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La Suave Melodia par Les Timbres

À emporter, CD, Musique d'ensemble

La suave Melodia, Musique instrumentale de l’Italie du XVIIe siècle. Andrea Falconieri (1585-1656) : Il primo libro di canzone, sinfonie (Naples, 1650) : La Suave Melodia ; L’Eroica ; Brande dicho el melo ; Folias echa para mi Senora Dona Tarolilla de Carallenos ; Dario Catello (1ère moitié du XVIIe siècle) : Sonate concertate in stil moderno ; Giovanni Paolo Cima (v. 1570-1630) : Concerti Ecclesiastici (Milan 1610) sonata a 3 ; Sonata a 2 violino et violone ; Tarquinio Merula (1594-1665) : Canzoni overo Sonate concertate per chiesa et camera (Venise, 1637), La Cattarina ; Marco Ucellini (v. 1603 ou 1610-1680) : Sonate, Correnti et Arie da Camera e da Chiesa op. 4 (Venise, 1645), Sonata seconda a violino solo detta La Luciminia contenta ; Giovanni Battista Buonamente (fin du XVIe siècle-1642) : Il quarto libre de varie sonate per due Violoni e un basso di Viola (Venise, 1626) : Sinfonia seconda ; Gagliarda quarta ; Giovanni Gabrielli (v. 1554-1612) : Sonata XXI con tre violoni ; Canzon II ; Giovanni Battista Riccio (fin du XVIe siècle-après 1621) : Il Secondo libro delle divine lodi musicali Venise, 1614), Canzon a doi soprani in echo ; Francesco Turini (v. 1589-1656) : Sonata a due canti (Venise 1621) ; Giovanni Martino Cesare (v. 1590-1667) : Musicali melodie (Munich, 1621), La Gioia ; Agostino Guerrieri (1ère moitié du XVIIe siècle) : Sonate di violino, La Viviani sonate a 3. Les Timbres : Yoko Kawakubo, violon ; Myriam Rignol, viole de gambe ; Julien Wolfs, clavecin et orgue positif ; Harmonia Lenis : Kenicho Mizuuchi, flûtes à bec ; Akemi Murakami, clavecin. 1CD Flora 3415. Code barre 3 149028 082326. Notice en français, anglais et japonais. Enregistré en août 2014 à Montvalezan. Durée totale : 68’ 07.

 

flora_3415_suave_melodia_coverhd_1Rarement un programme n’aura aussi bien mérité et porté son titre que le parcours jubilatoire proposé par , associés au duo japonais dans des pièces instrumentales du premier baroque.

Après un formidable premier opus consacré aux Pièces de clavecin en concert de Rameau (Flora 3113), L’Ensemble nous offre un programme de raretés illustrant la révolution musicale opérée entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe, soit le passage de la Renaissance à l’ère baroque, dont le titre La Suave melodia, provient d’une pièce du compositeur et luthiste napolitain Andrea Falconiero.

La polyphonie s’efface au profit de la mélodie, qui permet une meilleure compréhension du texte, celui-ci dominant dorénavant, et les chanteurs s’individualisent en sortant du chœur. De même, la musique instrumentale s’émancipe de son rôle de pur accompagnement pour devenir une finalité avec une écriture propre à chaque instrument. La grande famille des violes s’organise et devient moins nombreuse pour permettre l’ascension du violon et maintenir, un grand siècle encore, la domination de la viole de gambe. Comme de juste, c’est en Italie que ces nouveautés apparaissent, avec un foisonnement de la facture instrumentale pour rayonner ensuite sur l’Europe entière.

Les jeunes musiciens réunis autour de la viole de gambe de , Yoko Kawabuko au violon, à l’orgue positif et au clavecin, aux flûtes à bec et au clavecin et à l’orgue, nous transportent par la vitalité de cette musique peu connue et l’enthousiasme contagieux de leur virtuosité.

Madrigaux instrumentaux, sonates, canzon de Turini, Merula, Cima, Falconiero, Cesare, Gabrieli, Riccio ou Castello se succèdent et se télescopent en une énergie jubilatoire dominée par les flûtes de l’étonnant Kenicho Mizuuchi. Méconnus du grand public, à l’exception de Gabrieli, qui fit les beaux jours de la basilique Saint-Marc de Venise, ces compositeurs révèlent une inventivité joyeuse dans la libéralisation de l’expressivité instrumentale. Les hauts instruments comme le violon, la flûte à bec puisque le traverso n’est pas encore inventé, où le dessus de viole s’individualisent dans des envolées rythmiques et autres arabesques, avec le socle solide de la basse continue.

Le consort se divise parfois en trois chœurs, jouant de spatialisation sonore dans le très périlleux exercice d’un instrument par partie, qui ne tolère pas la moindre approximation. C’est ainsi que l’on est charmé par un délectable dialogue entre le violon de Yoko Kawabuko et les flûtes de , qui alterne selon les pièces entre des instruments soprano, ténor et basse, variant les couleurs et les sonorités selon la tessiture et la tonalité. On apprécie son aisance dans ces pièces de haute voltige et l’on se régale d’une belle circulation des thèmes entre les pupitres, favorisée par une prise de son de grande qualité.

Da chiesa ou da camera, ces sonates et canzon s’adaptent aussi bien pour la chapelle que pour la chambre, servant invariablement le sacré ou le profane dans une même élévation.

À côté de suites de danses du XVIe siècle, on goûte de belles recettes baroques sur des basses obstinées qui demeurent longtemps en tête. Avec la  Folia de Falconiero à trois chœurs et La Cattarina de Merula, l’un des sommets du disque consiste sans doute en cette Canzon à deux dessus de Riccio, avec un dessus de viole en écho, comme une voix d’ange.

Comme la plupart des productions du label belge Flora, la présentation de l’objet est particulièrement soignée dans un digipack joliment illustré d’un tableau de gnomes et grotesques du Maître de la fertilité de l’œuf (Musée des Beaux-Arts de Dôle) avec un texte passionnant du musicologue Guillaume Bunel.

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