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Les paysages schumanniens de Daniele Gatti

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Paris. Auditorium de la Maison de la Radio. 22 et 23-I-2015. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonies ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie concertante pour violon et alto K.364 et Concerto pour violon n°3 K.216. Sarah Nemtanu : violon ; Nicolas Bône : alto ; Ray Chen : violon ; Orchestre National de France, direction : Daniele Gatti.

gatti_daniele©pablo_faccinettoDeux soirées pour un « Marathon Schumann » à l’Auditorium de Radio France avec l’.

Un marathon ? L’expression est sans doute excessive, quand on réalise que le corpus symphonique schumannien se réduit à ces quatre moments. On aimerait pouvoir parler ici de « panneaux », en hommage à ce retable sonore qui fait de la liturgie de l’intime le pendant de la contemplation amoureuse du portrait miniature de l’être aimé dans la poche intérieure de son habit. Plutôt que de chercher un portrait  symphonique « intégral » de , aura préféré varier les climats et remplacer l’ouverture de Genoveva ou l’Ouverture, scherzo et finale par deux pas de côté vers la musique concertante de Mozart.

Présentée le même soir que la Symphonie n° 4, la Symphonie n°1 « Le Printemps » semble plus que jamais se libérer du joug classique. Les tempi sont étonnamment vifs, avec cette agogique de l’urgence et du rebond qui dessine fiévreusement lignes et contre-chants. Ce Schumann-là préfère au glacis mélancolique, une approche sensible et vivifiante. L’Orchestre National s’aventure avec prudence dans des terres qu’il fréquente peu, ce qui n’enlève rien à se capacité à répondre aux exigences du chef milanais. La trame vif argent des mouvements rapides ne cherche pas dans l’épate ce qu’elle trouve naturellement dans la matière du son pour subjuguer l’écoute. C’est une « Printemps » qui sait conjuguer au présent la respiration et l’articulation. Gatti pousse encore plus loin dans le Lebhaft initial de la Quatrième ces effarements et ces échappées de couleurs qui soulèvent la matière sonore sans jamais la massifier. La circulation des thèmes (Romanze) contraste avec un Scherzo en forme d’ouverture d’opéra, tandis que le Finale déboule sans qu’on y prenne garde et se conclut par une péroraison d’une rare énergie.

Dans la Symphonie concertante K.364 de Mozart, Gatti s’attache à une rondeur du son, à la fois diffuse et généreuse. Un pastel assez tendre et une présence rassurante, qui  jamais ne cherche à empiéter sur le dialogue amoureux des deux solistes placés de part et d’autre de son pupitre. On se délecte de la liberté avec laquelle se mêle aux phrases des violons pour propulser son entrée. Plus réservé, l’alto soyeux et doux de prolonge en ombre portée une réflexion philosophique qui préfère à l’affirmation, la forme « concertée » de l’élaboration dialectique. Le mouvement lent culmine dans un jeu de dialogue à la fois vrai et sans la moindre sensiblerie – du grand art, en somme.

Le déplacement des cors vers l’axe central permet le deuxième soir une projection plus homogène – idéale pour rendre à la Symphonie n° 2 son animation intérieure avec cette façon unique de tresser les vents avec le reflux des cordes… La tension tellurique qui sous-tend l’Allegro ma non troppo est remarquable. Le Scherzo traité en mouvement perpétuel, sans que nul rayon ne pénètre ces nuages épais qui roulent continûment. Gatti privilégie dans l’Adagio des couleurs harmoniques assez discrètes – à l’opposé des montagnes russes et de la marche triomphante de l’Allegro molto vivace.

Il faudra mettre sur le compte d’un très démonstratif la relative déception du Concerto n°3 K.216 de Mozart. La brillance de la sonorité est contrariée par une expressivité somme toute très superficielle. Ce Mozart faussement salonard foisonne d’arrière-plans que le violoniste taïwano-australien sacrifie sur l’autel d’une virtuosité exubérante. Le 21e Caprice de Paganini donné en bis, lève le voile sur une partie des intentions développées dans le Concerto. Dureté des angles et attaques contondantes trouvent ici un terrain plus approprié.

Le cycle Schumann se referme avec une Symphonie n° 3 qui confirme les affinités que nous relevions en juin dernier, lors du concert donné à Dresde en hommage à Claudio Abbado. Dernière symphonie dans l’ordre de composition, elle débute par un inhabituel mouvement rapide (noté « Lebhaft »). La texture des timbres est ici éclatante de douceur et de puissance. Gatti obtient dans le Scherzo un volume d’une belle carrure dont la ligne contraste idéalement avec les brumes suspendues du troisième mouvement. Il y a dans le geste qui conduit le choral du Feierlich une vision pré-brucknérienne qui sait combiner tension et transparence. Le final s’inscrit comme un développement du mouvement précédent. A la fois retenu de tempo et très large de dynamique, il couronne avec brio ces deux soirées en romantisme majeur.

Crédit photographique : © Pablo Faccinetto

 

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Paris. Auditorium de la Maison de la Radio. 22 et 23-I-2015. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonies ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie concertante pour violon et alto K.364 et Concerto pour violon n°3 K.216. Sarah Nemtanu : violon ; Nicolas Bône : alto ; Ray Chen : violon ; Orchestre National de France, direction : Daniele Gatti.

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