À emporter

Lettres de Gounod à Pauline Viardot

Plus de détails

Lettres de Charles Gounod à Pauline Viardot. Melanie von Goldbeck (ed.). Préface de Gérard Condé. Actes Sud / Palazetto Bru Zane, Arles. 448 p. 45 €. ISBN 978 2 330 03907 3. Dépôt légal : janvier 2015.

 

Gounod ViardotTémoins touchants de la vie quotidienne au cours de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, les échanges entre Gounod et Viardot rendent également compte, avec la gestation de Sapho, d’une collaboration artistique unique en son genre.

Le présent volume est constitué de la totalité de la correspondance entretenue par et sur la période allant de 1849 à 1893. Divisé en huit parties chronologiques, dictées surtout par les périodes de séparation des deux épistoliers, le recueil est en réalité un duo à une voix puisque seules quatre des lettres de Viardot à Gounod ont été conservées, contre à peu près 150 écrites par le compositeur. On pourra bien évidemment conjecturer sur les raisons de la disparition des lettres de la cantatrice, accusée à une époque d’avoir été la maîtresse de Gounod sans doute en raison de la brouille survenue au printemps 1852, et dûment documentée dans ce volume, à l’occasion des fiançailles du compositeur. La lecture des lettres adressées à Viardot lorsqu’elle était en tournée montre en tout cas que la plupart étaient également lues par son époux ainsi que par son entourage. On ne trouvera donc aucun élément compromettant dans les inédits réunis dans ce recueil, qui proviennent de différents fonds de bibliothèques et qui constituent une nouvelle étape dans la publication tant espérée de la correspondance intégrale de Gounod. Il n’est pas exclu, par ailleurs, que les lettres manquantes de Viardot surgissent un jour de diverses collections privées…

La lecture des lettres de Gounod à Viardot est d’un intérêt forcément variable, et l’on pardonnera au compositeur des développements parfois fastidieux sur son état de santé ou sur celui de ses proches, sur certains potins domestiques ou sur la météo du jour, pour ne rien dire de quelques anecdotes scatophiles ou de digressions sur l’organisation quasi maniaque de sa correspondance : numérotation des lettres, poids du papier, conditions d’affranchissement, etc. De façon générale et évidemment moins anecdotique, cette correspondance fort stylée donne un aperçu juste et éclairant de la vie quotidienne des tranches aisées et cultivées de la population de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, dont les effusions romantiques surprendront forcément plus d’un lecteur. On appréciera tout particulièrement les commentaires avisés de Gounod sur la vie littéraire et musicale du moment, à commencer par sa fascination pour Mozart, Beethoven et Weber ou encore ses commentaires plus distanciés sur Bellini ou Meyerbeer, pour ne rien dire de son mépris affiché pour la musique d’Auber. Si l’on est admiratif devant la perspicacité de ses analyses de la rhétorique shakespearienne, telles en tout cas qu’elles ressortent de sa lecture à haute voix, dans le cadre familial, de la tragédie Jules César, on restera plus circonspect devant ses jugements à l’emporte-pièce des qualités vocales et musicales des deux grandes rivales de Viardot, la soprano Giulia Grisi et surtout la contralto Marietta Alboni. Cette dernière se voit littéralement éreintée pour avoir osé s’essayer au rôle de Fidès du Prophète, que Meyerbeer avait conçu sur mesure pour Viardot. George Sand, dans son appréciation des mêmes chanteuses, ne montrait pas davantage d’objectivité envers les cantatrices susceptibles de faire de l’ombre à son amie de cœur !

L’intérêt majeur de cette correspondance réside bien entendu dans les échanges concernant la genèse et la naissance de Sapho (1851), l’ouvrage commandé par Viardot qui permit de faire connaître Gounod du grand public parisien et de le lancer sur la voie du succès. Il est à ce titre assez intéressant de mettre en regard de ces lettres les souvenirs de Gounod exprimés en fin de vie dans ses Mémoires d’un artiste (1896), tant la correspondance atteste, contrairement aux récits plus tardifs, la part active de la cantatrice dans la conception structurelle et dramatique de l’œuvre. Séparés de près d’un demi-siècle, les deux témoignages proposent une vision pour le moins contrastée de la figure du créateur, génie naturel selon la vision plus tardive, artisan besogneux et parfois à court d’inspiration selon les lettres expédiées au jour le jour alors que Gounod résidait à Courtavenel dans la luxueuse propriété de sa bienfaitrice.

On appréciera tout au long de la lecture les précieuses et érudites annotations de Melanie von Goldbeck, spécialiste de , grâce auxquelles les moindres allusions parviennent à prendre corps et à faire sens. Au plaisir parfois coupable de la découverte des petites trivialités du quotidien sont ainsi associées la rigueur et la précision du savoir universitaire.

Plus de détails

Lettres de Charles Gounod à Pauline Viardot. Melanie von Goldbeck (ed.). Préface de Gérard Condé. Actes Sud / Palazetto Bru Zane, Arles. 448 p. 45 €. ISBN 978 2 330 03907 3. Dépôt légal : janvier 2015.

 
Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.