Concerts, La Scène, Musique symphonique

Semyon Bychkov dirige l’Orchestre National

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Paris. Auditorium de la Maison de la radio. 21-V-2015. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre n°21 en ut majeur K.467. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°8 en ut mineur op.65. Alexandre Tharaud, piano. Orchestre National de France, direction : Semyon Bychkov.

Bychkov_Semyon2011En mariant le délicat concerto de Mozart avec la machine infernale de Chostakovitch, les programmateurs prenaient le risque de l’hétérogénéité, la réalisation musicale l’a confirmé, avec un concerto bien trop doux et une symphonie plus intéressante.

Disons-le tout de suite : la perception que nous eûmes en direct en salle du jeu d’ était plus que mitigée tant il nous parut que son jeu manquait de tout, trop uniforme de ton, et surtout bien trop étroit de dynamique. Juste de jolis phrasés, comme si le pianiste avait peur de maltraiter son Bösendorfer ou de déranger la quiétude des auditeurs. Ainsi point de Maestoso dans l’Allegro initial, pas plus de vivace assai dans le finale, et un ennui poli dans l’Andante intermédiaire. Seuls moments où l’oreille accrochait, les deux cadences originales inventées (et à l’avance écrites), comme du temps de Mozart, par le pianiste lui-même. Alors nous nous sommes livrés à l’expérience de la réécoute sur France Musique avec cette fois une toute autre perspective sonore due aux micros placés à la sortie de la table d’harmonie du piano. Et il fallait ça pour mieux sentir (à commencer par entendre) le jeu du pianiste qui parut alors plus vivant et animé, et même si la dynamique resta limitée on en perçut les nuances qui nous échappèrent en salle alors qu’on y était fort bien placé. On ne dira pas qu’on fut passionné par ce qu’on entendit mais au moins cela existait alors qu’en salle malheureusement, pas vraiment. Les 1400 auditeurs ne pouvant pas venir mettre leurs oreilles à la place des micros il faut que le pianiste mette d’autres moyens digitaux en concert qu’il peut en mettre en enregistrement s’il veut capturer son auditoire. Et ce n’est pas le Prélude en mi mineur BWV 855a extrait du Clavier bien tempéré joué comme si la main gauche ignorait la droite qui sauva cette morne première partie de soirée.

Changement attendu avec la Symphonie n°8 de Chostakovitch. Même si le début aux cordes nous parut un poil doux, sans nous saisir immédiatement, la suite avait toute l’ampleur et l’animation voulue. Peut-être même avec un peu trop de fortissimo lors des paroxysmes du premier mouvement qui devinrent criards sans que cela en soit une valeur expressive. S’il y eut quelques petites imprécisions aux cuivres elles furent très limitées et la performance d’ensemble de l’orchestre fut réelle. La vision du chef nous sembla fondamentalement unitaire, favorisant la continuité de la ligne plutôt que les ruptures de ton. Ainsi le premier mouvement, aux épisodes bien marqués et aux transitions saisissantes, nous sembla manquer justement de ces changements de climats qui à eux seuls donnent le frisson. Si le chef ne donna pas d’ironie grinçante « à la russe » ni le tranchant qui va avec, il joua avec les qualités de l’Orchestre National qui offrit une sonorité aux contours sans brutalité, et un souffle suffisamment puissant pour porter les cinq mouvements de ce qui reste un des plus grands chefs-d’œuvre de Chostakovitch. Cohérente d’un bout à l’autre, l’interprétation de emporta l’adhésion du public qui l’applaudit longuement, on le comprend même si un peu plus de contraste entre les climats successifs qui traversent cette symphonie nous aurait, personnellement, plus complètement conquis.

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Paris. Auditorium de la Maison de la radio. 21-V-2015. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre n°21 en ut majeur K.467. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°8 en ut mineur op.65. Alexandre Tharaud, piano. Orchestre National de France, direction : Semyon Bychkov.

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