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Koli, la montagne inspiratrice

Aller + loin, Dossiers

Jean-Luc Caron, musicologue spécialisé dans l’étude et la diffusion de la musique nord-européenne, entraîne depuis quelques années les lecteurs de Resmusica dans une ballade étonnante en pays scandinaves. Pour accéder au dossier complet : Brèves scandinaves

 

koliDominant un vaste lac, la sauvage montagne de Koli, à l’Est de la Finlande, a stimulé l’inspiration de et du peintre  (1863-1937), dans un dialogue entre couleurs et musique.

Le voyage de noces d’Aïno et se déroula en Carélie. L’intelligentsia finlandaise vivait alors une riche période marquée par le « carélianisme », mouvement résultant de la découverte de la culture et du passé de la Carélie, province orientale du pays. Le jeune couple, marié le 10 juin 1892, six semaines après la création triomphale de la Symphonie Kullervo, fit le voyage en compagnie du romancier naturaliste Juhani Aho, rencontra l’ami et écrivain Karl August Tavaststjerna, fréquenta la femme de lettres Mina Canth et son cercle intellectuel.

Bien plus tard, en 1909, Sibelius jouissait d’une considérable réputation tant au plan artistique que politique. Plusieurs de ses œuvres majeures trouvaient leurs sources et leur originalité dans l’illustration individuelle de l’épopée populaire reconstituée par Elias Lönnrot, le Kalevala. Les années passant, le compositeur livra au monde nombre de chefs-d’œuvre, où l’empreinte de son génie absorbait et sublimait ces sources majeures, dont l’influence s’étendait partout en Finlande, sur la musique certes mais aussi la peinture (Axel Gallen-Kallela…) et plus encore la littérature (J. Aho…).

On compte, à côté de ses réussites systématiques en lien avec la délicate situation politique d’une modeste Finlande face à l’ombre menaçante en permanence du grand voisin russe de l’Est, des partitions majeures sans aucun doute à visée universelle.

La montagne de Koli, en Carélie du Nord, se situe non loin du lac Pielinen. Dix-sept ans auparavant, Jean et Aïno s’étaient rendus en voyage de noces de l’autre côté du lac. Cette fois, en compagnie de son beau-frère, le peintre , dont il était très proche, Jean Sibelius prit la direction de Koli à la fin du mois de septembre 1909. De là, à pied, il entreprit une longue excursion dans ce paysage encore sauvage et très peu fréquenté, vers les sommets de Koli, modestes mais impressionnants. Le compositeur et le peintre saisis par la beauté de cette mystérieuse nature y trouvèrent une nouvelle et puissante source d’inspiration artistique et humaine. Järnefelt peignit de superbes toiles riches de confrontations de couleurs impressionnantes (dont un grand tableau que l’on peut admirer dans la salle du restaurant de la gare ferroviaire d’Helsinki).

Sibelius parcourut cette nature indomptée, bientôt envahi de sensations et de sentiments profonds dépassant l’impact du seul paysage, atteignant rapidement des impressions métaphysiques intenses. « Koli. Une des plus grandes expériences de ma vie. Nombreux projets ! ‘La Montagne ‘… », confia-t-il à son journal après son retour à Aïnola, sa demeure sise à une dizaine de kilomètres d’Helsinki.

Ce ressenti le conduisit, pour partie sans doute, à offrir une coloration si particulière et originale à sa Symphonie n° 4 en la mineur op. 63 en début de gestation. A son endroit le compositeur a parlé une fois de « Symphonie psychologique » tant il avait tâtonné dans « les réduits infinis de l’âme ». Il pensa aussi à l’intituler « Pensées d’un vagabond ». Mais ce programme extérieur indéniable fut fortement enrichi par la mise en perspective de sa vie… et de la vie. Il insista avec véhémence qu’il ne s’agissait aucunement d’une musique à programme, comme certains voulurent le faire croire. Concrètement, il en résulta cet ouvrage prodigieux, confession intime, à la fois mystérieux, d’une profondeur insondable, d’une nouveauté expressive inouïe, qui ne manqua pas d’étonner, au moins dans un premier temps, lors de sa création le 3 avril 1911, puisque les auditeurs présents n’applaudirent pas et n’approchèrent pas l’auteur.

Sibelius dédia son chef-d’œuvre à son compagnon de voyage, Eero Järnefelt.

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