Christina Pluhar popularise Cavalli

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Francesco Cavalli (1602-1676) : extraits d’opéras ; Johannes Hieronymus Kapsberger (1580-1651), Toccata prima ; Andrea Falconieri (1585-1656), La suave melodia. Avec : Nuria Rial, Hana Blažíková, soprani ; L’Arpeggiata, direction : Christina Pluhar. 1CD Erato. Enregistré en Décembre 2014. Notice trilingue (anglais, français,allemand) et livret quadrilingue. Durée : 66’52. 1DVD (15 ans de L’Arpeggiata). Durée 121′.

 

PLUHAR-Cavalli-HDL’Amore innamorato (L’amour amoureux). Le titre d’un opéra « perdu ou jamais créé », choisi dans le catalogue lyrique de Cavalli, pouvait laisser espérer une intégrale. Las ! Ce CD consacré par L’Arpeggiata au génial vénitien n’est qu’un best of. Bien que total, son pouvoir de séduction s’avère néanmoins impuissant à masquer la mélancolie des regrets.

Venise 1637. Le premier théâtre d’opéra. Les jésuites ont quitté la ville avant d’y revenir trois décennies plus tard. Entretemps, la liberté d’expression autorise l’avènement du Couronnement de Poppée mais aussi de tous les opéras de Cavalli. La Calisto, Il Giasone…les opus lyriques de ce dernier, libres et hédonistes, shakespeariens dans leur mélange de sublime et de farce, évoquent de façon troublante l’ultime chef-d’oeuvre de Monteverdi. Il est d’ailleurs admis que Cavalli serait un des pères putatifs de cet opéra monstre à la paternité contestée.

Liberté de ton et hédonisme sonore : ces qualificatifs appliqués à Cavalli conviennent particulièrement au travail enchanteur que Christina Phuhar mène à la tête de son Arpeggiata depuis 15 ans. Dans un univers baroque déjà généreux en talents de toutes sortes, ce ne fut pas la moindre de ses réussites de parvenir à imposer le richissime instrumentarium que l’on sait au service d’un répertoire ressuscité/revisité où les chaconnes (ces ancêtres de la musique pop) se taillaient la part du lion. Le parcours magnifique est d’ailleurs offert sur un DVD Bonus de 2 heures : de 2004 à 2015, envoûte avec le magnétique et cette sensationnelle carte de visite que reste la Passacaille de la Vie. Elle sidère en faisant danser Jarrousky sur les musiques du monde et plus encore en accommodant audacieusement Purcell à la sauce jazzy.

Théorbe, archiluth, psaltérion, lirone, harpe baroque sont de nouveau les guest stars de ce disque qui compile surtout La Calisto (déjà révélée par le merveilleux disque Jacobs) et ajoute inexplicablement 2 pièces de Kapsberger et Falconieri. On met un moment avant de s’apercevoir que deux chanteuses sont à l’œuvre tant sont peu dissemblables les voix, par ailleurs merveilleuses dans leur adhésion à l’esprit pluharien, de et de .

La sensualité musicale de Cavalli est au diapason des arrangements de la maîtresse d’œuvre, toujours magnifiés par une prise de son qui semble avoir été créée pour elle. Alors pourquoi ? Pourquoi, après que nous avons suivi dans sa superbe intégrale de Rappresentatione di Anima et di Corpo de Cavalieri, pourquoi, alors qu’elle n’a plus à faire ses preuves, ne lui a-t-on pas laissé les coudées franches pour une intégrale de cette Rosinda, cette Artemisia (les deux tubes du disque) ou encore de cet Eliogabalo méconnu en lieu et place de ce cross-over qui ne nous apprend pas grand-chose, sinon le magnétisme sonore une fois de plus gagnant et populaire de l’Arppegiata ? Ce qu’on savait déjà.

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