La Scène, Musique de chambre et récital

Autour du Prélude, un récital d’Akiko Ebi

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Paris, Orangerie du Parc de Bagatelle. 1-VII-2015. Frédéric Chopin (1810-1849) : 24 Préludes op. 28 ; Claude Debussy (1862-1918) : Préludes, Livre I. Akiko Ebi, piano.

A. Ebi crédit Akira MUTODans le cadre du 32e Festival Chopin à Paris, donne une de ces rares prestations qui subjuguent unanimement le public.

En dépit de la canicule, l’Orangerie de Bagatelle, ce soir-là, est comble et ce premier concert de Juillet est un triomphe pour la grande . D’entrée de jeu, en effet, elle s’empare du clavier avec une force jubilatoire, de celles qui galvanisent l’auditoire. La lauréate du Concours Chopin de 1980 est maintenant membre du jury de ce concours prestigieux et surtout, elle compte parmi les plus grands interprètes du compositeur polonais, elle « qui joue comme elle respire, avec un art sans pareil de l’élégance et du phrasé », comme l’a si bien dit le regretté Dominique Jameux.

On ne peut que la féliciter pour le choix si heureux de son programme de Bagatelle. Donner d’abord à écouter l’ensemble des 24 Préludes de Chopin est certes une véritable prouesse, mais ce choix se justifie musicalement : en fait, seule une lecture totale permet de saisir l’architecture rigoureuse de l’ensemble, organisé dans l’ordre des tonalités, et de situer chaque prélude dans un jeu de perspective global, nécessaire pour mieux percevoir l’écriture de ce pur chef-d’œuvre et sa profonde unité. L’artiste s’impose dès le premier Prélude : joué avec la fougue qu’on lui connaît, et une autorité magistrale dans l’expression, il passe comme un ouragan. D’une admirable concision, la brièveté de ces pièces, par exemple les treize mesures du vingtième, ce magnifique Largo, en renforce la difficulté, exigeant une concentration extrême qui seule peut transmettre l’intensité requise au moment précis. La pianiste y trouve encore des idées neuves. L’expérience du pianoforte auquel se sont mis, à Varsovie, des artistes tels que Fu Tsong ou Martha Argerich, l’a séduite et elle s’intéresse aux pianos sortis de l’atelier de Camille Pleyel à qui sont dédiés ces Préludes.

Inutile de se demander si Debussy, pour ce Livre I, s’est inspiré de Chopin, et encore plus de le demander à la pianiste. Des citations plus ou moins conscientes se rencontrent partout dans l’écriture musicale, sans qu’elles apparaissent le moins du monde comme des larcins, alors qu’en poésie, elles le sont. Le grand apport de en ce domaine est son intelligence des mots, ce dont témoigne le choix de Maeterlinck pour le livret de Pelléas et Mélisande. Les Préludes sont accompagnés de mots, fugitivement, certes, pour évoquer superbement ce que peut suggérer un paysage. La musique de Debussy se charge alors de peindre ce que lui inspire son imagination, comme pour « Des pas sur la neige ». Akiko Ebi se surpasse alors pour traduire ces paysages musicaux avec une variété de couleurs, un raffinement exquis dans le trait.

Crédits photographiques : Akiko Ebi © Akira Muto

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Paris, Orangerie du Parc de Bagatelle. 1-VII-2015. Frédéric Chopin (1810-1849) : 24 Préludes op. 28 ; Claude Debussy (1862-1918) : Préludes, Livre I. Akiko Ebi, piano.

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