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Sur la Baltique, les 25 ans du festival de Mecklenburg-Vorpommern

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Festival du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Wismar, Eglise du Saint-Esprit, 1-VIII-2015. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Ouverture de La Flûte enchantée (Quintette Aquilon). Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Duo Pour deux lorgnons obligés en mi bémol majeur WoO 32 (Krysztof Chorzelski, alto ; Laurène Durantel, contrebasse). Serge Prokofiev (1891-1953) : Ouverture sur des thèmes juifs pour clarinette, quatuor à cordes et piano en do mineur, op. 34 (Matthias Schorn, clarinette ; quatuor Ebène ; David Kadouch, piano). Leonard Bernstein (1918-1990) : Sonate pour clarinette et piano (Matthias Schorn, clarinette ; Jonathan Gilad, piano). Franz Schubert (1797-1828) : Octuor en fa majeur, op. posth.166 D 803 (Stéphanie Corre, clarinette ; Marianne Tilquin, cor ; Gaëlle Habert, basson ; quatuor Ebène ; Laurène Durantel, contrebasse).
Château de Ulrichshusen, 2-VIII-2015. Wolfgang Amadeus Mozart : Divertimento pour quatuor à cordes en fa majeur KV 138 (Quatuor Ebène) ; Quatuor pour flûte en ré majeur KV 285 (Marion Ralincourt, flûte ; Philipp Bohnen, violon, Krysetof Chorzelski, alto ; Daniel Müller-Schott, violoncelle). Ludwig van Beethoven : Quintette pour piano et vents, op. 16 (Claire Sirjacobs, hautbois ; Stéphanie Corre, clarinette ; Marianne Tilquin, cor ; Gaëlle Habert, basson ; David Kadouch, piano) ; Septuor en ré bémol majeur, op. 20 (Vilde Frang, violon ; Krysztof Chorzelski, alto ; Daniel Müller-Schott, violoncelle ; Laurène Durantel, contrebasse ; Matthias Schorn, clarinette ; Marianne Tilquin, cor ; Gaëlle Habert, basson).

QE-JulienMignot-02Sur les bords de la Baltique, le « MV-Festspiele » fêtait cet été ses vingt-cinq ans. Né avec la réunification allemande dans le Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (ex-RDA), ce festival propose pendant presque trois mois, de château en château, d’église en église, à travers cette région septentrionale, une ambitieuse programmation, s’affirmant comme le troisième festival classique le plus important d’Allemagne.

A l’honneur des deux premières journées d’août : quelques uns des jeunes lauréats des précédentes éditions du festival. Dans la magnifique église du Saint-Esprit de la ville hanséatique de Wismar se jouait un concert pour le moins roboratif, dont la diversité des artistes et des œuvres empêchait toutefois qu’il soit indigeste.

L’Ouverture de la Flûte enchantée par le quintette à vents Aquilon ne convainc qu’à moitié. L’œuvre appelle en effet un grain de folie qui manquait peut-être à la prestation fort sage des « Aquilon ». Leur interprétation, quoique rigoureuse sur le plan musical, peine à susciter les couleurs de l’opéra de Mozart et à introduire le récit. On note d’évidentes qualités individuelles, mais qui ne font que simplement s’additionner sans générer de valeur ajoutée.  

Le Duo Pour deux lorgnons obligés, ici pour alto et contrebasse, manque, lui aussi, quelque peu de relief. Le jeu de dialogue entre Krysztof Chorzelski et Laurène Durantel est certes intéressant – cette dernière fait preuve d’un très bel engagement musical – mais l’on passe malheureusement un peu à côté de leur échange. Il est dommage que la partition de Beethoven, si lyrique, n’ait pas donné lieu à plus d’extériorité dans l’interprétation.

Dans l’Ouverture sur des thèmes juifs de Prokofiev, on remarque l’excellent clarinettiste autrichien Matthias Schorn, membre de la Philharmonie de Vienne, qui donne à son instrument la coloration chaude et boisée seyant à une danse klezmer. Au piano, dose parfaitement l’accompagnement, parfois percussif, parfois ruisselant, toujours bien phrasé. Le quatuor à cordes est formé par les « Ebène » Pierre Colombet, Gabriel Le Magadure, Adrien Boisseau, ainsi que le violoncelliste Daniel Müller-Schott, qui scandent avec flamme les pizzicati accompagnant le thème et se montrent très évocateurs dans les passages plus élégiaques. Le résultat sonne juste, à la hauteur de l’ambition de stylisation de la musique traditionnelle ashkénaze.

Matthias Schorn donne ensuite la Sonate pour piano et clarinette de Bernstein, accompagné cette fois de Jonathan Gilad. Les traits du clarinettiste sont aussi nets qu’intenses, que ce soit dans le subtil premier mouvement (Grazioso – Un poco più mosso) ou dans l’Andantino plus dépouillé qui suit. Les deux interprètes déploient un jeu très souple, se prêtant parfaitement aux rythmes de jazz incorporés dans l’œuvre. Leur dialogue syncopé fonctionne à partir d’un mélange d’anarchie et de mesure, créant un véritable espace de liberté musicale.

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Le concert se concluait par l’un des monuments de la musique de chambre. Pour l’Octuor de Schubert, le quatuor Ebène retrouvait les clarinettiste, bassoniste et corniste du , ainsi que Laurène Durantel à la contrebasse. Dans cette œuvre qui ne compte pas moins de six mouvements et nécessite environ une heure d’exécution, Schubert déploie une impressionnante diversité d’écriture. Les huit interprètes parviennent toutefois à une version homogène, forte et cohérente, grâce notamment à l’équilibre entre les cordes et les vents qui ne se dément jamais. Après un premier mouvement (Adagio – Allegro) marqué par une instabilité mélodique et harmonique savamment entretenue, le deuxième mouvement (Adagio), avec ses cantilènes, permet aux instruments à vent, en particulier à la clarinette de Stéphanie Corre, de faire entendre des accents plus lyriques, ce dont celle-ci ne se prive pas. Dans le Scherzo, on apprécie la verve, non sans humour, des exécutants. Dans la partie Trio, le contre-chant de au violoncelle sonne parfaitement. Les cordes et la clarinette font chanter le thème du quatrième mouvement (Andante), soulignant joliment sa proximité avec la forme du lied schubertien. Les sept variations qui suivent permettent de distribuer la parole au sein de l’ensemble, chaque instrumentiste apportant tour à tour une rupture et introduisant de nouvelles nuances. On assiste à une conversation aussi plaisante que maîtrisée. Après un Menuet sans histoire, sorte de rêverie dansante, les huit musiciens font entendre dans le mouvement final (Andante molto – Allegro) des accents inédits d’une gravité oscillant avec l’allégresse. Dans la partie centrale, la contrebasse de Laurène Durantel, en contrepoint, fait merveille. Ce ciel hésitant, tantôt assombri, tantôt ensoleillé, dans lequel se gravait ce soir-là la musique jouée par les huit artistes, c’est l’horizon même de Schubert.

Le lendemain, rendez-vous était pris au château de Ulrichshusen où, sur une scène fleurie, un concert-miroir du premier nous attendait. Pur, aimable, enlevé, s’élève le Divertimento pour quatuor à cordes KV 138 de Mozart. Dans cette gourmandise en trois mouvements, on savoure en particulier l’Andante, qui doit beaucoup à l’archet du premier violon, Pierre Colombet. Le Quatuor avec flûte KV 285 est d’aussi bonne tenue. est autant à l’aise dans les passages virtuoses de l’Allegro, dans la cantilène en forme de sérénade de l’Adagio, que dans la danse du Rondo final.

L’association de avec Claire Sirjacobs, Stéphanie Corre, Marianne Tilquin et Gaëlle Habert (respectivement hautboïste, clarinettiste, corniste et bassoniste du ) dans le Quintette pour piano et vents de Beethoven est plutôt convaincante. Le pianiste ne cède pas au maniérisme qui aurait pu être sa tentation, déployant au contraire un jeu d’une élégante sobriété. Ses partenaires font elles aussi preuve de délicatesse, parvenant à marier superbement leurs timbres si différents. On se plaît aussi à les écouter individuellement, comme dans l’Andante cantabile qui voit Kadouch les entraîner chacune successivement dans un tendre duo, comme pour une invitation à danser.

Il était bien vu de programmer pour finir le Septuor de Beethoven, dont Schubert s’inspira certainement pour son Octuor. La violoniste norvégienne est véritablement l’âme de l’ensemble. Avec un merveilleux sens de la phrase, elle relève les traits parfois fort longs de cette œuvre en huit mouvements, aux dimensions presque symphoniques. Irréprochable techniquement, elle apporte une fraîcheur et une vivacité réjouissantes. A la clarinette, Matthias Schorn est toujours aussi remarquable. Son dialogue avec dans l’Adagio cantabile constitue l’un des temps forts du concert. Les sept artistes, bien qu’ils montrent un ravissement touchant à jouer cette musique, font preuve de hauteur de vue dans leur lecture du Septuor. Leur interprétation est aussi dépourvue de naïveté que d’afféterie. C’est cet esprit de respect pour les œuvres autant que pour le public qui aura marqué ce week-end au Festival du Mecklembourg.

Crédits photographiques : Château de Ulrichshusen (c) Geert Maciejewski; Quatuor Ebène (c) Julien Mignot

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Festival du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Wismar, Eglise du Saint-Esprit, 1-VIII-2015. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Ouverture de La Flûte enchantée (Quintette Aquilon). Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Duo Pour deux lorgnons obligés en mi bémol majeur WoO 32 (Krysztof Chorzelski, alto ; Laurène Durantel, contrebasse). Serge Prokofiev (1891-1953) : Ouverture sur des thèmes juifs pour clarinette, quatuor à cordes et piano en do mineur, op. 34 (Matthias Schorn, clarinette ; quatuor Ebène ; David Kadouch, piano). Leonard Bernstein (1918-1990) : Sonate pour clarinette et piano (Matthias Schorn, clarinette ; Jonathan Gilad, piano). Franz Schubert (1797-1828) : Octuor en fa majeur, op. posth.166 D 803 (Stéphanie Corre, clarinette ; Marianne Tilquin, cor ; Gaëlle Habert, basson ; quatuor Ebène ; Laurène Durantel, contrebasse).
Château de Ulrichshusen, 2-VIII-2015. Wolfgang Amadeus Mozart : Divertimento pour quatuor à cordes en fa majeur KV 138 (Quatuor Ebène) ; Quatuor pour flûte en ré majeur KV 285 (Marion Ralincourt, flûte ; Philipp Bohnen, violon, Krysetof Chorzelski, alto ; Daniel Müller-Schott, violoncelle). Ludwig van Beethoven : Quintette pour piano et vents, op. 16 (Claire Sirjacobs, hautbois ; Stéphanie Corre, clarinette ; Marianne Tilquin, cor ; Gaëlle Habert, basson ; David Kadouch, piano) ; Septuor en ré bémol majeur, op. 20 (Vilde Frang, violon ; Krysztof Chorzelski, alto ; Daniel Müller-Schott, violoncelle ; Laurène Durantel, contrebasse ; Matthias Schorn, clarinette ; Marianne Tilquin, cor ; Gaëlle Habert, basson).

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