MaerzMusik : Georges Aperghis, metteur en scène compositeur

Berliner Festspiele - MaerzMusik 2015 Georges AperghisLe festival berlinois de musique contemporaine MaerzMusik propose cette année un focus : cinq concerts et projections pour découvrir l’œuvre (ancienne et actuelle) du compositeur grec, et de se familiariser avec sa singulière conception du théâtre musical. Notre partenaire Berlin Poche a voulu en savoir plus.

« J’ai toujours beaucoup de mal à décrire ma musique. »

Berlin Poche : Comment décririez-vous votre musique à quelqu’un qui ne l’aurait jamais entendu ?

J’ai toujours beaucoup de mal à décrire ma musique. C’est une des choses les plus difficiles pour moi. Si quelqu’un l’écoute, même une minute, alors après seulement on peut en parler.

BP : Dans les années 70, vous avez fondé le groupe ATEM (Atelier Théâtre et Musique) dans les banlieues parisiennes. Quelles en étaient les intentions ?

GA : À l’époque j’étais un jeune compositeur, et j’avais la chance d’être beaucoup joué et programmé dans les différents festivals. Tout d’un coup je me suis posé la question suivante : « Est-ce que je vais passer toute ma vie à écrire pour ce public-là, qui est en fait toujours le même, que je reconnaissais à travers les différents festivals, celui des amateurs de musique contemporaine ? ». Ainsi est née l’idée d’ATEM : travailler sur un théâtre musical qui rencontre la vie quotidienne des gens, sans intermédiaire, et en même temps implanter un groupe d’artistes dans une cité qu’on appellerait aujourd’hui « défavorisée ».

BP : Comment définiriez-vous le terme de « théâtre musical » ?

GA : Comme terme, cela ne signifie rien. Il faut l’expérimenter avant tout. Disons que c’est pour moi de la musique, mais une musique qui peut devenir action ou énergie visuelle. Le terme « théâtre » est problématique, car il ne s’agit pas d’un théâtre avec des situations et des personnages comme dans le théâtre classique ou romantique, mais plutôt des actions rendues abstraites par la musique. Si l’on reconnaît une histoire, elle n’est alors pas linéaire, mais se rapproche plus du travail de montage cinématographique, par zig-zag.

BP :Vous avez dit à propos de vos Récitations : « Il y a la partition, et sa réalisation produit le théâtre ». Pourtant, à leur création en 1982 par Martine Viard au festival d’Avignon, il s’agissait d’une version en « spectacle », donc plus théâtrale ?

GA : Martine Viard était aussi chanteuse, et pas uniquement comédienne ! Mais ce qu’elle faisait était toujours très juste car elle n’ajoutait pas consciemment du théâtre. Moi, ce que je n’aime pas c’est quand les interprètes surenchérissent pour provoquer le public ou le faire rire. S’il y a du théâtre, il est dans la musique et il faut le laisser là où il est.

BP : Ce « théâtre dans la musique », c’est dont quelque chose que vous intégrez au moment de la composition musicale ?

GA : Oui bien sûr. Par exemple, quand j’écris un passage techniquement difficile, je sais qu’à tel moment une tension naîtra entre le musicien et ce qu’il joue. Mais je n’aime pas non plus donner trop d’indications dans mes partitions. J’indique juste ce qu’il faut, et je laisse ainsi à l’interprète la possibilité de réagir par rapport à la partition. J’indique le strict minium pour que la pièce puisse fonctionner, et le reste naît d’un conversation entre la partition et l’interprète.

BP : Il s’agit alors de bien connaître les interprètes ?

GA : Bien sûr. Souvent je travaille avec des gens que je connais, que j’estime beaucoup.

BP : Était-ce le cas pour Situations ?

GA : C’est même le propos de la pièce ! Je suis parti de la rencontre que j’ai pu faire avec les différents musiciens du . J’ai parlé avec chacun longuement, observé leur rapport à l’instrument : l’aime-t-il, ou le déteste-t-il ? Je leur ai demandé avec qui ils aimaient jouer d’habitude dans l’ensemble, s’ils aimaient parler ou chanter en public, mais aussi leurs goûts littéraires ou cinématographiques. Puis, j’ai commencé à écrire la pièce avec tout cela en tête, en ayant à l’esprit une vague idée de chacun d’eux.

BP : Vous les avez pour ainsi dire « portraitisés » ?

GA : Oui mais pas comme si j’avais écrit une fiche sur chacun d’eux. Il s’agit plutôt de petites personnalités qui apparaissent au sein de l’ensemble : s’ils aiment chanter, ils chantent, si trois musiciens sont des bons amis, ils jouent en trio, même si musicalement cela sonne assez curieusement. Mais c’est précisément ce décalage qui m’intéressait.

BP : Comment les musiciens réagissent-ils ?

GA : Ils étaient très contents… et moi aussi ! Je crois que ça se sent dans la musique. J’ai l’impression qu’il s’est passé quelque chose avec cette pièce qui dépasse un peu l’interprétation, quelque chose que j’ai du mal à qualifier, une énergie plus électrique que d’habitude.

Propos recueillis par Grégory d’Hoop

BP_Schwarz En partenariat avec Berlin Poche

Crédit photographique : © Xavier Lambours

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