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Emma Kirkby, une vie pour le chant baroque

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CD1 : Chansons élisabéthaines. CD2: Dialogues bucoliques. CD3 : Dialogues amoureux. CD4 : Duos de chambre. CD5 : Chansons et airs de Purcell. CD6 : Cantates profanes de Bach. CD7 : Cantates de mariage de Bach. CD8 : Airs de Haendel, Arne et Lampe. CD9 et 10 : Cantates italiennes de Haendel. CD11 : Motets de Mozart. CD12 : Airs de Mozart. Avec : Emma Kirkby, soprano ; Judith Nelson, soprano; Martyn Hill, tenor; David Thomas, basse ; Anthony Rooley, luth, etc. The Consort of Musicke, direction: Anthony Rooley. The Academy of Ancient Music, direction: Christopher Hogwood. 12 CDs. Decca- L’Oiseau-Lyre. Code-barre : 028947 878636. Enregistrements réalisés entre juin 1978 et février 1997. Notice de présentation trilingue (anglais, français et allemand) ? Durée : 52’57’’, 56’38’’, 52’55’, 50’06’’, 45’06’’, 51’55’, 63’59’’, 71’55’’, 54’16’’, 78’56’’, 47’01’’ et 54’44’’.

 

C’est toute la carrière discographique de la célèbre baroqueuse anglaise qui se retrouve sur ce passionnant coffret. Bel hommage rendu par Decca à cette inlassable défricheuse, ainsi qu’à ses fidèles équipes.

Emma KirkbyDepuis l’apparition des femmes sur la scène de théâtre à l’époque de la Restauration de la monarchie en 1660, les Anglais ont traditionnellement eu un faible pour ces voix de soprano pures et cristallines, perçues généralement comme angéliques ou enfantines, et qui ont toujours fortement contrasté avec les grandes voix vibrées venues du continent. La grande Emma Kirkby, muse du chant baroque depuis les années 1970, se voit ainsi l’héritière d’une longue et solide tradition qui a vu passer les règnes des Clara Novello, , et autres d’autrefois. Le CD8 de ce coffret est d’ailleurs un hommage à la cantatrice anglaise , l’épouse du compositeur , laquelle avait été embauchée par Haendel pour un certain nombre de ses saisons lyriques et dont déjà au dix-huitième siècle on soulignait la différence de vocalité par rapport aux grandes rivales – Cuzzoni, Bordoni, Strada… – venues d’Italie. Pour beaucoup de ces chanteuses anglaises, que l’on associe plus volontiers au concert et à l’oratorio, la réticence à entamer une véritable carrière théâtrale était due autant à des moyens vocaux parfois inadéquats en termes de volume et de puissance qu’au sentiment d’inconvenance engendré par la religion par rapport au fait de monter sur une scène de théâtre et de s’exposer au regard du public. Il est un fait en tout cas que la carrière d’Emma Kirkby, commencée comme simple choriste, a largement fait l’économie de la scène.

On saluera tout d’abord, en termes de répertoire, la remarquable cohérence du parcours discographique de la cantatrice anglaise, que l’ordre des CDs souhaités par Decca-L’Oiseau-Lyre – et qui ne correspond pas à celui des dates d’enregistrement – accentue encore. Aucun maillon ne manque dans ce passionnant voyage musical commencé par un hommage appuyé à l’Angleterre élisabéthaine de la fin du seizième siècle, pour s’achever à la fin du dix-huitième avec Vienne et Mozart. Une incursion vers le dix-neuvième siècle aurait sans doute cruellement exposé les limites vocales d’un instrument riche en harmoniques mais limité en puissance, de même qu’un passage par la France baroque de Louis XIV aurait forcément souligné le manque d’affinités de Kirkby pour la déclamation dramatique de la tragédie-lyrique. L’anglais, de toute évidence, la montre plus à l’aise vocalement que l’italien qui, surtout pour les premiers enregistrements, paraît pour le moins exotique.

Ce coffret peut se voir également comme la réussite collective de toute une équipe, les forces réunies autrefois par L’Oiseau-Lyre dans les années 1970 et 1980 quand tout était à redécouvrir. À côté des fidèles partenaires comme , et , on notera tout particulièrement la présence toujours juste et efficace d’ et de son Consort of Musicke, de même que celle de à la tête de son . Toute une époque !

La réussite est-elle pour autant totale ? Contrairement à ce qui se passe à l’accoutumée, on préfèrera aux gravures des premières années les enregistrements plus tardifs, ceux qui permettent de faire valoir une voix plus ronde et plus dorée, aux couleurs moins acidulées que les captations des années 1970. Si l’on a depuis appris à chanter Monteverdi avec davantage de force et de conviction, il n’est pas sûr que la lecture par Kirkby des chants et airs de Purcell ait été depuis égalée. D’autres, après elle, ont su y mettre davantage de maniérismes mais peu auront interprété ces pièces avec une simplicité et une justesse de ton aussi désarmantes. Par ailleurs, si l’on avait pu être choqué autrefois, du temps du règne des Janowitz, Price et autres Te Kanawa, qu’une voix aussi légère ose s’attaquer aux grands airs mozartiens du répertoire, on entend plutôt aujourd’hui, après le passage du temps, la précision presque mathématique des vocalises, la perfection du trille ou encore le contrôle absolu d’un souffle qui paraît littéralement infini. Autres temps, autres mœurs !

La carrière discographique d’Emma Kirkby s’est poursuivie bien longtemps après les années Decca, et son exploration des sentiers du baroque a été depuis fixée par d’autres labels, notamment Hyperion. À une époque où la musique ancienne ne fait plus office de simple curiosité, et où les pistes d’exploration ont pris d’autres détours, le retour à la case départ s’imposait. Merci à Decca-L’Oiseau-Lyre de nous avoir donné la possibilité d’une telle mise en perspective.

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CD1 : Chansons élisabéthaines. CD2: Dialogues bucoliques. CD3 : Dialogues amoureux. CD4 : Duos de chambre. CD5 : Chansons et airs de Purcell. CD6 : Cantates profanes de Bach. CD7 : Cantates de mariage de Bach. CD8 : Airs de Haendel, Arne et Lampe. CD9 et 10 : Cantates italiennes de Haendel. CD11 : Motets de Mozart. CD12 : Airs de Mozart. Avec : Emma Kirkby, soprano ; Judith Nelson, soprano; Martyn Hill, tenor; David Thomas, basse ; Anthony Rooley, luth, etc. The Consort of Musicke, direction: Anthony Rooley. The Academy of Ancient Music, direction: Christopher Hogwood. 12 CDs. Decca- L’Oiseau-Lyre. Code-barre : 028947 878636. Enregistrements réalisés entre juin 1978 et février 1997. Notice de présentation trilingue (anglais, français et allemand) ? Durée : 52’57’’, 56’38’’, 52’55’, 50’06’’, 45’06’’, 51’55’, 63’59’’, 71’55’’, 54’16’’, 78’56’’, 47’01’’ et 54’44’’.

 
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