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ct6410Le dernier week-end du printemps des arts de Monaco a conclu en apothéose cette manifestation toujours passionnante par sa programmation.

Rendant compte du week-end d’ouverture du printemps des arts de Monaco, Pierre-Jean Tribot déplorait une programmation originale mais difficile à lire.

Reconnaissons cependant que les choix esthétiques que le brillant directeur du festival explique dans un passionnant texte de présentation « l’étrangeté de l’art ou accepter l’inacceptable » sont assumés crânement et portés par des réalisations d’un niveau d’ensemble exceptionnel.

Pour ce dernier week-end les quatre concerts répartis sur trois journées tiraient un véritable feu d’artifice. Le vendredi 10 avril à la cathédrale de Monaco, ouvrait le jeu avec une exécution d’un seul tenant des chorals pour orgue constituant le Clavierübung III de Bach; lecture d’une lisibilité exemplaire, que ternissaient seulement les sonorités criardes du plein jeu de l’orgue Boisseau de la cathédrale, un instrument de 1976 aux sonorités parfois métalliques.

Le lendemain, samedi 11 avril, à 18 heures dans la toute neuve salle du conseil national, la violoncelliste nous offrait un récital de violoncelle solo au programme d’une rare intelligence entièrement dévolu à la musique du XX° siècle. Encadrées par le poétique chant des oiseaux de Casals joué en ouverture et repris en ultime bis,  la puissante et austère sonate d’Ysaye comme la suite aux accents catalans de Gaspar Cassado enserraient à leur tour à Lame de Donatoni. Par sa construction réfléchie comme par l’engagement du jeu de la violoncelliste, ce voyage dans l’Europe du XX° siècle, que complétait  le mouvement lent de la sonate de Hindemith comme premier bis parlait autant au coeur qu’à l’esprit.

Evidemment il arrive que le choc des musiques et des styles revendiqué par la programmation ne fonctionne pas aussi bien… Le soir même, de nouveau en la cathédrale, un concert doublement hétérogène, par son programme comme par les artistes invités, laissait une impression mitigée. En première partie l’organiste commençait par les deux ricercare de l’offrande musicale transcrits pour l’orgue, suivis par le 24° choral de l’Orgelbüchlein. Honorables certes encore que la registration choisie ait manqué de clarté. L’organiste enchaînait avec Kalavinka de la japonaise Noriko Baba (née en 1972), brève et plutôt amusante ré-interprétation du chant du coucou. Morceau de résistance de cette première partie, Gmeeoorh de Xenakis renvoyait à l’esthétique en vogue il y a exactement quarante ans et s’achevait par un déluge de clusters censé produire ce « paroxysme monumental en son » que décrit le créateur. Sans nier l’effet produit par une telle page, l’auditeur d’aujourd’hui en retient surtout le côté éprouvant. Changement total d’atmosphère après l’entracte pour laisser la place au Banquet Céleste de , dans les deux cantates BWV 35 et BWV 170. Il est illusoire d’écrire sur le petit livret distribué aux auditeurs « , contre-ténor et direction » car hormis la sinfonia introduisant la première cantate, le chanteur, tournant le dos à l’orchestre, ne dirige nullement. Le résultat se révèle assez approximatif, le Banquet Céleste n’ayant manifestement pas la maturité lui permettant de jouer sans chef. Dommage… Heureusement que, comme pour le récital de , les jeux de lumière projetés sur le choeur de la cathédrale permettaient à l’esprit de l’auditeur de s’évader un peu.

o6666Les concerts se suivent et ne se ressemblent pas. Le dimanche 12 avril au Grimaldi forum, l’ sous la direction de son futur chef avec nous a offert un programme tout Sibelius d’une beauté fulgurante. L’orchestre avait-il à coeur de montrer ce dont il est capable alors même que son avenir est incertain? Dès le nocturne de la musique de scène de Christian II, pourtant page bien mineure de Sibelius, il nous emportait dans un lyrisme post-romantique enivrant avec des cordes d’une superbe intensité. Le concerto permettait à de déployer les sortilèges sonores de son Stradivarius, accompagnée avec autant de précision que de passion par un , décidément l’un des plus grands sibéliens actuels. Après l’entracte, le chef seul portait au triomphe le poème symphonique En Saga, l’un des premiers chefs d’oeuvre incontestables de Sibelius puis l’ultime 7° symphonie marquée par ce resserrement structurel  dont la brièveté renforce la tension. Manifestement subjugué par la baguette du chef finlandais, l’orchestre philharmonique nous a offert l’un des plus remarquables concerts symphoniques de ce début de saison et a conclu en apothéose un festival d’une qualité d’ensemble et de programmation réellement exceptionnelle.

 

Crédits photographiques :  ;  (c) A.Hanel;

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