa peine ni fuit devant la difficulté, s’il a fait preuve d’indéniables qualités de générosité, Volodin n’a pas ému. Voulant apporter la démonstration de l’ampleur de son répertoire (du baroque de la Cour d’Espagne à la musique russe du XXe siècle, en passant par les romantiques), le pianiste russe n’est pas véritablement parvenu à donner du sens à son propos. En cause : le choix de tempi excessivement rapides, un son clinquant fort peu séduisant et, trop souvent, un manque inexplicable de nuance.

Et pourtant, quelles perspectives offrait le sujet de la « réminiscence » ! Outre la Sonata-Reminiscenza de , le Carnaval de Schumann regorge lui aussi de citations et d’évocations. Il aurait été nettement préférable de se concentrer sur les possibles jeux de renvois et de proposer une vraie réflexion sur cette musique parlant d’elle-même, plutôt que d’expédier des œuvres qui ne souffrent pas la brutalité. Ainsi de Scarlatti, dont les trois sonates furent malheureusement dépourvues de finesse et d’élégance. Le jeu extrêmement physique de Volodin s’est mieux prêté, sans doute, aux pages enfiévrées du jeune Prokofiev, dans trois des dix pièces qui constituent l’opus 12. Cœur du programme, la Sonata-Reminiscenza, quant à elle, n’a qu’a moitié convaincu. Le ravissant thème qui l’encadre et la divise en son milieu est distraitement effleuré, alors que sa mise en valeur constitue le préalable indispensable à la compréhension de l’œuvre. En revanche, les modulations sont brillamment conduites.

En seconde partie, on est déçu par une Polonaise-Fantaisie passablement déséquilibrée, entre une main gauche pesante et des pianissimi aigus qui peinent à surnager. Malgré quelques beaux traits, c’est un Chopin un peu boiteux que Volodin nous propose là. Son Carnaval est bien plus abouti et original. C’est finalement dans que Volodin se révèle le plus intéressant. On apprécie l’attention portée à la dimension figurative de ces vingt-deux pièces qui, chacune, font vivre un bref instant un personnage du folklore vénitien (Pierrot, Arlequin, Pantalon et Colombine) ou un musicien (Schubert [Valse allemande, Valse noble], Chopin, Paganini, mais aussi Clara Schumann [Chiarina]). Parcouru de récurrences, grâce à l’exploitation d’un même motif original, sans compter l’auto-citation du compositeur (Papillons), le Carnaval donne à Volodin l’occasion de mettre enfin sa virtuosité au service de l’œuvre.

Un peu essoufflé mais pas à court d’idées, Volodin offre encore trois bis. Il convoque d’abord Brahms et son délicieux Intermezzo n°1 de l’opus 117, puis Liszt dans une Etude d’exécution transcendante bien timbrée (n°10, Allegro agitato). Il conclut finalement avec Medtner, à nouveau : la Canzona serenata, tirée des Mélodies oubliées (op. 38), vient nous rappeler, comme un regret, le thème de la Sonate, dernière réminiscence d’une soirée qui ne fut pas vraiment ce qu’elle aurait pu être.

Crédit photo : © Marco Borggreve

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