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A las Barricadas: la musique s’engage dans la guerre civile espagnole

À emporter, Essais et documents, Livre

Bruno Giner et François Porcile : Les musiques pendant la guerre d’Espagne. Editions Berg international. Code barre 9 782370 200006. Paris, 2015 ; 235 p.

 

MUSIQUE-EspagneOn connait l’engagement de , compositeur et musicographe, pour dénoncer les systèmes répressifs s’exerçant sur les arts et la musique au sein des dictatures. Il co-signe le premier ouvrage en français à s’intéresser à la vie musicale durant les années de la guerre civile espagnole.

Le thème de la dictature nazie a fait l’objet de plusieurs publications  par Giner – dont son très saisissant Survivre et mourir en musique dans les camps (cf notre chronique) – et nourrit les livrets de deux opéras qu’il a écrits à ce jour (dont Charlie, Clef ResMusica).

Initiée par un petit ouvrage très attachant, Le crin et le fusain, signé par ce petit-fils d’émigré espagnol, c’est la question du Franquisme que ce dernier aborde à présent.

Les musiques pendant la guerre d’Espagne est un livre écrit à quatre mains avec l’éminent cinéaste et musicologue . C’est le premier ouvrage en français à s’intéresser à la vie musicale et aux compositeurs en lice durant les années de la guerre civile espagnole. Il lève le voile sur un pan de l’activité créatrice longtemps laissé dans l’ombre dans une Espagne où la musique, selon les termes de Maurice Ohana, « est avant tout le fait du peuple ».

« Pendant les mille jours de cette lutte fratricide, la culture, l’éducation et singulièrement la musique sont restées au coeur des préoccupations des responsables politiques qui n’ont jamais sacrifié le souffle de l’Esprit au bénéfice de celui de la guerre » lit-on dans ce récit très vivant et souvent émouvant du combat entre Républicains et Nationalistes. Alors que l’Espagne est en train de vivre un renouveau culturel et artistique au sein de la seconde République pilotée par Manuel Azaňa, le contexte économique alarmant fait revenir l’extrême droite au pouvoir. Le 1er octobre 1936, Francisco Franco se proclame chef de l’Etat et déclare la guerre à tous les résistants. Dès lors, que ce soit sur le front, sous les bombes, pour raconter les batailles ou encore dans les « centres d’hébergement » du sud de la France (la Retirada), on chante et on compose, et ce dans les deux camps. Les hymnes nationalistes ne sont pas légions mais dûment cités, tout comme leurs auteurs et sympathisants du Caudillo. En revanche , une des personnalités musicales les plus actives de la résistance anti-franquiste, fait publier en 1937 deux volumes du Cancionero Revolucionario International où apparaissent, aux côtés des compositeurs espagnols engagés (Chapi, Palacio, Revueltas, Hallfter…), les noms d’Eisler et de Chostakovitch. Émaillant pour certaines le corps du texte, quelques soixante-dix chansons du Cancionero (A las barricadas, El novio de la muerte, Camisa azul…) sont citées in extenso à la fin de l’ouvrage avec leur traduction française.

« La guerre civile a dispersé notre groupe de compositeurs au moment précis où nous allions franchir le seuil de la maturité » souligne , dont le propre frère Ernesto, lui aussi compositeur, a rejoint le camp des nationalistes. Ce sera donc, en 1939, l’exil pour la plupart des grandes figures de la vie musicale, toute une génération sacrifiée qui se disperse pour tourner le dos à la dictature et fuir la répression (Manuel de Falla, Oscar Espla, Gustavo Duran, Gustavo Pittaluga, …). La plupart d’entre eux, installés en Amérique latine, à Paris, Londres ou Bruxelles, ne reverront jamais leur pays. Fixé à Prades, petit village de la Catalogne française, Pau Casals s’engage au service de ces compatriotes internés à quelques kilomètres de là (Vernet, Rivesaltes, Argeles…) puis se mure dans le silence, longtemps avant de reprendre son archet.

Dans une dernière partie très documentée, les auteurs tentent de cerner l’important corpus des oeuvres écrites en mémoire des insurgés: celles des musiciens espagnols exilés puis celles de la génération suivante, Christobald Halffter (le neveu), Thomas Marco, Luis de Pablo, , etc. qui ont grandi sous le régime totalitaire de Franco. Sont recensés également les artistes de toutes nations qui viendront témoigner par leur travail et s’élever contre la barbarie (Guernica en avril 1937), stigmatisant une guerre odieuse « qui alla jusqu’à tuer une de ses voix les plus géniales », celle de Federico Garcia Lorca. « Il avait la passion, la joie, la jeunesse. Il était comme une flamme », lit-on sous la plume de Luis Buňuel. De Maurice Ohana à Edith Canat de Chizy, en passant par Poulenc, Luigi Nono et George Crumb, ce sont autant de Llanto, Épitaphe, Chanson, Hommage pour célébrer le poète révolutionnaire assassiné. Près d’une centaine d’oeuvres (opéras, théâtre musical, musiques de film, chansons, pièces instrumentales) vont éclore entre 1936 et 2005 et s’inscrire dans une mémoire collective que ce livre précieux, passionnant et fervent, s’attache à vivifier.

En coopération avec la
sur les mémoires des violences politiques

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