L’Enlèvement à Metz, entre turquerie et quête initiatique

La Scène, Opéra, Opéras

Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 24-II-2015. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Entführung aus dem Serail, Singspiel en trois actes sur un livret de Gottlieb Stephanie d’après la pièce de Christoph Friedrich Bretzner. Mise en scène : Joël Lauwers. Décors et costumes : Etienne Pluss. Lumières : Patrice Willaume. Chorégraphie : Jacqueline Abdelkader. Avec : Sara Hershkowitz, Konstanze ; Léonie Renaud : Blonde ; Sébastien Droy, Belmonte ; Emilio Pons, Pedrillo ; Mischa Schelomianski, Osmin ; Jean-Marc Salzmann, Pacha Sélim. Chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole (chef de chœur : Nathalie Marmeuse) ; Orchestre national de Lorraine, direction : Kaspar Zehnder.

1Plateau décevant pour L’Enlèvement au sérail à Metz. Les choix dramaturgiques n’ont malheureusement pas permis de sauver la mise.

Venue du Théâtre-Opéra National de Prague, cette production du premier grand Singspiel de Mozart rappelle les difficultés particulières d’un ouvrage en fait essentiellement statique, qui repose sur une musique d’une qualité certes exceptionnelle, mais qui reste, en raison d’une intrigue mince pour ne pas simpliste, extrêmement peu théâtrale. En dehors des aspects exotiques liés à la « turquerie », terrain devenu éminemment sensible de nos jours, les seules pistes laissées à l’imagination du metteur en scène semblent se réduire aux multiples interrogations liées à la psychologie des personnages.

C’est de toute évidence l’option choisie par le metteur en scène , même si ce dernier ne laisse pas entièrement de côté la composante orientalisante de l’œuvre. La chorégraphie, les décors et certains costumes évoquent sans ambiguïté le monde oriental, même si Osmin est vêtu d’un complet-veston et si c’est en smoking blanc que le Pacha Sélim apparaît en toute fin d’ouvrage, pour la scène du pardon. Le décor, en revanche, avec ses boiseries dix-huitième siècle, reste éminemment occidental. L’idée générale est donc de s’attacher à la complexité, aux doutes et aux contradictions des principaux personnages, notamment des deux jeunes couples européens qui, à l’instar des protagonistes de La flûte enchantée, traversent un certain nombre d’épreuves avant de regagner leur Europe natale. Belmonte, par exemple, pourrait bien être tenté par la beauté de certaines des habitantes du harem et Konstanze pourrait elle aussi éprouver pour Sélim sinon de tendres sentiments du moins un désir bien réel. Les scènes situées dans une sorte de hammam ne laissent planer aucun doute sur l’ambiguïté de leurs relations, tout comme celles entretenues entre Osmin et Blonde sous les yeux écarquillés d’un Pedrillo réduit à tenir la chandelle. Ces choix de mise en scène, que rien dans le texte ne justifient réellement, donnent il est vrai quelque fondement au quatuor du deuxième acte, ce moment où les deux ténors demandent des compte à leur belle. Mais l’impression générale est que trop d’explicitation nuit à la magie de la musique, et que ces vaines tentatives de remplissage finissent vite par encombrer et par saturer le plateau.

2Sans doute cette lecture plaquée serait-elle passée plus facilement si l’oreille du spectateur avait été comblée. Malheureusement, le plateau réuni sur la scène de l’Opéra-Théâtre de Metz était d’un niveau plutôt moyen, si l’on fait exception de l’Osmin truculent et sonore de la basse russe . En effet, est un Pedrillo aux moyens insuffisants, très vite dépassé par les événements, et , en dépit d’un physique agréable et d’un jeu très plastique, est une Blonde vocalement sans charme. En Konstanze, fait preuve d’une belle musicalité, mais ses moyens sont clairement insuffisants pour un tel rôle. Très attendu pour son Belmonte après le très beau Tamino d’il y a quelques saisons, même a déçu. Si l’intention musicale est toujours juste et fine, l’instrument sonnait ce soir-là comme étouffé et voilé. Méforme passagère, espérons-le. Rien à redire en revanche du chœur, en très belle forme, ainsi que de la partie orchestrale, très bien menée par le chef suisse .

Une soirée décevante, donc, qui n’a pas permis de se « connecter » à l’un des premiers chefs-d’œuvre du grand Mozart.

Crédits photographiques : , et (photo n°1) ; , et Léonie Renaud (photo 2) © Williams Bonbon – Metz Métropole

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