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Pieter Wispelwey, un violoncelliste au sommet

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Paris, Auditorium du Musée d’Orsay, 4-XII-2014. Johann Sebastian Bach, Intégrale des Suites pour violoncelle seul. Pieter Wispelwey, violoncelle.

Wispelwey-c-Benjamin-Ealovega-2007Dans le cadre du cycle « Back to Bach », le violoncelliste néerlandais présente à l’Auditorium du Musée d’Orsay l’intégrale des Suites de Bach en une soirée, en deux concerts, sur un instrument moderne. Un sommet.

Sur la scène, une petite estrade juste pour tenir l’artiste et le violoncelle. Sa hauteur semble avoir été réglée pour que le son du violoncelle soit projeté tout droit aux oreilles des auditeurs. Avant qu’il n’apparaisse sur la scène, on aperçoit déjà l’intention de de créer une meilleure condition d’écoute. D’une belle stature, il s’assied sur la chaise, lève l’archet et commence les premières notes, sans accorder les cordes. La très célèbre « Prélude » de la Suite n° 1 en sol majeur BWV 1007 surprend quelque peu. En effet, il sépare nettement les notes appartenant à la basse et les autres voix. Un poids appuyé sur le premier sol, puis, ré-si-la-si-ré-si-ré, liés de manière plus légère. Ainsi, il affirme d’emblée son parti pris : donner à l’œuvre une dimension polyphonique. Et selon l’importance qu’il confère à telles ou telles notes, la valeur ou la longueur de chacune d’elles change librement, même si ce sont les mêmes double-croches sur la partition. Les phrasés deviennent alors extrêmement clairs, on entend distinctement les différentes voix, dans un large souffle qui traverse la pièce.

De ce premier morceau avec un impacte puissant, découlent les autres pièces, avec un naturel étonnant et saisissant à la fois. Son interprétation montre que les mouvements de Suite sont avant tout des danses, d’où la flexibilité du rythme. Chez Wispelwey, rien n’est figé, tout est en mouvement, et il exécute avec un tel art que chaque changement de tempo devient une agréable surprise, alors que les mêmes passages par un interprète moins raffiné pourraient les tourner en ridicule. Quand il y a un contraste, il est fragrant, par exemple entre les deux parties de « Menuet » de la Suite n° 2 ou de « Bourrées » de la Suite n° 3. Tout au long de la première partie avec les trois premières Suites, un silence religieux s’est installé, et arrivée à la troisième Suite, le violoncelle sonne très généreusement, comme si l’instrument lui-même goûtait au son qu’il produit.

Dans la deuxième partie de la soirée, le violoncelliste fait davantage preuve de clarté dans le discours. Pas une seule phrase, un seul motif n’est négligé. Une grande largeur dans la « Sarabande » du Suite n° 4 ; une formidable dilatation du temps dans le début du « Prélude », des rythmes pointés aigus de la « Gigue » et la gravité solennelle et théâtrale de « Sarabande » de la Suite n° 5 ; et puis, cet aspect presque orchestral de la Suite n° 6 (joué sur le même instrument qu’auparavant et non sur celui à cinq cordes), avec des couleurs sonores riches et variées évoquant même des jeux d’orgue… Une grande intelligence règne sur son interprétation, accompagnée d’une force musicale irrésistible, par lesquelles l’auditeur a été totalement convaincu, comme l’a montré l’ovation debout après la dernière note de la « Gigue » de BWV 1012.

Crédit photographique © Benjamin Ealovega

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Paris, Auditorium du Musée d’Orsay, 4-XII-2014. Johann Sebastian Bach, Intégrale des Suites pour violoncelle seul. Pieter Wispelwey, violoncelle.

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