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A Berlin une Belle au bois… endormante

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Berlin. Deutsche Oper. 20-II-2015. La Belle au bois dormant.

Sleeping_Beauty_Staatsballett_Berlin_Nacho_Duato_photo_Yan_Revazov-1677Créée en 2011 au Théâtre Mikhailovsky à Saint-Pétersbourg, La Belle au bois dormant remaniée par (intendant du Staatsballett et chorégraphe… à ses heures libres) baigne toujours dans un décor carton-pâte, ambiance conte de fées. Le vocabulaire classique est fluidifié, le propos gomme certaines longueurs, mais on se demande si le répertoire du Berliner Staatsballett ne regorgeait pas déjà trop de chorégraphies du même style…

La Belle au bois dormant constitue l’un des plus brillants joyaux du répertoire du ballet classique. Sa première eut lieu le 15 janvier 1890 au Théâtre Mariinsky à Saint-Pétersbourg. Chorégraphiée par , sa partition est composée par , d’après un conte signé Charles Perrault et les frères Grimm. Cela ne pouvait donner qu’un chef-d’œuvre ! Qualifié de « symphonie dansante » par son compositeur, ce ballet a cependant perdu de sa glorieuse, écrasé par le poids des décors, élimé par la pompe des costumes et contredit par l’évolution des morphologies des danseurs.

, aux commandes du Staatsballett depuis septembre, joue la carte de la sécurité en programmant pour sa première saison à Berlin : 1. une ses créations, 2. une création non pas des plus créatives. Le chorégraphe se justifie en soulignant qu’à la création du ballet, il « ne cherchait pas à transmettre un message important, mais souhaitait simplement que les danseurs évoluent dans l’espace et esquissent des images« . En effet, il n’a pas changé l’histoire de La Belle, mais juste coupé certains moments qui ne faisaient pas avancer le propos, qui étaient trop lourds. Personnellement je serais encore allée plus loin… Les costumes d’, plus pastel que jamais, et les décors comme ce ciel étoilé de roses à échelle humaine, sont magnifiques… mais on frôle le too much ! Duato sait assurément plaire à la masse en ne faisant aucune vague : pari réussi, le public est conquis. Je le suis moins, peut-être parce que je suis moins dupe aussi.

Des images de la préparation du ballet

Sleeping_Beauty_Staatsballett_Berlin_Nacho_Duato_photo_Yan_Revazov-3813Duato opte pour des thématiques et des partitions à l’image de la corporalité que sa danse nous propose. Il est néo-classique quand il privilégie une mobilité du tronc, mais est-ce bien heureux de corseter les danseuses dans des tutus ? Les Leitmotiv des mouvements, un brin osé (et encore !), sont trop redondants. Les Pas de deux du dernier acte, en hommage aux héros des contes de Perrault, répondent à un langage trop classique pour s’émerveiller. Ils perdent de leur charme scénique en étant trop à mi-chemin entre répertoire et renouvellement. C’est joli mais ça n’a aucun intérêt stylistique et surtout aucune dynamique moderne comme le laissait sous-entendre le chorégraphe. Il est donc normal que, pour une fois, la fade , en Fée des Lilas, tire son épingle du jeu : le rôle de sa carrière (whaouh !) !  Le corps de ballet tâtonne encore un peu à imprégner cette nouvelle gamme de modulations des corps. , au bras du brillant (soliste du Mikhailovsky, invité pour la première), est comme toujours d’une précision extraordinaire, et son interprétation d’Aurore, subtile à tout point de vue.

On appréciera toutefois la suppression de la pantomime soporifique du ballet d’origine : tous les rôles, interprétés normalement par des figurants qui se baladent majestueusement sur scène de cour à jardin, sont désormais dansés. Mention spéciale à la méchante Fée Carabosse () dont les maléfices plongent la princesse Aurore dans un long sommeil d’un siècle… Si je ne me suis jamais endormie devant un ballet, ces 160 minutes de spectacle ne m’ont pas non plus totalement éveillée.

Par Léa Chalmont-Faedo

Crédits photographiques : © Yan Revazov

BP_Schwarz En partenariat avec Berlin Poche

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