Portrait fragmenté d’Erik Satie

La Scène, Spectacles divers

Saint-Denis, Théâtre Gérard Philipe, 16-XI-2014. Erik Satie, Mémoires d’un amnésique Un petit opéra comique sans lyrics. Ecrit et réalisé par Agathe Mélinand. Musique et mots d’Erik Satie. Barbara de Limburg, scénographie ; Sébastien Sidaner, vidéo ; Karine Girard, chorégraphie ; Joan Cambon, son ; Michel Le Borgne, lumière ; Nathalie Trouvé et Agathe Mélinand, costumes. Avec : Emmanuel Daumas, Eddy Letexier, Jeanne Piponnier, Sabine Zovighian. Raphaël Howson, Charles Levaud, piano.

ErikSati-TNT-3Le spectacle créé au Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées en mai 2013 tourne dans toute la France. La troupe a fait escale au Théâtre Gérard Philipe, à Saint-Denis, à la porte de Paris.

C’est un portrait très fragmenté, sinon décousu, d’un compositeur atypique, . ne voulait surtout pas mettre en scène sa biographie, mais des images qui l’ont marquée. Son atout est de tout construire à partir de musiques et paroles de Satie. Pour cela, il fallait faire un choix parmi les productions très diversifiées du compositeur. Son pari est-il réussi ?

Au début du spectacle, nous assistons à la naissance en 1866 d’ à Honfleur et à son enfance dans la même ville, avec des détails de tableaux impressionnistes projetés sur les écrans ronds au fond de la scène ainsi que des dessins de parapluies qui s’animent – ce dernier motif revient par la suite à plusieurs reprises. Toutes les images sont traitées de manière poétique, en mouvement plus ou moins lent ou rapide selon les mouvements des acteurs qui évoluent sur la scène. On voit également avec des reproductions de photos de Satie et de son entourage, comme quelques petits extraits des Parades filmé, précieux pour leur rareté. A mesure que le spectacle avance, se défilent des épisodes de sa vie –fragmentés donc – avec Suzanne Valadon, Claude Debussy, Pablo Picasso, Jean Cocteau et bien d’autres, en image, en musique et en chorégraphie, toujours poétiques.

ErikSati-TNT-5Poétiques aussi sont ces symboles, comme cette énorme poire suspendue qui devient une sorte de balançoire, ou encore cette redingote et le haut-de-forme rond qui suggèrent l’univers surréaliste de René Magritte, qui va d’ailleurs à merveille avec celui de Satie. Les chorégraphies sont stylisées, même les gestes des deux pianistes sont parfois réglés. Et ces pianistes prêtent de temps à autres à des jeux scéniques et à ceux de paroles avec les quatre comédiens, en abandonnant momentanément le piano !

Si on connaît de Satie son caractère ironique, insolite et mystique, il avait aussi un côté révolutionnaire. Le spectacle le met en valeur en relatant des épisodes liés au Patronage laïque d’Arcueil-Cachan où il accompagnait les enfants dans leur cours de danses, avec une idée, que l’on qualifierait socialiste, du partage de musique et autres activités entre tous les enfants du quartier ; on entend alors, entre autres, En habit de cheval, Enfantillages importunes, Peccadilles importunes (Etre jaloux de son camarade qui a une grosse tête, Lui manger sa tartine…), Valse du chocolat aux amendes, etc., etc.

Les extraits musicaux, enregistrés quand elle est orchestrale, ou interprétés au piano placé sur la scène, à gauche. La musique est un personnage à part entière dans ce « Petit opéra comique sans lyrics ». Même si on n’entend pas la célèbre Gymnopédie au piano, cela ne fait rien, on reconnaît immédiatement notre compositeur original.

Le pari d’ est bien réussi, c’est incontestable.

Crédit photographique © Polo Garat – ODESSA

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