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Oskar Fried, un chef historiquement important

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°9 en ré mineur, op. 125 « Chorale ». Lotte Leonard, soprano ; Jenny Sonnenberg, contralto ; Eugen Transky, ténor ; Wilhelm Guttmann, basse. Chœur Bruno Kittel (chef de chœur : Bruno Kittel). Orchestre du Staatsoper Berlin, direction : Oskar Fried. 1 CD-R Pristine Audio PASC317. Pas de code barre. Enregistré en 1928 à Berlin. ADD [mono]. Notice unilingue (anglais) succincte. Durée : 62’05.

Franz Liszt (1811-1886) : Les Préludes, poème symphonique n°3, S. 97. Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Shéhérazade, suite symphonique op. 35. Igor Stravinsky (1882-1971) : L’Oiseau de Feu, suite de ballet. Orchestre Philharmonique de Berlin, direction : Oskar Fried. 1 CD-R Pristine Audio PASC338. Pas de code barre. Enregistré en 1928 à Berlin. ADD [mono]. Notice unilingue (anglais) succincte. Durée : 75’16.

 

pristine_beethoven_friedAuparavant simplement cité dans les milieux musicaux comme ayant accompli en 1924 la première gravure intégrale (acoustique) d’une symphonie de Mahler (la Symphonie n°2 « Résurrection »), mais également, la même année, celle de la Symphonie n°7 en mi majeur de Bruckner, il semble bien qu’il y ait actuellement un regain d’intérêt envers les enregistrements du chef d’orchestre et compositeur allemand (1871-1941), notamment grâce à des labels tels que Arbiter, Music & Arts, Naxos ou Pristine Audio.

La vie d’artiste d’ serait digne d’un excellent scénario de film ! Issu d’une famille pauvre, il apprend le violon avec son frère et le cor sur le tas dans une harmonie pour subvenir aux besoins de sa famille. Il mène ensuite non seulement une existence de musicien itinérant pour fêtes et mariages, mais aussi de dompteur de chiens, clown et palefrenier dans un cirque, ce qui lui permet de voyager dans toute l’Europe. La rencontre d’ dont il devient l’élève privé et l’assistant lui permet de se perfectionner comme compositeur et chef d’orchestre. Excellant dans les deux fonctions et encouragé par le chef d’orchestre Hermann Levi, c’est toutefois cette dernière qui l’emportera finalement. Un séjour à Paris ne lui apportant guère de satisfactions, Fried rentre en Allemagne où il gagne sa vie comme éleveur de chiens, tout en affinant ses études musicales auprès de Philipp Scharwenka, l’excellent professeur d’Otto Klemperer : ce dernier, pourtant toujours avare d’éloges envers ses collègues, qualifiait Fried de « brillant chef d’orchestre et compositeur extrêmement doué. »

La carrière de chef d’orchestre d’Oskar Fried est définitivement lancée après une exécution de La Légende de Sainte Élisabeth de Liszt, mais surtout après que Mahler lui ait confié celle de sa Symphonie n°2 « Résurrection » à Berlin, ce qui le marquera à vie et sera à l’origine de sa gravure discographique en première mondiale. Les années 20 le verront ainsi connaître une grande activité d’enregistrements chez Deutsche Grammophon / Polydor, malheureusement interrompue par l’avènement du nazisme, car Oskar Fried était juif. Et contrairement à certains de ses collègues qui s’expatrièrent en Amérique, il choisit l’Est : il fut naturalisé citoyen russe en 1940, suite et grâce à la signature du traité de non-agression entre l’Allemagne et l’Union soviétique (pacte Molotov-Ribbentrop) ; on dit que Fried est décédé le 5 juillet 1941 dans un hôpital de Moscou, maudissant de son lit de malade Hitler et les avions de combat allemands qui bombardaient la ville. Comme le pacte Molotov-Ribbentrop fut abrogé peu auparavant par Hitler, avec pour conséquence indirecte l’élimination par Staline de tous les Allemands à proximité, il se pourrait que le dictateur soviétique soit responsable de la mort d’Oskar Fried, mais cela reste encore obscur.

pristine_liszt_rimskykorsakov_stravinsky_friedLa parution de deux CDs du label indépendant Pristine Audio nous restitue des gravures Polydor de 1927-1928 du grand chef allemand, essentielles. Elles nous étaient déjà connues auparavant sous étiquette défunte Koch Legacy pour Liszt, Rimski-Korsakov et Stravinsky, et sur Naxos Historical pour Beethoven, mais les transferts tout récents de Mark Obert-Thorn transfigurent littéralement ces illustres gravures pour un confort d’écoute qui relègue les éditions précédentes aux oubliettes… Peut-être un pressage allemand original, plutôt que français, eût-il été plus silencieux et préférable pour la Symphonie n°9 de Beethoven, mais le résultat sonore, en comparaison à celui bien plus terne de Naxos, est incomparable, et nous confirme enfin l’importance de cette interprétation d’Oskar Fried, à mi-chemin du style expressif et très libre d’un Mengelberg et de celui tout de rigueur et de clarté d’un Weingartner, et rehaussée par les excellents interprètes vocaux de l’époque. Rappelons que cette version fait partie d’une publication intégrale des symphonies de Beethoven par Polydor pour le centenaire de sa mort et qui réunissait, outre Oskar Fried, les chefs d’orchestre Hans Pfitzner (n°1, 3, 4, 6, 8), Erich Kleiber (n°2) et Richard Strauss (n°5, 7).

Réalisées à une époque où l’enregistrement électrique était encore à ses balbutiements, on est stupéfait d’entendre l’une des gravures les plus accomplies des fameux Préludes de Liszt, romantiques à souhait mais sans complaisance ; une Shéhérazade d’une modernité étonnante avec un des plus beaux violons solo qui soient, non crédité ici, mais très probablement le Danois Henry Holst (1899-1991) qui était alors konzertmeister des Berliner Philharmoniker ; et enfin une éblouissante gravure (la seconde du chef) de la suite de l’Oiseau de Feu qui concurrençait sans peine celle de Stokowski réalisée à la même époque. Oskar Fried avait de naturelles affinités avec la musique russe, et Mark Obert-Thorn a pu disposer d’exemplaires originaux particulièrement silencieux (plus que ceux de Beethoven) pour ses transferts grâce auxquels ces affinités sont l’évidence même, et pour que s’épanouissent admirablement les interprétations de ce chef hors du commun.

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°9 en ré mineur, op. 125 « Chorale ». Lotte Leonard, soprano ; Jenny Sonnenberg, contralto ; Eugen Transky, ténor ; Wilhelm Guttmann, basse. Chœur Bruno Kittel (chef de chœur : Bruno Kittel). Orchestre du Staatsoper Berlin, direction : Oskar Fried. 1 CD-R Pristine Audio PASC317. Pas de code barre. Enregistré en 1928 à Berlin. ADD [mono]. Notice unilingue (anglais) succincte. Durée : 62’05.

Franz Liszt (1811-1886) : Les Préludes, poème symphonique n°3, S. 97. Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Shéhérazade, suite symphonique op. 35. Igor Stravinsky (1882-1971) : L’Oiseau de Feu, suite de ballet. Orchestre Philharmonique de Berlin, direction : Oskar Fried. 1 CD-R Pristine Audio PASC338. Pas de code barre. Enregistré en 1928 à Berlin. ADD [mono]. Notice unilingue (anglais) succincte. Durée : 75’16.

 
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